Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan gagnent une place nouvelle sur la carte des investisseurs internationaux. Pour le BlackRock Investment Institute, les deux premières économies d’Asie centrale commencent à rejoindre, dans le champ d’attention des grands capitaux mondiaux, des marchés comme l’Inde ou les pays du Golfe. Réformes financières, croissance soutenue, infrastructures et minerais critiques alimentent cet intérêt, tandis que de nouveaux accords montrent que le mouvement dépasse désormais le simple discours.
Kazakhstan et Ouzbékistan : BlackRock élargit sa carte de l’Asie centrale
Dans un entretien publié le 25 septembre 2026 par Bloomberg, le responsable de la stratégie d’investissement de BlackRock Investment Institute pour le Moyen-Orient et l’Asie-Pacifique place explicitement le Kazakhstan et l’Ouzbékistan parmi les marchés que l’institution observe de plus près. Les deux pays « sont vraiment très intéressants », affirme-t-il. Cette appréciation intervient alors que les deux économies affichent des rythmes de croissance élevés, tout en poursuivant des transformations destinées à attirer davantage de capitaux étrangers. Au Kazakhstan, le PIB réel a progressé de 4,1% sur les huit premiers mois de 2026. En Ouzbékistan, la croissance a atteint 8,5% au premier semestre, qui a relevé sa prévision de croissance pour l’ensemble de 2026 à une fourchette de 7,5% à 8%.
L’intérêt exprimé par BlackRock ne se limite pas aux performances conjoncturelles. Ben Powell insiste notamment sur les transformations institutionnelles engagées au Kazakhstan. « Au Kazakhstan, nous sommes très encouragés par les réformes, notamment la réforme des retraites et celle des marchés de capitaux que nous observons », explique le stratégiste de BlackRock Investment Institute dans cet entretien accordé à Bloomberg.
Pour un grand gestionnaire d’actifs, ce type de réforme compte autant que le taux de croissance. L’enjeu est de savoir si une économie en expansion dispose également de marchés financiers suffisamment profonds, de règles prévisibles et d’instruments permettant aux capitaux internationaux de s’engager durablement. C’est précisément sur ce terrain que le Kazakhstan cherche depuis plusieurs années à renforcer son attractivité, alors que le pays veut financer une nouvelle vague d’investissements dans les infrastructures.
Le mouvement est déjà perceptible sur le marché obligataire. Depuis le début de 2026, les investisseurs étrangers ont placé environ 1,76 milliard d’euros dans des instruments de dette kazakhstanaises libellés en tenges. La conversion est effectuée au taux de référence publié par la Banque centrale européenne pour cette même journée.
Ben Powell décrit ainsi une dynamique susceptible de s’autoalimenter. « Le Kazakhstan devient plus accueillant pour le capital et, lorsque le pays en voit les bénéfices, il devient encore plus accueillant », affirme-t-il dans Bloomberg. Avant d’ajouter : « Si nous voyons davantage d’opportunités, nous aimerions déployer davantage de capitaux ».
Ce positionnement est significatif. Le Kazakhstan reste fortement associé aux hydrocarbures et aux matières premières, mais l’analyse de BlackRock met aussi en avant les réformes des marchés et les besoins de financement de l’économie réelle. Bloomberg souligne par ailleurs l’intérêt croissant des investisseurs pour les minerais critiques, un domaine dans lequel l’Asie centrale entend valoriser davantage ses ressources et attirer des partenaires étrangers.
BlackRock regarde aussi les infrastructures de l’Asie centrale
La question des infrastructures constitue l’un des éléments les plus concrets de cette nouvelle séquence. Le Kazakhstan cherche à mobiliser d’importants financements pour moderniser ses réseaux de transport, son énergie, son système de santé et certains instruments de finance verte. Le Parlement kazakhstanais a ainsi avancé en septembre sur la ratification d’un accord-cadre avec la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, l’AIIB.
Selon le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Serik Zhumangarin, ce cadre pourrait permettre d’attirer jusqu’à environ 5,27 milliards d’euros de financements supplémentaires au cours des cinq premières années suivant sa ratification. Les fonds seraient proposés à des conditions préférentielles et destinés notamment aux transports, à l’énergie, à la santé et à la finance verte.
Une première liste comprenait 14 projets potentiels représentant environ 5,33 milliards d’euros. Après discussions avec l’AIIB, un portefeuille indicatif actualisé de 17 projets, représentant environ 4,65 milliards d’euros, a été constitué. Parmi les opérations envisagées figurent plusieurs reconstructions de routes et de lignes ferroviaires, notamment sur les axes Jézkazgan-Karaganda, Aktobe-Karabutak-Ulgaisyn, Atyrau-Dossor et Moyynty-Kyzylzhar, selon les informations communiquées par le ministère kazakhstanais de l’Économie.
Le coût du financement est également notable : Serik Zhumangarin a évoqué des taux annuels de 1% à 1,5%. Depuis le début de la coopération du Kazakhstan avec l’AIIB en 2016, sept projets représentant environ 1,58 milliard d’euros ont déjà été réalisés dans l’énergie, la santé et le soutien à la résilience économique.
