Matières premières critiques, pétrole, nouvelles chaînes industrielles, transport transcaspien, intelligence artificielle : la visite de Kassym-Jomart Tokaïev en Allemagne s’appuie sur une offre économique particulièrement large. Le président kazakhstanais veut surtout modifier la nature du partenariat avec Berlin : Astana ne souhaite plus seulement exporter ses ressources, mais attirer davantage de transformation, de technologies et de valeur ajoutée au Kazakhstan.
Visite de Kassym-Jomart Tokaïev en Allemagne : l’énergie et les matières premières en haut des priorités
Le président Kassym-Jomart Tokaïev a entamé sa visite officielle en Allemagne le 28 septembre 2026, avant une séquence de rencontres à Berlin et Munich. Invité par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, le chef de l’État kazakhstanais doit également s’entretenir avec le chancelier Friedrich Merz et rencontrer des dirigeants d’entreprises, des représentants d’institutions financières, des universitaires et des responsables de centres de recherche.
Berlin a clairement défini ses priorités. L’entretien prévu le 29 septembre entre Friedrich Merz et Kassym-Jomart Tokaïev doit notamment porter sur l’approfondissement du partenariat bilatéral dans l’énergie et les matières premières, la coopération régionale et les questions de sécurité internationale, a fait savoir le gouvernement fédéral allemand. Astana arrive avec ses propres propositions, détaillées par le président kazakh dans une tribune publiée à l’occasion de son déplacement.
Kassym-Jomart Tokaïev propose à l’Allemagne un partenariat sur les minerais
Le premier volet de l’offre concerne les matières premières critiques. Le Kazakhstan produit déjà 21 des 34 matières premières considérées comme stratégiques pour l’économie européenne, rappelle Kassym-Jomart Tokaïev dans sa tribune publiée par le Handelsblatt le 28 septembre 2026. Il cite notamment le lithium, le silicium, le cobalt, le niobium, le tungstène et le cuivre. Ces ressources sont recherchées pour la transition énergétique, l’industrie, la construction mécanique, la microélectronique et les technologies numériques.
Mais Astana ne veut précisément pas limiter le futur partenariat à l’expédition de minerais vers l’Europe. « Nous proposons à nos partenaires allemands non seulement des approvisionnements garantis, mais aussi la création conjointe de chaînes de production complètes, de l’exploration géologique et de l’extraction jusqu’à la transformation, la fabrication de composants et la réutilisation des matériaux », écrit Kassym-Jomart Tokaïev dans le Handelsblatt. L’offre associe donc accès aux ressources kazakhstanaises et participation allemande aux étapes industrielles situées en aval.
Ce changement est essentiel pour comprendre la démarche d’Astana. Le Kazakhstan cherche à conserver sur son territoire une part plus importante de la valeur créée par ses ressources naturelles. Le pays propose ainsi aux entreprises allemandes de participer à la transformation et à la production plutôt que d’acheter uniquement des matières premières. Cette stratégie touche également la métallurgie, la pétrochimie, l’industrie alimentaire et la construction de matériel ferroviaire. Kassym-Jomart Tokaïev estime en outre que le Kazakhstan pourrait fournir au marché allemand plus de 80 catégories supplémentaires de produits transformés.
La dynamique ne part pas de zéro. Plus de 1.100 sociétés à capitaux allemands opèrent aujourd’hui au Kazakhstan. Cependant, le passage de la coopération politique aux investissements industriels de long terme ne se fait pas du jour au lendemain. Prudence des entreprises allemandes, taille du marché kazakhstanais, débouchés nécessaires pour les futures usines, questions de transparence et de climat des affaires… : autant de défis à surmonter.

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L’énergie reste au centre du partenariat Kazakhstan-Allemagne
Les minerais ne remplacent pas l’énergie traditionnelle dans la relation économique. Kassym-Jomart Tokaïev présente au contraire le Kazakhstan comme un fournisseur appelé à rester important pour l’Europe. Dans sa tribune, il affirme que le pays représente environ 13% des importations pétrolières de l’Union européenne et 20 % de ses approvisionnements en uranium naturel. Pour la seule Allemagne, plus de 10 millions de tonnes de pétrole kazakhstanais ont été livrées en 2025.
Cette dimension énergétique s’accompagne désormais d’une proposition de diversification. Astana souhaite attirer des partenaires allemands dans les énergies renouvelables, la modernisation des réseaux électriques et l’amélioration de l’efficacité énergétique. L’offre adressée à Berlin associe ainsi sécurité des approvisionnements à court terme et transformation progressive des infrastructures énergétiques.
