Ouzbékistan : les virements de la diaspora atteignent un niveau historique
Ouzbékistan : les virements de la diaspora atteignent un niveau historique

Les virements envoyés par la diaspora vers l’Ouzbékistan continuent d’atteindre des sommets historiques. Au premier semestre 2026, ces transferts ont franchi un nouveau cap, confirmant le rôle essentiel des travailleurs expatriés dans l’économie du pays. Une dynamique qui rappelle celle observée récemment au Kirghizstan, autre État d’Asie centrale très dépendant des revenus de ses migrants.

Les virements de la diaspora renforcent l’économie de l’Ouzbékistan

Le 26 juillet, la Banque centrale d’Ouzbékistan a publié son analyse du marché des changes pour le premier semestre 2026. Les chiffres témoignent d’une nouvelle accélération des virements internationaux à destination des ménages ouzbeks. Les transferts reçus depuis l’étranger ont atteint 9,28 milliards de dollars, soit environ 7,9 milliards d’euros, entre janvier et juin 2026. D’après la Banque centrale, ce montant représente une progression de 13% par rapport à la même période de 2025, illustrant une croissance qui ne se dément pas malgré les incertitudes économiques mondiales.

Cette évolution confirme la place stratégique des virements dans l’économie de l’Ouzbékistan. Depuis plusieurs années, les revenus envoyés par les travailleurs installés à l’étranger constituent l’une des principales sources de devises du pays, devant certains investissements étrangers ou secteurs exportateurs. Les fonds servent avant tout à soutenir la consommation des ménages, à financer des projets immobiliers ou encore à développer de petites entreprises familiales.

Les chiffres publiés cette année marquent un nouveau record semestriel. Au premier semestre 2025, les transferts s’élevaient à 8,21 milliards de dollars. Deux ans plus tôt, sur la même période, ils atteignaient seulement 6,5 milliards de dollars. En l’espace de deux ans, leur volume a ainsi progressé d’environ 44%. Cette hausse continue traduit une amélioration des revenus des travailleurs migrants, mais également une intensification des flux financiers vers leurs familles restées au pays.

L’augmentation des virements dépasse largement la seule question du pouvoir d’achat des ménages. Ces fonds alimentent directement l’offre de devises sur le marché intérieur. Selon la Banque centrale, ils contribuent à soutenir la stabilité du soum, la monnaie nationale, tout en facilitant le financement des importations et des investissements privés. Cette abondance relative de devises explique également pourquoi le marché des changes ouzbek est demeuré relativement stable au cours des derniers mois malgré un contexte international toujours volatil.

Ouzbékistan : les virements de la diaspora atteignent un niveau historique

© Magnific.com

Autre indicateur révélateur, les sorties de capitaux restent nettement inférieures aux entrées. Les résidents ouzbeks ont transféré environ 1,33 milliard de dollars vers l’étranger durant les six premiers mois de l’année, soit près de sept fois moins que les sommes reçues. Le solde net des virements internationaux dépasse ainsi les 8 milliards de dollars, un niveau particulièrement élevé qui renforce les réserves en devises de l’économie nationale.

Cette progression s’explique en grande partie par la situation de la diaspora ouzbèke. Plusieurs millions de citoyens travaillent hors du pays, principalement en Russie, mais aussi au Kazakhstan, en Corée du Sud, en Turquie, aux Émirats arabes unis et, de plus en plus, dans certains pays européens. Les revenus générés à l’étranger demeurent supérieurs aux salaires proposés sur le marché du travail ouzbek, ce qui encourage les migrants à continuer d’envoyer une partie importante de leurs revenus à leurs proches.

Si la Russie reste la principale origine des virements, son poids relatif poursuit néanmoins son recul. Les données publiées au premier trimestre montrent qu’elle représente désormais 72,4% des transferts entrants, contre une part encore plus importante ces dernières années. Cette évolution reflète la diversification progressive des destinations professionnelles des travailleurs ouzbeks. Face au durcissement par la Russie des conditions d’entrée et de séjour des travailleurs étrangers mais aussi face aux besoins croissants de main-d’œuvre dans d’autres régions du monde, les flux migratoires se réorientent progressivement vers de nouveaux marchés, réduisant peu à peu la dépendance historique de l’Ouzbékistan envers son partenaire traditionnel.

