Le Kazakhstan veut transformer ses relations avec l’Allemagne en partenariat industriel, financier et technologique de long terme. En visite à Berlin, Kassym-Jomart Tokaïev a présenté aux dirigeants d’associations économiques et d’institutions financières allemandes une feuille de route particulièrement large : création d’une plateforme commune d’investissement, matières premières critiques, énergie verte, intelligence artificielle, fintech et développement d’Alatau City.
Kassym-Jomart Tokaïev veut changer d’échelle avec l’Allemagne
Le 29 septembre 2026, Kassym-Jomart Tokaïev a commencé le programme de sa visite officielle en Allemagne par une rencontre avec des représentants de premier plan de l’économie et de la finance allemandes. Selon la présidence kazakhstanaise, le chef de l’État entend combiner les capacités financières, l’expertise et les outils allemands de gestion des risques avec les ressources naturelles et le potentiel logistique du Kazakhstan. Une approche qui place l’investissement au cœur de la relation bilatérale.
Cette séquence économique intervient alors que Berlin et Astana cherchent à approfondir leurs relations dans plusieurs secteurs stratégiques. Le gouvernement allemand avait annoncé, avant la rencontre entre Kassym-Jomart Tokaïev et le chancelier Friedrich Merz, que l’énergie, les matières premières, la coopération régionale et les questions de sécurité internationale figureraient parmi les principaux sujets des discussions.
Devant ses interlocuteurs allemands, Kassym-Jomart Tokaïev a d’abord insisté sur la place particulière accordée à l’Allemagne dans la stratégie économique du Kazakhstan. Il a salué la discipline du secteur bancaire allemand, la qualité de son ingénierie et la solidité de son tissu de petites et moyennes entreprises. « L’Allemagne est l’un de nos principaux partenaires en Europe », a déclaré le président du Kazakhstan. Il a ajouté qu’après le chemin déjà parcouru entre les deux pays, le potentiel économique restait loin d’être épuisé et qu’Astana était prête à porter cette coopération « à un niveau qualitativement nouveau ».
Le contexte commercial donne du poids à cette ambition. Les échanges entre l’Allemagne et le Kazakhstan ont représenté environ 8 milliards d’euros en 2025. Les importations allemandes en provenance du Kazakhstan ont atteint 5,3 milliards d’euros, contre 2,7 milliards d’euros d’exportations allemandes vers le marché kazakhstanais. Au premier semestre 2026, le commerce bilatéral a progressé de plus de 25%, une hausse portée par les importations allemandes. Le Kazakhstan représente par ailleurs environ 80% du commerce de l’Allemagne avec l’Asie centrale.
Pour Kassym-Jomart Tokaïev, cependant, l’enjeu dépasse les statistiques commerciales. Le président cherche à installer des mécanismes capables de financer des projets sur la durée. Il a rappelé que les institutions kazakhstanaises de développement avaient accordé en 2025 un soutien équivalant à 20 milliards de dollars, soit environ 17,64 milliards d’euros. La Banque de développement du Kazakhstan a, de son côté, mobilisé au fil des années plus de 1,2 milliard de dollars auprès d’institutions allemandes, soit plus de 1,06 milliard d’euros. Kassym-Jomart Tokaïev a notamment cité Deutsche Bank, Helaba, LBBW, Commerzbank et KfW.

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Une plateforme financière pour rapprocher Kazakhstan et Allemagne
La proposition la plus structurante avancée pendant la rencontre concerne la création d’une plateforme kazakho-allemande d’investissement et de financement. L’objectif exposé par Kassym-Jomart Tokaïev consiste à associer capitaux allemands et européens, cofinancements kazakhstanais, garanties et mécanismes de partage des risques. Le holding public Baiterek serait chargé de contribuer à la structuration des projets, tandis qu’Astana souhaite attirer les organismes allemands spécialisés dans le crédit à l’exportation et l’assurance des investissements ainsi que les institutions financières internationales déjà présentes au Kazakhstan.
Cette architecture répond à une préoccupation concrète : transformer l’intérêt politique et commercial en projets finançables. Kassym-Jomart Tokaïev a, dans ce cadre, souligné l’importance de la coopération avec Euler Hermes, déjà actif au Kazakhstan. Son message aux financiers allemands est donc celui d’un partage des risques plutôt que d’une simple recherche de capitaux étrangers. Le gouvernement kazakhstanais entend participer au financement et offrir des instruments susceptibles de sécuriser les opérations.
Les matières premières critiques occupent une place centrale dans cette stratégie. Le Kazakhstan souhaite travailler avec les mécanismes allemands consacrés à la sécurisation des approvisionnements en matières premières et promouvoir des projets susceptibles de bénéficier des garanties allemandes UFK. Pour Astana, l’enjeu consiste à relier les ressources du pays aux besoins industriels allemands tout en développant des projets économiques plus élaborés qu’une relation limitée à l’exportation de matières premières.
