Sept ans après l’arrivée de Kassym-Jomart Tokaïev à la présidence, le Kazakhstan affiche une économie plus vaste, davantage tournée vers l’industrie, les infrastructures et l’investissement. Les indicateurs témoignent d’une diversification progressive, mais ils mettent aussi en évidence des fragilités persistantes : inflation élevée, poids toujours important des hydrocarbures, dépendance aux marchés extérieurs et nécessité d’accroître la productivité.
Kazakhstan : une économie moins vulnérable aux facteurs extérieurs et davantage créatrice de valeur
Le bilan économique des sept premières années de présidence de Kassym-Jomart Tokaïev fait apparaître une transformation qui ne se résume pas à la progression du produit intérieur brut. Depuis 2019, le Kazakhstan a traversé la pandémie, la désorganisation des chaînes logistiques mondiales, la poussée inflationniste et les conséquences de la guerre russo-ukrainienne. Malgré ces chocs successifs, l’activité a poursuivi son expansion, tandis que les investissements, l’industrie manufacturière, les transports et les PME ont pris une place plus visible dans le modèle économique.
Cette évolution reste toutefois inachevée. Les hydrocarbures, les routes d’exportation, la conjoncture russe et chinoise ainsi que les conditions financières internationales continuent d’exercer une influence importante sur l’économie kazakhstanaise. La question n’est donc plus seulement celle de la croissance, mais de sa capacité à devenir plus productive, moins vulnérable aux facteurs extérieurs et davantage créatrice de valeur au Kazakhstan.
Croissance et indicateurs d’une économie plus résiliente
Le premier changement est celui de l’échelle. Le PIB par habitant, de 9.813 dollars en 2019 mais de 15.006,4 dollars en 2025, a progressé de 52,9%. En 2025, la croissance réelle du PIB a atteint 6,5%. Surtout, l’expansion n’a pas reposé sur un secteur unique. En 2025, le transport et l’entreposage ont progressé de 19,4%, la construction de 17,5%, l’industrie de 7,7% et l’information-communication de 6,4%. Cette répartition donne davantage de poids à l’investissement intérieur, aux infrastructures et aux échanges dans la formation de la croissance.
Les chiffres les plus récents prolongent ce mouvement. Entre janvier et août 2026, les investissements en capital fixe ont atteint l’équivalent d’environ 26,5 milliards d’euros, en hausse réelle de 8,1% sur un an. L’industrie a absorbé 40,6% de ces investissements, contre 17,6% pour le transport et l’entreposage. À elle seule, l’industrie manufacturière a représenté 14,1% du total, avec une progression réelle de 39,9% par rapport aux huit premiers mois de 2025.
Ces données ne signifient pas que l’économie s’est affranchie des risques extérieurs : bien au contraire, cette croissance s’est faite sur fonds de persistance d’une forte sensibilité aux prix du pétrole, aux exportations, aux économies russe et chinoise et aux taux d’intérêt internationaux. La dépendance du budget aux recettes pétrolières demeure également un facteur structurel. Ainsi, la résilience observée depuis 2019 correspond davantage à une meilleure capacité d’absorption des chocs qu’à leur disparition.
Industrie et investissement : la diversification reste inachevée
La transformation industrielle constitue l’un des indicateurs les plus suivis. En 2019, l’industrie manufacturière représentait environ 11,4% du PIB, contre 14,5% pour les activités minières. En 2025, la part du manufacturier aurait atteint environ 13%, tandis que celle des mines serait revenue autour de 12%.
Dans le même temps, 625 nouvelles entreprises industrielles ont été créées entre 2019 et 2025 et ont généré 61.300 emplois. Sur cette période, le Kazakhstan a attiré 155,8 milliards de dollars d’investissements directs étrangers bruts. Ces données illustrent l’ampleur des flux reçus, sans signifier pour autant que la diversification soit achevée ou que chaque investissement contribue de la même manière à l’économie productive.
C’est précisément sur la valeur ajoutée locale que se situe désormais l’enjeu. Une augmentation de la production manufacturière ne produit ses effets à long terme que si elle entraîne davantage de technologie, d’ingénierie, de fournisseurs locaux, de compétences spécialisées et d’exportations à plus forte valeur ajoutée. Le prochain objectif n’est donc pas seulement d’accroître la part de l’industrie manufacturière, mais d’augmenter la valeur créée à l’intérieur du pays.
