L’Ouzbékistan veut faire de l’alternance l’un des piliers de la fin des études supérieures. Les autorités ambitionnent d’intégrer à terme au moins 80% des étudiants de troisième et quatrième années, soit environ 185.000 jeunes, dans un dispositif associant université et entreprise. Pour bâtir cette réforme à grande échelle, Tachkent regarde notamment vers l’Allemagne et son système dual, tout en développant déjà sa propre expérimentation dans la région d’Andijan.
L’alternance, une réforme d’abord ciblée sur l’industrie
L’Ouzbékistan est bien décidé à mettre en place l’alternance au sein de ses universités. L’objectif est de rapprocher davantage la formation universitaire des besoins réels des entreprises. Dans cette perspective, l’alternance doit permettre aux étudiants de compléter les connaissances acquises dans les établissements d’enseignement supérieur par une expérience professionnelle directement intégrée à leur cursus. Pour l’année universitaire 2027-2028, les autorités prévoient de mobiliser 75 établissements d’enseignement supérieur et 3.500 entreprises afin de permettre à 12.500 étudiants d’associer études et période de stage. La réforme doit monter progressivement en puissance.
Le gouvernement veut commencer par les filières dans lesquelles le contact avec l’entreprise apparaît particulièrement déterminant. L’ingénierie, la production industrielle, la construction et l’agriculture figurent ainsi parmi les secteurs prioritaires annoncés. Les programmes universitaires devront parallèlement être adaptés aux besoins des entreprises participantes.
La relation entre les trois acteurs du dispositif, l’étudiant, l’établissement d’enseignement supérieur et l’employeur, doit être encadrée par un contrat. Sur le lieu de travail, chaque étudiant se verra attribuer un tuteur qualifié. L’enjeu dépasse donc la multiplication de stages ponctuels : les autorités veulent institutionnaliser une coopération entre enseignement supérieur et économie, avec des responsabilités définies pour chacune des parties.
Le secteur privé doit également être incité financièrement à participer. Parmi les mécanismes présentés figure une compensation publique équivalant à 50% du salaire versé à l’étudiant. D’autres avantages sont envisagés en matière de droits de douane et d’amortissement. Les entreprises accueillant plus de 25 étudiants pourraient en outre bénéficier de préférences lors de certains marchés publics. Le soutien doit être administré au moyen d’une plateforme numérique.
L’Ouzbékistan ne part pas entièrement de zéro. Dans la région d’Andijan, quelque 11.000 étudiants effectuent déjà un stage auprès d’environ 2.000 entreprises dans le cadre de l’expérience locale d’enseignement dual. Le président Shavkat Mirziyoyev avait demandé aux recteurs du pays d’aller étudier cette organisation sur place, afin que les enseignements tirés de cette expérience puissent contribuer à la future extension du dispositif.
L’Ouzbékistan étudie le modèle allemand de l’alternance
L’autre référence vient d’Allemagne. Dix recteurs d’universités ouzbèkes y avaient été envoyés environ trois mois pour étudier le fonctionnement du système dual. Les responsables ayant participé à cette mission doivent désormais travailler avec les autorités régionales ouzbèkes à l’élaboration de stratégies adaptées aux réalités économiques locales.
Lors de la présentation devant le président Shavkat Mirziyoyev, le 28 septembre 2026, il a été indiqué que 70 à 75% des diplômés allemands concernés continuaient à travailler dans l’entreprise où ils avaient effectué leur stage.
L’inspiration allemande n’implique d’ailleurs pas une transposition à l’identique. Le projet ouzbek vise ici principalement des étudiants déjà inscrits dans l’enseignement supérieur. En Allemagne, le paysage est plus diversifié : la formation professionnelle duale classique et les études supérieures duales constituent deux dispositifs distincts. Cette différence est essentielle pour comprendre ce que Tachkent cherche à importer : davantage le principe d’une coopération institutionnalisée entre établissements et employeurs qu’une copie exacte du système allemand.
Le rapprochement avec l’entreprise répond aussi à une préoccupation économique. Les autorités ouzbèkes estiment que les différents secteurs de l’économie ont besoin de spécialistes qui connaissent les processus de production et possèdent des compétences professionnelles modernes. L’alternance doit donc servir de passerelle entre la formation académique et l’emploi, tout en donnant aux entreprises une influence plus directe sur la préparation de leurs futurs collaborateurs.
