Au Turkménistan, le passage obligé par les examens médicaux avant l’entrée à l’école se transforme, selon plusieurs parents de Balkanabat, en une épreuve financière. À quelques semaines du début de l’année scolaire 2026-2027, des témoignages recueillis par la rédaction turkmène de la radio Azatlyk font état de paiements informels pour accélérer la délivrance de certificats médicaux, mais aussi de sommes bien plus élevées lorsqu’il s’agit d’obtenir une place dans certains établissements réputés.
Au Turkménistan, les examens médicaux sous soupçon de monnayage
Le 12 août 2026, Azatlyk Radiosy a rapporté les plaintes de familles de Balkanabat, capitale administrative du velayat de Balkan, dans l’ouest du Turkménistan. À l’approche de la rentrée, les enfants concernés sont principalement des futurs élèves de première classe âgés de six ans. Selon les témoignages recueillis, ils doivent notamment passer un contrôle médical général et un examen portant sur les maladies cutanées. C’est autour de cette procédure administrative et sanitaire, normalement préalable à l’inscription, que les familles interrogées disent voir apparaître un système parallèle de paiements.
Dans les centres de santé n°1, n°2 et n°3 de Balkanabat, les files d’attente auraient ces derniers jours été largement composées d’enfants préparant leur première rentrée. Des parents affirment qu’un paiement de 300 manats, soit environ 73 euros selon la valorisation au taux officiel ou près de 13 euros, permettrait de faire établir les documents nécessaires en une seule journée.
La différence entre ces deux conversions reflète l’important écart entre le cours officiel du manat et le taux du marché parallèle utilisé dans les sources. Elle ne change toutefois pas le cœur des accusations : ce n’est pas seulement le coût qui est dénoncé, mais l’idée que le paiement permettrait d’éviter l’attente ou d’accélérer une procédure censée reposer sur l’examen effectif de l’enfant. Des interlocuteurs d’Azatlyk soutiennent ainsi que certains médecins pourraient faire délivrer les attestations de futurs élèves sans que ceux-ci aient suivi le parcours ordinaire au centre médical.
Cette pratique présumée serait particulièrement sensible pour les familles aux revenus modestes, puisqu’elle intervient au moment même où les dépenses de rentrée se multiplient. Dans le velayat de Balkan, plus de 30 points de vente spécialisés en fournitures scolaires fonctionnent actuellement dans les villes et districts de la région et doivent rester ouverts jusqu’au 5 septembre. Uniformes, chaussures, sacs, cahiers, journaux scolaires et fournitures diverses s’ajoutent donc aux dépenses que les parents doivent assumer avant le retour en classe.
Un ancien enseignant interrogé anonymement par Azatlyk critique aussi la dimension éducative de ces pratiques présumées. Selon lui, en versant de l’argent « avant même que les enfants aient six ans », les adultes contribuent à les familiariser très tôt avec des comportements qu’il juge nuisibles.
À Balkanabat, l’année scolaire alourdie par la course aux écoles réputées
Les témoignages ne s’arrêtent pas au certificat médical. Plusieurs parents affirment que le montant des paiements informels augmenterait fortement lorsque la famille cherche à inscrire son enfant dans une école bénéficiant d’une meilleure réputation, notamment dans les établissements proposant un enseignement renforcé des langues étrangères.
Une mère interrogée sous couvert d’anonymat affirme ainsi que « les parents sont confrontés aux pots-de-vin les plus importants » lorsqu’ils cherchent ce type d’établissement, rapporte Azattyq Asia. Les sommes évoquées pour une inscription vont de 20.000 à 50.000 manats. En reprenant les équivalents monétaires donnés par le média et en les convertissant en euros, cela représente environ 4.928 à 12.362 euros.
Le niveau des montants allégués est d’autant plus frappant qu’il ne s’agit plus d’accélérer un simple contrôle médical, mais d’une compétition supposée entre familles pour accéder à certains établissements. Les parents interrogés par Azatlyk mentionnent précisément neuf écoles de Balkanabat, portant les numéros 1, 2, 21, 22, 7, 3, 15, 10 et 26, comme se distinguant selon eux par l’importance des sommes demandées. Ces affirmations restent cependant des témoignages anonymes et Azatlyk dit ne pas avoir obtenu de confirmation officielle.