Le ministère de l’Économie décrit parallèlement une refonte plus large de la politique d’investissement. Les investissements en capital fixe auraient atteint l’équivalent d’environ 46,2 milliards d’euros en 2025, avec une croissance réelle de 16,7%. Le gouvernement indique aussi avoir identifié 667 projets représentant environ 142,4 milliards d’euros.
Infrastructures, PME et emploi au cœur du modèle
Sous la présidence de Kassym-Jomart Tokaïev, les infrastructures ont constitué l’un des principaux leviers d’investissement. En sept ans, 118,3 millions de mètres carrés de logements ont été mis en service, et 14.200 km de routes ont été réparés. L’objectif économique dépasse les volumes de béton ou de kilomètres rénovés. Dans un pays de près de 2,7 millions de kilomètres carrés situé entre la Chine, la Russie, la mer Caspienne et les marchés européens, les coûts logistiques et la qualité des connexions constituent des paramètres déterminants. Le développement des liaisons ferroviaires et de la route internationale transcaspienne vise ainsi à transformer la position géographique du Kazakhstan en capacité de transit et en activité économique.
La base entrepreneuriale s’est également élargie. Au début de 2026, le pays comptait 2,36 millions de PME enregistrées, qui employaient environ 4,53 millions de personnes. L’emploi dans les petites et moyennes entreprises avait progressé de 31,6% en sept ans. Après le recul provoqué par l’épidémie de Covid-19, l’année 2022 avait notamment enregistré une hausse de 18,3% de l’emploi dans les PME et de 19,6% du nombre d’entreprises enregistrées.
La politique de soutien aux entreprises continue parallèlement de se réorganiser. Un guichet unique pour les entreprises a été mis en place : il déjà traité près de 30.000 demandes depuis son lancement technique et accompagné ou financé 1.250 projets. Le dispositif réunit plusieurs instruments de financement, de garantie, d’investissement direct, de crédit à l’exportation et de crédit-bail proposés par les organismes du groupe Baiterek.
La progression de l’emploi s’inscrit dans ce même tableau. Plus de 3,6 millions d’emplois auraient été créés sur sept ans, tandis que l’espérance de vie a atteint 75,97 ans. Le salaire nominal mensuel moyen s’est établi à 443.300 tenges en 2025, soit environ 870 euros. C’est 2,4 fois plus que le niveau de 2019.
Inflation, niveau de vie et réformes : les indicateurs qui conditionnent la suite
La hausse des revenus nominaux doit néanmoins être mise en regard des prix. L’inflation a atteint 12,3% en 2025, voire 13,5% sur les produits alimentaires. Cette dynamique réduit mécaniquement une partie du gain procuré par la hausse des salaires et explique pourquoi le pouvoir d’achat, la productivité et le coût de la vie deviennent des indicateurs aussi importants que la croissance du PIB.
L’effort social et d’équipement a parallèlement pris de l’ampleur. Sur sept ans, les dépenses publiques affectées au secteur social ont représenté l’équivalent de 66,8 milliards d’euros. Durant la même période, 761 écoles, 345 écoles maternelles, 696 hôpitaux et polycliniques et 536 équipements sportifs ont été construits.
Pour les entreprises et les investisseurs, l’enjeu est concret : la prévisibilité de la fiscalité, de la réglementation, des tarifs et de l’accès aux marchés conditionne les décisions portant sur plusieurs décennies. Les autorités cherchent donc à articuler réforme institutionnelle et politique d’investissement. En 2026, 26 accords d’investissement représentant environ 10,2 milliards d’euros avaient déjà été conclus.
La prochaine étape se joue ainsi moins sur l’accumulation de nouveaux indicateurs records que sur leur qualité : investissements privés capables de se substituer progressivement à la stimulation publique, exportations plus élaborées, transformation locale des matières premières, gains de productivité et formation d’ingénieurs et de spécialistes. Sept ans après 2019, les données décrivent donc une économie kazakhstanaise dont la base productive s’est élargie, mais dont la capacité à réduire durablement sa dépendance au pétrole, aux finances publiques et aux conditions économiques extérieures reste encore à mesurer.