Le Kirghizstan, autre pays d’Asie centrale très dépendant des virements de la diaspora

L’essor des virements ne constitue pas une singularité ouzbèke. L’ensemble de l’Asie centrale profite actuellement d’une hausse des revenus envoyés par les travailleurs expatriés. Le Kirghizstan offre un exemple particulièrement révélateur : les transferts de la diaspora ont eux aussi atteint un niveau record au cours de l’année 2026, confirmant le poids économique des migrants dans cette partie du monde.

Les deux pays présentent de nombreuses similitudes. Dans les deux cas, plusieurs centaines de milliers de citoyens occupent des emplois à l’étranger, principalement dans les secteurs de la construction, des transports, de l’industrie, des services ou de l’agriculture. Les sommes qu’ils renvoient à leurs familles représentent un soutien essentiel pour la consommation intérieure et permettent de limiter les effets d’un marché du travail domestique qui demeure insuffisamment rémunérateur pour une partie de la population active.

Ouzbékistan : les virements de la diaspora atteignent un niveau historique

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Une différence importante apparaît toutefois entre les deux économies. En Ouzbékistan, la taille de la population et la diversification progressive des destinations migratoires permettent d’atteindre des volumes financiers sans commune mesure avec ceux du Kirghizstan. Les près de 9,3 milliards de dollars enregistrés en six mois illustrent le changement d’échelle de l’économie ouzbèke. Les autorités observent d’ailleurs une progression des transferts provenant non seulement de Russie, mais également de pays comme la Corée du Sud, la Turquie, les États du Golfe ou plusieurs États européens, signe d’une mobilité internationale de plus en plus diversifiée.

Cette évolution réduit progressivement les risques liés à une concentration géographique des revenus des migrants. Jusqu’à récemment, un ralentissement économique en Russie avait des conséquences presque immédiates sur les montants envoyés vers l’Ouzbékistan. La multiplication des pays d’accueil amortit désormais davantage ces fluctuations, même si Moscou demeure de loin le premier pays d’origine des transferts.

Les virements depuis l’étranger, un levier majeur pour l’Ouzbékistan

Les virements jouent aujourd’hui un rôle qui dépasse largement le cadre des finances familiales. Ils alimentent directement la consommation intérieure, soutiennent le secteur du commerce, favorisent les investissements immobiliers des particuliers et offrent des liquidités importantes au système bancaire. Ils participent également à l’équilibre du marché des changes, un enjeu majeur pour un pays dont les importations restent dynamiques.

La Banque centrale souligne ainsi que ces flux ont largement contribué à l’augmentation de l’offre de devises au cours du premier semestre 2026. Cette abondance facilite les opérations sur le marché des changes et renforce la capacité des autorités monétaires à préserver une certaine stabilité financière. Le solde positif des transferts internationaux, supérieur à 8 milliards de dollars, constitue à cet égard un indicateur particulièrement favorable.

Pour autant, cette dépendance vis-à-vis de la diaspora demeure un défi structurel. Si les envois d’argent constituent un puissant moteur de croissance à court terme, ils rappellent également que plusieurs millions d’Ouzbeks continuent de trouver de meilleures perspectives économiques hors de leur pays. Les autorités poursuivent donc leurs efforts pour attirer davantage d’investissements industriels, développer les exportations et créer des emplois mieux rémunérés afin que la croissance repose progressivement davantage sur l’économie nationale que sur les revenus des travailleurs expatriés.

Cette stratégie s’inscrit dans les profondes transformations engagées par Tachkent depuis plusieurs années. En attendant que ces réformes produisent pleinement leurs effets, les virements de la diaspora continueront vraisemblablement de jouer un rôle déterminant dans les performances économiques de l’Ouzbékistan, comme c’est également le cas chez plusieurs de ses voisins d’Asie centrale.

Illustration www.magnific.com, www.magnific.com et www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 07/29/2026

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