Kirghizstan : Sadyr Japarov vise un second mandat en 2027
Kirghizstan : Sadyr Japarov vise un second mandat en 2027

À cinq mois de la présidentielle kirghize, Sadyr Japarov lève l’une des principales incertitudes de la scène politique nationale : le chef de l’État veut conserver le pouvoir pour un deuxième mandat. Son annonce replace immédiatement la présidentielle de 2027 au centre du jeu, tout en éclairant d’un jour nouveau sa rupture politique avec son ancien allié Kamchybek Tachiev, longtemps considéré comme un possible successeur.

Sadyr Japarov se lance dans la présidentielle de 2027

Le président kirghiz Sadyr Japarov a confirmé le 13 août 2026 qu’il participerait à la prochaine présidentielle, dans un entretien accordé au journaliste Ali Toktakunov. Après des mois durant lesquels son entourage avait déjà évoqué l’hypothèse d’une nouvelle candidature, le président formule cette fois lui-même son intention de solliciter un second mandat. Le calendrier est désormais resserré. La prochaine présidentielle doit se tenir le 27 janvier 2027. Sadyr Japarov aborde donc la dernière partie de son mandat avec une échéance précise et un statut clarifié par la Cour constitutionnelle : son mandat actuel est considéré comme le premier, ce qui l’autorise à se représenter.

« J’ai l’intention de me présenter pour un mandat supplémentaire et de poursuivre le travail », a déclaré Sadyr Japarov dans son entretien du 13 août 2026. Le président présente cette nouvelle candidature comme le prolongement des transformations engagées depuis son arrivée au pouvoir. Il doit briguer un second mandat afin d’achever les réformes commencées.

Cette annonce officialise une perspective qui circulait déjà dans l’appareil présidentiel. Toutefois, la déclaration personnelle du chef de l’État modifie la séquence politique : il ne s’agit plus d’une hypothèse avancée par son entourage, mais d’un engagement public du président à participer au scrutin. Le chef de l’État promet en effet de ne pas fermer la présidentielle à ses adversaires. « La voie est ouverte à tous ceux qui veulent se présenter », a-t-il déclaré.

L’enjeu est sensible au Kirghizstan, où les scrutins présidentiels sont régulièrement associés à de profondes recompositions politiques. Sadyr Japarov lui-même est arrivé au sommet de l’État après la crise d’octobre 2020. Quelques mois plus tard, il a remporté l’élection présidentielle anticipée du 10 janvier 2021 avec 79,2% des suffrages. Son investiture a eu lieu le 28 janvier 2021.

Kirghizstan : Sadyr Japarov vise un second mandat en 2027

© Telegram @ KR_President

Kamchybek Tachiev, le successeur envisagé avant la présidentielle

L’entretien du président ne se limite pourtant pas à l’annonce de sa candidature. Il révèle aussi qu’un autre scénario avait été sérieusement envisagé pour 2027. Sadyr Japarov affirme avoir pensé à Kamchybek Tachiev, ancien patron du Comité d’État pour la sécurité nationale, comme possible successeur. Il comptait alors achever son mandat et renoncer à se présenter de nouveau si son allié était prêt à prendre sa relève, selon Kaktus.media le 13 août 2026.

La relation entre les deux hommes était ancienne. Sadyr Japarov affirme qu’ils étaient amis depuis 2005 et que leurs familles se fréquentaient. Après son accession au pouvoir en 2020, Japarov avait confié à Tachiev la direction du puissant Comité d’État pour la sécurité nationale. Le président estime aujourd’hui que son ancien partenaire a obtenu des résultats importants et a largement contribué aux succès revendiqués par le pouvoir.

Mais le scénario de succession s’est progressivement effondré. Japarov explique avoir fini par considérer que Tachiev n’était pas prêt à assumer la présidence. Il lui reproche notamment de ne pas avoir suffisamment contrôlé son entourage et décrit des comportements qu’il juge incompatibles avec les responsabilités exercées. Le président relie également cette dégradation politique à l’apparition de la « lettre des 75 », un texte signé par 75 personnalités et réclamant notamment l’organisation d’élections présidentielles anticipées.

