Le bail de Baïkonour traverse les décennies sans changer de prix. La Russie verse toujours au Kazakhstan 115 millions de dollars par an, soit environ 100,3 millions d’euros. Ce montant n’a pas été relevé depuis 1994, rapporte le média kazakhstanais Kursiv.
Baïkonour : un loyer russe figé depuis 1994
Plus de trois décennies après la mise en place du dispositif locatif qui a suivi la disparition de l’Union soviétique, le mécanisme financier entourant le célèbre cosmodrome situé Kazakhstan est donc resté remarquablement stable : selon les informations obtenues par le média Kursiv auprès du ministère kazakhstanais chargé de l’Intelligence artificielle et du développement numérique, la Russie paie la même somme contractuelle qu’au milieu des années 1990.
Cette stabilité ne signifie cependant pas que la valeur économique du loyer de Baïkonour soit restée identique. Le contrat est libellé en dollars. Par conséquent, la somme encaissée par le budget kazakhstanais en monnaie nationale évolue au gré du cours du tenge, tandis que l’inflation réduit progressivement le pouvoir d’achat réel des 115 millions de dollars.
Le chiffre central n’a pas bougé : 115 millions de dollars par an, soit environ 100,3 millions d’euros. Kursiv précise que ce tarif est appliqué depuis 1994, ce qui porte à 32 ans la période pendant laquelle le montant contractuel est resté inchangé en 2026. En revanche, la contre-valeur en monnaie kazakhstanaise a considérablement varié. Kursiv estime actuellement le versement à environ 51,6 milliards de tenges, soit près de 100,5 millions d’euros au cours officiel du 23 septembre 2026. Le média souligne également que les recettes nominales exprimées en tenges dépassent désormais 52 milliards, environ 101,3 millions d’euros au même taux de référence, alors que leur niveau nominal était plus de dix fois inférieur au début du bail. Cette hausse ne correspond donc pas à une augmentation du prix demandé à Moscou : elle résulte essentiellement du change.
L’érosion est même inverse lorsqu’on raisonne en pouvoir d’achat du dollar. Selon le calcul publié par Kursiv, les 115 millions de dollars versés aujourd’hui n’auraient plus qu’un pouvoir d’achat comparable à environ 50 millions de dollars de 1994, soit près de 43,6 millions d’euros. Pour maintenir la valeur réelle initiale du loyer, le paiement devrait désormais approcher 250 millions de dollars, soit quelque 218,1 millions d’euros.
Surtout, le gouvernement kazakhstanais ne prépare pas de révision. « Le coût de la location ou son recalcul lors du retrait progressif de certains objets et terrains du cosmodrome du périmètre loué par la Russie n’est pas prévu », a indiqué le ministère à Kursiv le 22 septembre 2026.
Baïkonour : l’histoire d’un cosmodrome sous contrôle russe par bail
Le dispositif actuel est directement issu de l’effondrement de l’URSS. Après la disparition de l’État soviétique, Baïkonour s’est retrouvé sous la juridiction du Kazakhstan indépendant. Dans les premières années de l’indépendance, le pays ne disposait cependant pas, selon le média, des moyens financiers, des spécialistes et de l’ensemble des infrastructures nécessaires pour exploiter seul un complexe spatial de cette ampleur. Astana et Moscou ont alors construit un régime de location permettant à la Russie de continuer à utiliser le site sans transfert de la souveraineté territoriale kazakhstanaise. Le bail a d’abord été établi pour 20 ans, avec une échéance fixée à 2014. En 2004, lors d’une visite du président russe Vladimir Poutine à Astana, les deux pays ont prolongé la location jusqu’en 2050. Cette extension a inscrit la présence russe à Baïkonour dans un horizon de plusieurs décennies.
Le résultat est un espace au statut singulier : Baïkonour appartient au Kazakhstan et relève de sa juridiction, mais la Russie dispose, en vertu du bail et des accords bilatéraux, d’une empreinte opérationnelle et administrative particulièrement forte sur le complexe. Cette réalité reste visible en 2026.
Il faut donc distinguer deux notions souvent confondues. La souveraineté sur Baïkonour est kazakhstanaise, comme le rappelle le récit historique publié par Kursiv, tandis que l’exploitation d’une grande partie du complexe et une part importante de son organisation quotidienne restent liées à la Russie dans le cadre de la location. Le système né dans les années 1990 n’était pas une vente du cosmodrome : il devait permettre la continuité des activités spatiales sur une infrastructure soviétique devenue, géographiquement et juridiquement, kazakhstanaise.
Le maintien du bail ne relève pas seulement d’un héritage juridique. Baïkonour reste une base de lancement en activité. Le 16 septembre 2026, une fusée russe Soyouz-2.1b a décollé du complexe de lancement n°31 avec le cargo Progress MS-35 à destination de la Station spatiale internationale.