Comment fonctionne concrètement l’alternance allemande ?
Dans sa forme professionnelle classique, le système dual allemand repose sur deux lieux de formation. L’apprenti acquiert la pratique dans une entreprise et suit parallèlement l’enseignement théorique dans une école professionnelle. Une formation dure généralement deux à trois ans. Le rythme courant comprend un ou deux jours par semaine à l’école et le reste en entreprise, même si l’enseignement peut également être organisé par blocs.
L’entreprise ne se contente donc pas d’accueillir un stagiaire. Elle participe directement à sa formation. L’apprenti travaille sous la responsabilité de formateurs et dispose d’un interlocuteur chargé de son accompagnement. L’école professionnelle apporte, de son côté, les connaissances théoriques et les compétences générales ou spécialisées nécessaires au métier. Les règles de formation déterminent les connaissances à acquérir, les compétences attendues et le cadre des examens.
Un troisième acteur complète cette architecture : les chambres professionnelles. Elles vérifient notamment la conformité des contrats aux exigences légales, peuvent intervenir comme interlocuteur neutre entre l’entreprise et l’apprenti et organisent les examens. Dans l’industrie et le commerce, cette mission revient notamment aux chambres de commerce et d’industrie ; dans l’artisanat, aux chambres des métiers. Le diplôme professionnel est ainsi adossé à un dispositif qui dépasse la seule relation entre une école et une entreprise.
Le système reste massif. En 2025, environ 476.000 nouveaux contrats d’alternance ont été conclus en Allemagne. Ce nombre a toutefois reculé de 2,1% par rapport à 2024, soit 10.300 contrats de moins. L’institution recensait par ailleurs en 2026 un total de 323 professions reconnues accessibles dans le cadre du système dual. Vingt-deux métiers modernisés sont entrés en vigueur au début de l’année de formation 2026, dont 19 dans le secteur de la construction.
Rémunération : l’autre pilier de l’alternance que regarde l’Ouzbékistan
La rémunération constitue une caractéristique fondamentale du modèle allemand. L’apprenti reçoit un salaire de l’entreprise pendant sa formation. Pour les formations concernées commencées en 2026, le minimum légal est fixé à 724 euros bruts par mois en première année, 854 euros en deuxième année, 977 euros en troisième année et 1.014 euros en quatrième année. Les conventions collectives peuvent déterminer d’autres niveaux de rémunération selon les secteurs.
Dans les entreprises allemandes couvertes par les conventions prises en compte par le BIBB, la rémunération moyenne atteignait 1.209 euros bruts par mois en 2025, toutes années de formation confondues. Elle avait progressé de 6,7% en un an. Les écarts restaient néanmoins importants : la moyenne atteignait 1.329 euros dans le secteur public, contre 1.093 euros dans l’artisanat.
C’est précisément sur la participation financière des entreprises que l’Ouzbékistan cherche à construire son propre mécanisme. Le projet présenté à Shavkat Mirziyoyev prévoit que les étudiants participant au dispositif puissent être rémunérés et que l’État compense aux entreprises 50% du salaire effectivement versé. Cette subvention devrait inciter les employeurs à ouvrir davantage de places.
L’équation ouzbèke sera néanmoins d’une autre ampleur si l’objectif final est atteint. Passer des 12.500 étudiants prévus en 2027-2028 à environ 185 000 étudiants de troisième et quatrième années suppose de multiplier les partenariats, les tuteurs professionnels, les contrats et les entreprises capables d’assurer une véritable formation. La décision de commencer par 75 universités et 3.500 entreprises traduit cette logique progressive. L’expérience d’Andijan, où 11.000 étudiants travaillent déjà avec 2.000 entreprises, doit parallèlement servir de laboratoire national.
L’ambition affichée est ainsi moins de reproduire mécaniquement l’Allemagne que d’en retenir plusieurs ressorts : la combinaison de la théorie et de la pratique, la participation directe des employeurs, l’accompagnement de l’étudiant sur son lieu de travail, la rémunération et l’adaptation permanente des compétences aux besoins économiques. En Ouzbékistan, ces principes devront désormais être intégrés à un système universitaire déjà engagé dans une transformation rapide et adaptés aux besoins en main-d’œuvre de chaque région.
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