Cette recherche de capitaux rejoint directement l’analyse de BlackRock. Pour un investisseur international, les infrastructures ne constituent pas seulement une dépense publique : elles peuvent accroître les capacités de transport, faciliter les exportations et créer de nouveaux actifs susceptibles d’être financés sur les marchés. Bloomberg évoque également les projets de levée de capitaux du secteur ferroviaire kazakh parmi les facteurs qui replacent le pays dans le champ d’attention des investisseurs mondiaux.
Kazakhstan et Ouzbékistan : deux croissances suivies par BlackRock
Le Kazakhstan n’est toutefois qu’une moitié de l’équation. L’Ouzbékistan affiche une croissance beaucoup plus rapide : 8,5% en termes réels au premier semestre 2026. La Banque centrale ouzbèke attribue cette dynamique à une demande intérieure robuste, à la hausse de la consommation et de l’investissement ainsi qu’à l’expansion des services, de l’industrie et de la construction. Elle souligne cependant que les pressions inflationnistes n’ont pas entièrement disparu.
En juin 2026, l’inflation annuelle atteignait 6,4%, contre 5,5% en mai, alors que l’inflation sous-jacente évoluait autour de 5,7%. Les anticipations d’inflation des ménages atteignaient 10,1% et celles des entreprises 9,9%. Ces données apportent un contrepoint important à la vigueur de la croissance : l’économie ouzbèke avance vite, mais son environnement monétaire reste suffisamment tendu pour que la Banque centrale maintienne une politique restrictive.
Pour BlackRock, la trajectoire n’en reste pas moins porteuse d’opportunités. « En Ouzbékistan, nous sommes toujours intéressés par les opportunités », déclare Ben Powell dans Bloomberg. « Il semble probable que nous trouvions davantage d’opportunités en Ouzbékistan à l’avenir. »
L’intérêt a déjà pris une dimension concrète. Bloomberg rappelle que des représentants de BlackRock ont rencontré en juillet 2026 le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev pour discuter notamment de privatisations, de projets pétrochimiques et d’intelligence artificielle. Le groupe a également participé, comme investisseur de référence, à l’introduction initiale d’instruments liés au fonds national d’investissement ouzbek.
Cette séquence traduit un changement d’échelle. L’Ouzbékistan ne cherche plus uniquement à attirer des investissements directs dans l’industrie ou les infrastructures. Tachkent tente également de développer des relations avec les grands acteurs mondiaux de la gestion d’actifs, de moderniser ses pratiques financières et d’insérer progressivement ses institutions dans les circuits internationaux de capitaux.
Ouzbékistan et BlackRock approfondissent leur coopération financière
Un développement récent vient renforcer cette lecture. Le 18 septembre 2026, la Banque centrale d’Ouzbékistan et BlackRock ont signé à Tachkent un mémorandum destiné à explorer une coopération dans le domaine de la gestion des réserves internationales. L’accord a été conclu en marge de l’International Public Assets Management Forum et rendu public le 22 septembre par la banque centrale.
Le texte prévoit des échanges d’expertise sur l’allocation stratégique des actifs, la construction de portefeuilles, les solutions d’investissement, la gestion des risques, les hypothèses relatives aux marchés de capitaux et l’analyse macroprudentielle. Il prévoit également des échanges réguliers avec BlackRock Investment Institute sur l’évolution des marchés mondiaux et les perspectives macroéconomiques.
Le mémorandum est valable deux ans. La Banque centrale ouzbèke précise toutefois qu’il ne constitue ni un mandat d’investissement, ni une transaction, ni un engagement financier pour l’une ou l’autre partie. D’éventuelles opérations devront faire l’objet d’accords séparés. Cette distinction est essentielle : la coopération institutionnelle progresse, mais elle ne signifie pas que BlackRock s’est engagé à placer automatiquement des capitaux dans les réserves ouzbèkes.
L’environnement international reste par ailleurs déterminant pour les deux pays. Ben Powell cite notamment la persistance de l’inflation et les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine parmi les principaux risques pesant sur l’économie mondiale. Il estime également que l’or pourrait rester proche de niveaux historiquement élevés, tandis que le pétrole demeure particulièrement sensible aux perturbations de l’offre.
Pour le Kazakhstan, grand exportateur d’énergie, cette dernière variable est particulièrement importante. Le 25 septembre, le Brent a terminé à l’équivalent d’environ 91,58 euros le baril après une baisse de 2,1% sur la séance, selon Reuters et sur la base du taux de référence de la BCE. Les marchés restaient alors exposés aux conséquences du conflit au Moyen-Orient et aux incertitudes entourant les flux pétroliers régionaux.
Dans ce contexte volatil, la lecture de BlackRock éclaire surtout la transformation de la perception de l’Asie centrale par une partie de la finance internationale. Le Kazakhstan apporte une combinaison de ressources, de besoins massifs en infrastructures et de réformes financières. L’Ouzbékistan ajoute une croissance rapide, une ouverture progressive des marchés et une multiplication des coopérations institutionnelles. Pour l’heure, BlackRock parle davantage d’opportunités et d’intérêt croissant que d’une vague d’investissements déjà engagée. Mais le fait que les deux économies soient désormais comparées, dans le radar de son institut d’investissement, à l’Inde et aux États du Golfe constitue en soi un changement de perspective.
