Le Kazakhstan mise sur la vidéosurveillance par IA pour évaluer les comportements dans l’espace public
Le Kazakhstan mise sur la vidéosurveillance par IA pour évaluer les comportements dans l’espace public

Le Kazakhstan franchit une nouvelle étape dans le développement de sa vidéosurveillance intelligente. Les autorités déploient progressivement des caméras équipées d’intelligence artificielle capables d’analyser les comportements dans l’espace public afin de détecter les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent. Ce projet s’accompagne d’une vaste politique destinée à promouvoir la civilité et le respect des règles de vie en société.

Une solution IA pour prévenir les troubles à l’ordre public

Le gouvernement du Kazakhstan accélère le développement de la vidéosurveillance fondée sur l’intelligence artificielle. Début mai 2026, la ministre de la Culture et de l’Information, Aïda Balaïeva, a confirmé que des dizaines de milliers de caméras installées à travers le pays sont désormais capables d’analyser automatiquement certains comportements dans l’espace public. Présentée comme un outil de prévention plutôt que de sanction, cette évolution technologique s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large mêlant sécurité, urbanisme et politique éducative.

L’annonce répond à une initiative du député Koudaïbergen Beksoultanov, qui appelle l’État à renforcer les moyens de lutte contre les comportements agressifs devenus, selon lui, de plus en plus fréquents dans les lieux publics. Si plusieurs observateurs ont rapidement comparé cette évolution au modèle chinois d’évaluation des citoyens, les autorités kazakhstanaisse présentent pour leur part un dispositif centré sur la prévention des troubles à l’ordre public et l’amélioration de la sécurité collective.

Le système de vidéosurveillance Sergek devient capable d’analyser les comportements

Au cœur du dispositif figure Sergek, le principal système kazakhstanais de vidéosurveillance intelligente. Initialement conçu pour contrôler les infractions routières, il évolue progressivement vers une plateforme beaucoup plus sophistiquée de vidéosurveillance comportementale. Selon les informations communiquées par la ministre Aïda Balaïeva, plus de 43.000 caméras réparties sur l’ensemble du territoire disposent déjà de fonctions d’intelligence artificielle capables d’interpréter automatiquement ce qui se déroule dans leur champ de vision.

Ces algorithmes ne se limitent plus à relever les excès de vitesse ou les franchissements de feu rouge. Ils sont désormais capables de reconnaître des bagarres, des conflits naissants, des attroupements inhabituels, des objets abandonnés ou encore des dépôts sauvages de déchets. Dès qu’une scène est considérée comme anormale, une alerte est transmise en temps réel aux centres opérationnels afin de permettre une intervention rapide des forces de l’ordre avant que la situation ne dégénère.

Les développeurs de Sergek Group insistent toutefois sur une distinction essentielle. Contrairement aux inquiétudes exprimées sur les réseaux sociaux, le système n’écoute pas les conversations et n’analyse pas les propos échangés entre les personnes filmées. Les caméras ne cherchent pas non plus à interpréter les émotions. Elles observent exclusivement des schémas comportementaux visibles grâce à des modèles d’intelligence artificielle entraînés à reconnaître des situations présentant un risque potentiel.

Les ingénieurs expliquent que la violence suit généralement une progression observable. Une altercation physique, un regroupement soudain de plusieurs personnes, des gestes brusques ou encore l’apparition d’une arme dans le champ de la caméra constituent autant de signaux susceptibles de déclencher une alerte. L’objectif consiste donc à intervenir avant qu’un incident ne produise des conséquences plus graves, plutôt qu’à documenter les faits une fois qu’ils se sont déjà produits.

Une vidéosurveillance intégrée à une politique de culture civique

Cette technologie ne constitue cependant qu’un volet du projet défendu par les autorités kazakhstanaises. Dans son interpellation parlementaire adressée au gouvernement, le député Koudaïbergen Beksoultanov estime que la lutte contre l’agressivité quotidienne ne peut reposer uniquement sur les caméras. Il plaide pour une transformation plus profonde de la culture civique du pays, estimant que la multiplication des insultes, de la grossièreté et des comportements agressifs fragilise progressivement le vivre-ensemble ainsi que ce qu’il qualifie de « code culturel » national.

C’est dans cette logique que le ministère met déjà en œuvre le programme « Adal Azamat », littéralement « Citoyen intègre ». Déployé dans les établissements scolaires, ce programme vise à développer chez les élèves des valeurs telles que le respect d’autrui, le sens des responsabilités, l’honnêteté, le civisme et l’engagement envers la collectivité. L’ambition affichée est de former une génération davantage sensibilisée aux règles de la vie commune, afin que les outils technologiques ne deviennent qu’un complément à une évolution durable des comportements.