Un ancien employé du secteur éducatif décrit de son côté un mécanisme dans lequel des établissements chercheraient à « créer la réputation d’une “bonne école” afin d’augmenter le montant des pots-de-vin », rapporte Azattyq Asia. Dans la version turkmène du reportage, un ancien enseignant évoque de la même manière un « jeu consistant à relever le tarif des pots-de-vin », selon Azatlyk Radiosy. Le média rapporte aussi l’opinion de plusieurs parents et spécialistes pour lesquels la qualité réelle de l’enseignement dans les écoles les plus recherchées ne serait pas nécessairement très différente de celle des autres établissements.
Turkménistan : les examens médicaux face au discours officiel sur l’éducation
Ces accusations interviennent dans un contexte où les autorités turkmènes mettent au contraire en avant les investissements publics consacrés à l’école et à la modernisation de l’enseignement. Le 15 août 2026, un article publié par le journal gouvernemental Altyn Asyr présentait l’éducation comme l’un des moteurs stratégiques du développement du pays. Le texte insiste sur la numérisation, les nouvelles infrastructures, l’apprentissage de plusieurs langues et le développement d’établissements modernes.
Cette mise en avant est particulièrement significative au regard des accusations formulées à Balkanabat. Les écoles proposant un apprentissage approfondi des langues étrangères sont précisément celles pour lesquelles les parents interrogés par Azatlyk disent rencontrer les demandes financières les plus importantes. Le décalage est donc net entre, d’un côté, un discours public qui présente le multilinguisme et la modernisation scolaire comme des priorités nationales et, de l’autre, des témoignages selon lesquels l’accès à certains établissements réputés pourrait dépendre de la capacité des familles à verser de l’argent.
Pour l’année scolaire 2026-2027, l’État a également prévu la remise d’ordinateurs portables aux enfants entrant en première classe. Une décision présidentielle rapportée le 2 mai par Business Turkmenistan autorisait le ministère de l’Éducation à acheter les appareils produits dans le pays et prévoyait leur installation dans les établissements avant le 1er août 2026. Cette politique prolonge une pratique utilisée depuis plusieurs années pour accompagner l’entrée des enfants dans le système scolaire.
En parallèle, des initiatives sociales ciblent les familles les plus fragiles. Le 10 août, la délégation de l’Union européenne au Turkménistan a remis 25 ensembles de fournitures scolaires à des enfants handicapés et à des enfants issus de familles dans le besoin. Cette campagne de préparation à la rentrée était organisée pour la cinquième année consécutive, avec le soutien de l’organisation Ýeňme et du Centre de soutien aux personnes handicapées.
Pour l’année scolaire 2026-2027, une rentrée à deux visages
À Balkanabat, la préparation officielle de l’année scolaire est déjà très visible. Le réseau de marchés scolaires présenté par Altyn Asyr propose des vêtements, chaussures, sacs et fournitures produits au Turkménistan, tandis que les autorités mettent en avant la distribution d’ordinateurs aux futurs élèves de première classe. À l’échelle nationale, le récit institutionnel insiste donc sur l’équipement des écoles, la modernisation pédagogique et l’amélioration des conditions d’apprentissage.
Les témoignages recueillis par Azatlyk décrivent pourtant une réalité beaucoup moins formelle. Le contrôle médical, première étape avant même l’arrivée en classe, serait pour certaines familles le point d’entrée dans une succession de paiements informels. Puis viendrait, pour ceux qui recherchent une école considérée comme prestigieuse, une seconde pression financière potentiellement beaucoup plus lourde.
Le contraste doit néanmoins être présenté avec prudence. Azatlyk affirme avoir interrogé plusieurs parents, habitants et anciens professionnels de l’éducation, mais n’a pas pu obtenir de réaction officielle sur l’étendue des pratiques dénoncées ni sur d’éventuelles mesures prises pour y répondre. Les montants rapportés restent donc des sommes alléguées par des sources anonymes et non des tarifs établis ou reconnus par l’administration.
Cette absence de réponse laisse une zone d’ombre au moment où les familles organisent concrètement la rentrée de leurs enfants. Les marchés scolaires fonctionneront encore après le 1er septembre et les équipements destinés aux nouveaux élèves sont mis en avant par les médias nationaux. Mais à Balkanabat, les plaintes recueillies par Azatlyk portent sur une étape plus élémentaire : la possibilité d’obtenir les examens médicaux et les documents indispensables sans avoir à passer par une transaction informelle.
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