La rupture institutionnelle est intervenue le 10 février 2026, date à laquelle Kamchybek Tachiev a été relevé de ses fonctions à la tête du Comité d’État pour la sécurité nationale et de son poste de vice-président du Cabinet des ministres. L’ancien responsable sécuritaire s’est ensuite retrouvé au cœur de la procédure judiciaire liée à la « lettre des 75 ».
Le 2 juillet 2026, Kamchybek Tachiev a été condamné à quatre ans de prison. La juridiction lui a toutefois appliqué une surveillance probatoire de trois ans, selon les mêmes sources, ce qui lui a permis de ne pas être incarcéré. Le parquet a ensuite contesté le jugement et demandé un durcissement de la peine, tandis que la procédure d’appel se poursuivait en août.

Sur le plan personnel, Japarov refuse néanmoins de présenter cette séquence comme une rupture totale. « Il restera mon ami, mais je n’ai pas l’intention de le nommer à une quelconque fonction », a déclaré le président à propos de Tachiev. Cette distinction entre relation privée et mise à l’écart politique est désormais centrale : l’homme qui aurait pu, selon Japarov, devenir son successeur ne fait plus partie de ses projets pour l’appareil d’État.

Kamchybek Tachiev condamné à quatre ans avec sursis : la fin d'une alliance stratégique au Kirghizstan

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Sadyr Japarov face au nouveau cadre de la présidentielle

La possibilité pour Sadyr Japarov de solliciter un nouveau mandat a elle-même fait l’objet d’une controverse juridique. Lorsqu’il a été élu en janvier 2021, le système constitutionnel prévoyait encore un mandat de six ans. La Constitution adoptée la même année a ensuite modifié ce cadre : la durée normale de la présidence est passée à cinq ans et une même personne peut exercer au maximum deux mandats.

Cette transition posait une question décisive : comment compter le mandat commencé avant l’entrée en vigueur complète du nouveau dispositif ? La Cour constitutionnelle a finalement considéré le mandat actuel de Sadyr Japarov, d’une durée de six ans, comme son premier mandat et confirmé qu’il pouvait participer à l’élection suivante. En cas de victoire en 2027, il entrerait donc dans le cadre du second mandat permis par la Constitution actuelle.

Parallèlement, les autorités ont remanié le calendrier électoral. La loi constitutionnelle numéro 135 du 28 juillet 2026 a établi que l’élection présidentielle ordinaire se tiendrait désormais le quatrième mercredi de janvier de l’année durant laquelle expire le mandat du chef de l’État. Cette règle conduit, pour le prochain scrutin, à la date du 27 janvier 2027.

Le Parlement doit encore harmoniser son propre règlement avec cette nouvelle disposition. Un projet publié pour consultation prévoit de remplacer l’ancienne référence au troisième dimanche d’octobre par le quatrième mercredi de janvier. Le jour du scrutin doit en outre être chômé tout en restant rémunéré comme une journée travaillée.

Sadyr Japarov confirme sa candidature à la présidentielle de 2027

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Présidentielle 2027 : une scène recomposée après Kamchybek Tachiev

La candidature de Japarov intervient ainsi dans un paysage politique profondément différent de celui qui prévalait encore au début de 2026. La question de son éligibilité à un deuxième mandat a été juridiquement tranchée, la date du vote a été avancée au mois de janvier et Kamchybek Tachiev, qui constituait l’autre pôle majeur du pouvoir, a quitté l’appareil d’État. Kommersant Le tandem Japarov-Tachiev avait occupé une place déterminante dans le fonctionnement politique kirghiz depuis 2021.

L’annonce présidentielle élimine également, pour l’instant, l’hypothèse d’une succession organisée autour de l’ancien chef des services de sécurité. Japarov affirme qu’il était disposé à se retirer si Tachiev acquérait l’expérience nécessaire, mais qu’il a abandonné ce projet. Le président choisit désormais la continuité et rattache explicitement sa candidature à la poursuite des réformes engagées.

Le discours officiel insiste en parallèle sur l’ouverture de la compétition. Japarov promet que tout candidat souhaitant participer pourra le faire et affirme que le scrutin se déroulera sans entraves administratives. Ces engagements constitueront l’un des points observés à mesure que le Kirghizstan entrera dans la campagne proprement dite.

À moins de six mois du vote fixé au 27 janvier 2027, l’équation présidentielle s’est donc nettement précisée. Sadyr Japarov est désormais candidat déclaré. Kamchybek Tachiev, autrefois envisagé par le président lui-même comme possible héritier politique, se trouve hors de l’appareil gouvernemental et sous contrôle probatoire après sa condamnation. La prochaine étape sera celle des candidatures concurrentes et de la mise en œuvre concrète des garanties électorales promises par le chef de l’État.

Par Païsiy Ukhanov
Le 08/17/2026

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