Bientôt un « indice de culture publique » pour chaque région ?

En parallèle, le député propose plusieurs réformes destinées à inscrire cette politique dans la durée. Il souhaite notamment créer un indice de culture publique évaluant chaque région à partir d’enquêtes sociologiques indépendantes portant sur la qualité de la communication, le climat social et le sentiment de sécurité. Cet indicateur pourrait, à terme, être intégré aux critères servant à apprécier le travail des akims, les gouverneurs régionaux et locaux du Kazakhstan.

Le parlementaire recommande également de renforcer l’enseignement de la culture de la parole, de l’étiquette et des principes humanistes du grand poète et penseur Abaï Kounanbaïouly. Il propose aussi d’introduire des évaluations consacrées à la communication non violente. Dans le même esprit, il appelle à élargir l’initiative nationale « Taza niet – taza soz », que l’on peut traduire par « Des intentions pures, des paroles pures ». Cette campagne vise à encourager un langage respectueux, à lutter contre les insultes et les violences verbales et à promouvoir un climat d’échanges plus apaisé dans l’espace public comme sur Internet.

La stratégie s’étend également au secteur des médias. Les autorités envisagent de privilégier les aides publiques accordées aux productions audiovisuelles, aux créateurs de contenus et aux blogueurs mettant en avant l’image d’un citoyen cultivé, responsable et respectueux, ainsi que la valorisation du travail et de la littérature nationale. Pour les promoteurs de cette politique, l’objectif consiste à agir simultanément sur l’environnement numérique, l’éducation et les comportements observés dans la rue.

Prévenir les accidents de la circulation avant même qu’ils ne surviennent

L’évolution de Sergek ne s’arrête d’ailleurs pas à la surveillance de l’espace public. Quelques jours après les annonces de la ministre, les responsables de Sergek Group ont dévoilé une nouvelle plateforme d’intelligence artificielle destinée à prévenir les accidents de la circulation avant même qu’ils ne surviennent. Présenté lors d’un séminaire consacré à la sécurité routière à Almaty, ce dispositif analyse en permanence le comportement des automobilistes afin d’identifier les situations présentant un risque élevé.

Les algorithmes établissent ainsi un véritable profil comportemental des conducteurs. Ils prennent en compte les excès de vitesse répétés, les changements de voie dangereux, les trajectoires inhabituelles ou encore les premiers signes de fatigue sur les axes routiers. L’intelligence artificielle détecte également les portions de route où les interactions entre véhicules annoncent statistiquement un risque accru de collision. Selon Nigmet Abdrahmanov, directeur du développement des produits chez Sergek Group, la priorité consiste désormais à « détecter le risque avant le choc », traduisant la volonté de faire évoluer les systèmes de sécurité d’une logique de constat vers une logique de prévention.

Cette nouvelle architecture associe les caméras fixes alimentées par l’intelligence artificielle, des outils d’analyse approfondie du trafic, l’application opérationnelle Qorgau utilisée par les policiers ainsi que la base de données nationale TOR. L’ensemble du processus, depuis la détection automatique d’une anomalie jusqu’à la réception d’une notification sur la tablette d’un équipage de police, ne dépasse pas deux minutes, selon Sergek Group.

Les données recueillies servent également à guider les décisions des collectivités locales. Lorsque les mêmes infractions ou comportements dangereux sont observés de manière répétée à un endroit précis, le système considère qu’il peut s’agir d’un défaut d’aménagement. Les autorités disposent alors d’éléments objectifs pour modifier la géométrie des routes, revoir le fonctionnement des feux de circulation ou installer de nouveaux équipements de sécurité. La vidéosurveillance devient ainsi un outil d’aide à la décision en matière d’urbanisme autant qu’un instrument de sécurité publique.

Avec plus de 43.000 caméras déjà dotées de capacités d’intelligence artificielle et un réseau Sergek présent dans 13 villes, le Kazakhstan poursuit donc la montée en puissance d’une infrastructure numérique qui dépasse largement la simple verbalisation des infractions routières. Les autorités présentent cette évolution comme un moyen de prévenir les violences, d’améliorer la sécurité et d’encourager des comportements plus respectueux dans l’espace public, tandis que le débat sur l’équilibre entre efficacité, protection de la vie privée et libertés publiques devrait continuer d’accompagner le développement de ces nouvelles technologies.

Illustration www.magnific.com

Par Rodion Zolkin
Le 07/27/2026

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