Énergie, transport, eau : des investissements colossaux attendus en Asie centrale
Énergie, transport, eau : des investissements colossaux attendus en Asie centrale

L’Asie centrale entre dans une nouvelle phase de son développement économique. Selon la Banque eurasienne de développement, la région devra attirer près de 251 milliards de dollars d’investissements, soit environ 214 milliards d’euros, d’ici à 2030 afin de moderniser ses infrastructures, soutenir sa croissance et renforcer son intégration économique.

Les investissements deviennent le principal défi de l’Asie centrale

Présenté le 26 juin 2026 lors de l’Assemblée annuelle et du Forum d’affaires de la Banque eurasienne de développement (BED) à Almaty, son dernier rapport dresse un constat sans ambiguïté : les investissements constituent désormais le principal levier de développement de l’Asie centrale. L’institution estime que les cinq économies de la région devront mobiliser près de 251 milliards de dollars, soit environ 214 milliards d’euros, avant la fin de la décennie pour répondre à leurs besoins en infrastructures stratégiques.

Cette projection dépasse le simple exercice statistique. Pour la Banque eurasienne de développement, ces capitaux permettront d’accompagner une transformation économique profonde. Longtemps perçue comme un espace principalement exportateur de matières premières, l’Asie centrale ambitionne désormais de renforcer son industrie, d’améliorer sa connectivité et de développer des secteurs à plus forte valeur ajoutée. Les besoins financiers identifiés concernent ainsi des projets susceptibles d’accélérer durablement la croissance régionale.

Les investissements dans l’énergie concentrent l’essentiel des besoins selon la Banque eurasienne de développement

L’analyse de la Banque eurasienne de développement montre que le secteur énergétique absorbera à lui seul près des deux tiers des besoins financiers. Environ 170 milliards de dollars, soit près de 145 milliards d’euros, devront être investis dans la production, le transport et la distribution d’énergie, selon les estimations présentées par l’institution. Cette priorité reflète la forte progression de la consommation d’électricité dans une région dont la population continue d’augmenter rapidement et dont l’activité industrielle se développe à un rythme soutenu.

Les défis sont multiples. Les pays d’Asie centrale devront moderniser des réseaux parfois vieillissants, construire de nouvelles capacités de production et accompagner l’essor des énergies renouvelables sans compromettre la sécurité d’approvisionnement. Les investissements visent également à renforcer les interconnexions électriques entre États voisins afin de mieux équilibrer les besoins saisonniers et de sécuriser les échanges d’énergie à l’échelle régionale.

Asie centrale : la Banque eurasienne de développement chiffre les investissements indispensables

© Magnific.com

Les infrastructures de transport constituent le deuxième poste de dépenses identifié par la BED. Elles nécessiteraient environ 60 milliards de dollars, soit un peu plus de 51 milliards d’euros. Ces financements doivent permettre d’améliorer les corridors ferroviaires, routiers et logistiques reliant les pays d’Asie centrale entre eux, mais aussi aux marchés européens, chinois, caucasiens et moyen-orientaux.

À ces investissements s’ajoutent environ 14 milliards de dollars, soit près de 12 milliards d’euros, destinés aux infrastructures hydrauliques et à la gestion des ressources en eau, ainsi que 7 milliards de dollars, soit près de 6 milliards d’euros, pour le développement logistique. Dans une région confrontée à une pression croissante sur les ressources hydriques et au développement rapide des échanges commerciaux, ces secteurs apparaissent comme des éléments structurants de la compétitivité future.

Les investissements accompagnent une croissance exceptionnelle en Asie centrale

Les besoins identifiés par la Banque eurasienne de développement s’expliquent par la dynamique économique que connaît actuellement l’Asie centrale. Selon les données présentées dans le rapport, la région rassemble désormais plus de 83 millions d’habitants pour un produit intérieur brut cumulé atteignant environ 566 milliards de dollars, soit près de 483 milliards d’euros.

La croissance observée au cours de la dernière décennie illustre cette évolution. L’économie régionale s’est accrue d’environ 50%, tandis que les investissements productifs ont doublé pour atteindre près de 113 milliards de dollars par an, soit environ 97 milliards d’euros. Ces performances placent aujourd’hui l’Asie centrale parmi les espaces économiques les plus dynamiques au monde, portés à la fois par la diversification industrielle, le développement du commerce régional et une amélioration progressive du climat des affaires.