Munich n’est dès lors pas une simple étape protocolaire. La Bavière dispose d’un puissant tissu industriel dans la construction mécanique, les technologies et l’ingénierie, précisément les domaines dans lesquels le Kazakhstan cherche des partenaires. Le programme présidentiel prévoit d’ailleurs un forum technologique dans la capitale bavaroise, après un forum économique organisé à Berlin.
Kassym-Jomart Tokaïev mise sur les transports pour relier le Kazakhstan à l’Allemagne
Pour transformer cette coopération industrielle en flux commerciaux durables, Astana met également en avant sa position géographique. Selon les chiffres cités par Kassym-Jomart Tokaïev dans le Handelsblatt, environ 85% du transit terrestre de marchandises entre la Chine et l’Europe passe par le Kazakhstan, représentant environ 40 millions de tonnes sur l’année précédente. Le développement des infrastructures devient ainsi un élément indissociable de l’offre faite aux entreprises allemandes.
La Route internationale de transport transcaspienne, souvent appelée Corridor médian, occupe une place centrale dans ce dispositif. Sur les huit premiers mois de 2026, le volume transporté sur cet axe a augmenté de 22%, tandis que le transit sur l’orientation Est-Ouest progressait de 55%. Astana prévoit parallèlement de nouvelles liaisons vers les ports de la Caspienne afin de raccourcir certains itinéraires entre la Chine et l’Europe d’environ 1.000 kilomètres.
L’enjeu est économique autant que logistique. Une implantation industrielle allemande au Kazakhstan devient plus attractive si les entreprises disposent de voies fiables vers les marchés européens et asiatiques. Le gouvernement kazakhstanais veut donc présenter le pays simultanément comme fournisseur de ressources, site de production et plateforme de transit. Le fret aérien fait partie de cette équation : le président du Kazakhstan invite également les entreprises allemandes à participer au développement du transport de marchandises par avion et des plateformes aéroportuaires kazakhstanaises.
Allemagne et Kazakhstan : technologie, formation et IA complètent l’offre
L’autre dimension de la proposition kazakhstanaise concerne précisément la technologie. Kassym-Jomart Tokaïev souhaite faire de la numérisation et de l’intelligence artificielle un nouvel axe de coopération avec l’Allemagne. L’ambition dépasse donc les secteurs extractifs. Astana cherche des technologies, des compétences et des investissements susceptibles d’accompagner la diversification de son économie.
La formation devient, dans cette logique, une composante industrielle à part entière. Dans sa tribune, le président kazakhstanais prend l’exemple d’un jeune ingénieur du Kazakhstan formé selon les standards allemands puis employé dans une entreprise commune pour illustrer le type de partenariat qu’il souhaite développer.
Pour Astana, cette montée en gamme doit s’appuyer sur une relation bilatérale déjà ancienne. Plus de 200.000 Allemands ethniques vivent au Kazakhstan et plus d’un million de personnes originaires du Kazakhstan résident en Allemagne, rappelle Kassym-Jomart Tokaïev dans le Handelsblatt. Le président kazakhstanais mobilise ces liens humains comme un autre socle de la coopération économique.
« Je considère ma visite actuelle en Allemagne avant tout comme une occasion d’ouvrir un nouveau chapitre de notre partenariat stratégique, de définir de nouveaux relais de croissance et de donner un nouvel élan à notre coopération », écrit Kassym-Jomart Tokaïev dans le Handelsblatt. Derrière cette formule se dessine une proposition relativement précise : ressources kazakhes contre investissements, technologies et intégration industrielle, avec l’objectif déclaré de construire des chaînes de valeur communes plutôt qu’une simple relation entre fournisseur et acheteur.
Le succès de cette stratégie dépendra toutefois des projets effectivement engagés. The Astana Times relève que l’intérêt stratégique allemand pour le Kazakhstan ne se traduit pas automatiquement par des investissements privés : les entreprises évaluent la rentabilité, la prévisibilité du cadre d’affaires, les possibilités d’exportation et les risques avant d’engager des capitaux sur le long terme. Les rencontres de Berlin et Munich doivent précisément permettre de mesurer jusqu’où industriels, financiers et responsables politiques allemands sont prêts à transformer l’offre d’Astana en projets concrets.