Cette orientation correspond aux priorités affichées par les organisations économiques allemandes. À l’occasion du Forum économique germano-kazakhstanais organisé à Berlin, environ 300 représentants des milieux politiques et économiques doivent examiner des coopérations dans l’industrie, l’énergie, les matières premières, le transport et la logistique. Trente-sept projets bilatéraux représentant au total 1,8 milliard d’euros doivent être présentés.
Kassym-Jomart Tokaïev mise sur l’IA et l’énergie allemande
La coopération énergétique constitue un deuxième axe majeur. Kassym-Jomart Tokaïev a évoqué la modernisation des secteurs énergétique et industriel du Kazakhstan, mais aussi les énergies renouvelables et l’hydrogène vert. Il voit notamment un potentiel de coopération associant la Banque européenne d’investissement, la Banque de développement du Kazakhstan et des capitaux allemands. Cette orientation élargit sensiblement le périmètre de la relation énergétique entre les deux pays, historiquement marqué par les hydrocarbures.
Berlin manifeste également son intérêt pour cette diversification. Les principaux domaines de coopération comprennent déjà les machines et équipements, l’agriculture, l’énergie, l’extraction et la transformation des matières premières, la logistique, l’économie circulaire et la gestion de l’eau. L’organisation allemande considère en outre le Kazakhstan comme un producteur potentiel d’énergie verte et, à terme, comme un possible exportateur d’hydrogène vert.
Mais le discours de Tokaïev ne s’est pas limité aux industries traditionnelles. Il a proposé la mise en place d’un partenariat kazakho-allemand dans les innovations numériques et l’intelligence artificielle. Astana souhaite attirer l’expertise allemande dans les technologies destinées aux centres de données, l’efficacité énergétique, les infrastructures cloud et la cybersécurité. La fintech figure également parmi les secteurs identifiés. Le président estime que l’écosystème financier numérique développé au Kazakhstan pourrait servir de base à de nouvelles solutions de paiement et à des technologies de tokenisation, d’abord sur le marché kazakhstanais puis à une échelle régionale.
Cette dimension technologique s’inscrit dans un programme de visite plus vaste. Après Berlin, Kassym-Jomart Tokaïev doit également se rendre à Munich et participer à un forum économique consacré aux technologies. Des rencontres avec des dirigeants de grandes entreprises et institutions financières allemandes, mais également avec des responsables d’universités et d’organismes scientifiques, sont prévues.
Alatau City, nouvelle porte d’entrée allemande au Kazakhstan
Kassym-Jomart Tokaïev a enfin utilisé la rencontre pour promouvoir Alatau City. Le projet est présenté par le président comme un futur point de connexion entre le capital institutionnel allemand et les possibilités d’investissement au Kazakhstan. Dans la vision défendue par Astana, la ville doit être pensée autour des exigences de l’économie numérique et attirer entreprises, technologies et compétences.
L’intérêt de cette proposition tient au rôle que le pouvoir kazakhstanais souhaite donner à la finance allemande. Il ne s’agit pas seulement d’inviter des industriels à vendre des équipements au Kazakhstan, mais de faire participer banques, organismes de garantie et investisseurs institutionnels au financement d’une nouvelle génération de projets. Alatau City s’intègre ainsi à la même logique que la plateforme d’investissement proposée à Berlin : associer financement, technologie et développement industriel.
La rencontre a réuni plusieurs responsables d’organisations et d’établissements allemands : Michael Harms, directeur général de l’Ost-Ausschuss der Deutschen Wirtschaft, Elena Melnikov de la DIHK, Wolfgang Niedermark de la Fédération des industries allemandes, Boris Greifeneder de German Water Partnership, Melanie Kehr de KfW, Alexander von zur Mühlen de Deutsche Bank, Edna Schöne d’Euler Hermes et Marc Wenczik d’AKA Ausfuhrkredit-Gesellschaft. La composition de cette délégation reflète directement les secteurs visés par Astana : industrie, banque, crédit-export, infrastructures et financement du développement.
Kassym-Jomart Tokaïev a surtout insisté sur la nature du résultat recherché. Selon la présidence kazakhstanaise, son objectif n’est pas simplement d’augmenter les entrées de capitaux mais de créer conjointement de nouvelles industries et des moteurs de croissance à long terme. Il a parallèlement assuré aux investisseurs que le Kazakhstan entendait maintenir des conditions d’investissement prévisibles, protéger leurs droits et soutenir les projets considérés comme stratégiques.