Cette évolution conduit la Banque eurasienne de développement à revoir profondément la perception de la région. Comme l’a expliqué son vice-président du directoire, Ruslan Dalenov, lors de la présentation du rapport, l’Asie centrale « est en train de devenir une région d’innovation, d’industrialisation et d’investissements de long terme ». Cette appréciation traduit l’ambition des économies centrasiatiques de dépasser progressivement leur dépendance aux exportations de matières premières pour construire une croissance davantage fondée sur la production industrielle, les infrastructures modernes et l’intégration régionale.

ferroviaire chemins de fer

© Pixabay

La Banque eurasienne de développement mise sur une coopération renforcée pour financer les investissements

Pour la Banque eurasienne de développement, ces besoins de financement ne doivent pas être interprétés comme un obstacle au développement de la région. L’institution insiste au contraire sur le potentiel qu’ils représentent pour les investisseurs publics et privés. Les grands projets d’infrastructures devraient mobiliser des États, des banques multilatérales de développement, des fonds souverains ainsi que des capitaux privés, dans une logique de partage des risques et de coopération régionale.

Cette approche est résumée par Ruslan Dalenov, vice-président du directoire de la Banque eurasienne de développement. « Ces besoins ne sont pas uniquement des besoins de financement. Ils représentent avant tout des opportunités d’investissement », a-t-il déclaré lors de la présentation du rapport.

Le rapport met également en avant le rôle croissant de la coopération régionale. Les grands réseaux électriques, les infrastructures hydrauliques ou encore les corridors de transport dépassent largement les frontières nationales. Leur réalisation suppose donc une coordination accrue entre les gouvernements, mais aussi entre les institutions financières internationales. La Banque eurasienne de développement estime que cette coopération favorisera l’émergence de projets transfrontaliers plus ambitieux et renforcera l’intégration économique de l’ensemble de la région.

Dans cette perspective, les infrastructures de transport occupent une place stratégique. En améliorant les liaisons ferroviaires, routières et logistiques entre l’Europe, le Caucase, la Chine et le Moyen-Orient, l’Asie centrale pourrait conforter sa position de carrefour des échanges eurasiens. Les investissements programmés visent ainsi autant à réduire les coûts logistiques qu’à accélérer les flux commerciaux et à attirer de nouvelles activités industrielles.

Les investissements doivent soutenir la transformation économique de l’Asie centrale

Au-delà des montants annoncés, le rapport de la Banque eurasienne de développement dessine une véritable stratégie de développement pour les prochaines années. L’institution identifie plusieurs tendances de fond appelées à remodeler les économies d’Asie centrale : l’accélération de l’industrialisation, l’évolution rapide des besoins énergétiques, la diversification des infrastructures de transport, le développement de nouveaux instruments financiers et le renforcement des partenariats avec les banques multilatérales de développement.

L’objectif consiste à permettre aux économies de la région de franchir un nouveau cap de développement. Pour la BED, l’amélioration des infrastructures ne doit pas seulement soutenir la croissance démographique et économique actuelle. Elle doit aussi favoriser la montée en gamme industrielle, stimuler les investissements privés, développer les secteurs technologiques et accroître la compétitivité internationale des entreprises locales.

Cette transformation intervient dans un contexte géoéconomique particulièrement favorable à l’Asie centrale. Située au croisement de plusieurs grands marchés, la région bénéficie d’un intérêt croissant de la part des investisseurs internationaux, attirés par son potentiel de croissance, ses ressources naturelles, mais aussi par son rôle grandissant dans les échanges eurasiens. Les infrastructures constituent dès lors un facteur décisif pour convertir cette position géographique en avantage économique durable.

Les quelque 214 milliards d’euros d’investissements estimés par la Banque eurasienne de développement apparaissent ainsi comme un objectif structurant pour l’ensemble de la région à l’horizon 2030. Si ces financements sont effectivement mobilisés, ils pourraient accélérer la modernisation des économies centrasiatiques, renforcer leur intégration régionale et soutenir une croissance davantage fondée sur l’innovation, l’industrie et les infrastructures de nouvelle génération.

Illustration www.magnific.com et www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 07/27/2026

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