L’Ouzbékistan et le Kazakhstan veulent rapprocher leurs infrastructures de paiement sans obliger les voyageurs à changer leurs habitudes bancaires. HUMO et la National Payment Corporation kazakhstanaise préparent l’acceptation réciproque des QR codes nationaux et des transferts entre cartes, nouvelle étape d’une intégration financière qui prend progressivement forme en Asie centrale.
Paiement entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan : le QR code au premier plan
HUMO, le système national de paiement de l’Ouzbékistan, et la Société par actions « National Payment Corporation of the National Bank of the Republic of Kazakhstan » ont signé un mémorandum d’entente et de partenariaté. Le mémorandum engage les deux opérateurs à travailler sur l’interopérabilité de leurs infrastructures, avec deux priorités clairement annoncées : le paiement par QR code et les transferts entre utilisateurs des deux pays. L’objectif est de rendre ces opérations accessibles depuis les outils bancaires que les clients utilisent déjà.
Le premier chantier concerne l’acceptation réciproque des QR codes nationaux. Concrètement, les citoyens ouzbeks devraient pouvoir payer des biens et des services au Kazakhstan en utilisant l’infrastructure nationale kazakhstanaise. Dans l’autre sens, les visiteurs kazakhstanais doivent pouvoir effectuer leurs règlements en Ouzbékistan par l’intermédiaire d’UzQR.
Le choix du QR code n’est pas anodin. Il permet aux deux pays de rechercher une interopérabilité entre infrastructures nationales plutôt que de construire entièrement un nouvel instrument destiné aux voyageurs. Pour l’utilisateur, l’enjeu est précisément de conserver une expérience familière : ouvrir son application bancaire, scanner le code proposé par le commerçant et effectuer le paiement à partir de son environnement habituel. Pour les opérateurs, le défi sera d’assurer la compatibilité technique, le traitement sécurisé des opérations et la bonne circulation des instructions de paiement d’un réseau national à l’autre.
La National Payment Corporation kazakhe insiste d’ailleurs sur cette dimension technique. « Ce mémorandum est le premier pas vers l’étude pratique de telles solutions », a déclaré Jhanar Samaïeva, présidente du conseil d’administration de la National Payment Corporation. L’accord prévoit également des échanges d’informations, de technologies et d’expertise. Autrement dit, la signature politique et institutionnelle doit désormais être traduite en mécanismes opérationnels.
HUMO dispose déjà d’une base d’utilisateurs conséquente. Plus de 45,1 millions de cartes ont été émises à ce jour, et son infrastructure comprend plus de 7.300 distributeurs automatiques. Cette taille donne une portée potentiellement importante aux projets d’interconnexion régionale, même si le nombre de cartes émises ne correspond pas nécessairement au nombre d’utilisateurs actifs ou uniques.
Kazakhstan : les paiements doivent eux aussi franchir la frontière
L’autre axe du mémorandum concerne les transferts entre utilisateurs. HUMO et la National Payment Corporation veulent permettre l’envoi de fonds vers les cartes de clients situés dans le pays voisin. Là encore, le principe annoncé consiste à s’appuyer sur les applications mobiles bancaires déjà installées par les particuliers en Ouzbékistan et au Kazakhstan.
Cette orientation pourrait simplifier une opération aujourd’hui souvent associée à des solutions spécifiques de transfert international, à des réseaux de cartes ou à d’autres intermédiaires. Le projet décrit par les deux opérateurs cherche au contraire à connecter les infrastructures nationales et les établissements bancaires qui y participent.
La prudence est donc nécessaire. Le mémorandum fixe une direction, pas encore un produit achevé. Il reste à organiser les traitements entre systèmes, les règles d’identification des bénéficiaires, la sécurité des transactions et la compatibilité entre les différentes applications bancaires. Ces questions sont décisives pour qu’un transfert transfrontalier donne, du point de vue du client, l’impression d’être aussi simple qu’une opération domestique.
Pour HUMO, la coopération avec le Kazakhstan dépasse néanmoins le seul lancement d’une fonctionnalité. Le groupe présente le projet comme une étape de son développement transfrontalier et de l’intégration financière en Asie centrale. La stratégie consiste ainsi à multiplier les passerelles entre systèmes nationaux, alors que les déplacements, le commerce et les relations économiques régionales créent une demande pour des paiements plus facilement utilisables au-delà des frontières.
Paiement régional : l’Ouzbékistan prolonge le modèle HUMO-Elkart
Cette logique n’a pas commencé avec le Kazakhstan. Le 4 novembre 2025, un projet d’acquisition réciproque entre HUMO et Elkart, le système national de paiement du Kirghizstan, avait été annoncé. Dans ce schéma, les détenteurs de cartes HUMO devaient pouvoir payer leurs achats et retirer de l’argent liquide au Kirghizstan dans la zone couverte par Elkart. Les détenteurs de cartes Elkart devaient, symétriquement, accéder aux mêmes fonctions en Ouzbékistan.
Le projet illustre une autre forme d’intégration régionale. Avec le Kazakhstan, le nouvel accord met fortement l’accent sur le QR code et les applications mobiles. Avec le Kirghizstan, l’annonce de 2025 reposait davantage sur l’interopérabilité des cartes et des réseaux d’acceptation. Dans les deux cas, la logique reste proche : permettre à un instrument national de fonctionner de l’autre côté de la frontière sans imposer systématiquement le recours à une carte internationale distincte.
Le calendrier communiqué à l’époque était relativement précis. Le dispositif devait fonctionner, à la mi-novembre 2025, dans l’ensemble des distributeurs automatiques et dans la majeure partie du parc de terminaux en Ouzbékistan, avant un raccordement complet annoncé pour le premier trimestre 2026. Pour les commerces des régions frontalières, l’intégration devait parallèlement faciliter l’acceptation des clients du pays voisin sans nécessiter de connexion supplémentaire à un système international de cartes.
« Nous créons un environnement financier sûr et confortable, utilisable aussi bien dans le pays qu’à l’étranger », expliquait Olga Amangueldieva, directrice du département du développement stratégique des activités de HUMO. L’entreprise mettait alors en avant la possibilité d’éviter certaines contraintes liées au change préalable ou à l’ouverture d’une carte internationale pour les déplacements entre les deux pays.
Ouzbékistan : HUMO élargit progressivement ses connexions régionales
Mis côte à côte, les projets kirghiz et kazakhstanais montrent une évolution de la stratégie de HUMO. L’opérateur ouzbek ne cherche plus seulement à renforcer l’usage domestique de ses cartes. Il développe aussi des passerelles avec les infrastructures nationales voisines, en choisissant différents instruments selon les partenaires : cartes et acceptation réciproque avec Elkart, QR code et transferts bancaires envisagés avec le Kazakhstan.
Cette approche peut contribuer à dessiner un espace de paiement régional davantage interconnecté, sans signifier pour autant la création d’un système unique en Asie centrale. Chaque infrastructure conserve sa propre architecture. L’enjeu est plutôt de leur permettre de communiquer entre elles afin qu’un consommateur puisse continuer à utiliser son moyen de paiement national lorsqu’il traverse une frontière.
Dans le cas du Kazakhstan, le mémorandum de septembre 2026 ajoute une dimension importante : les partenaires ne se limitent pas à l’acceptation d’un instrument de paiement chez les commerçants. Ils veulent aussi relier les transferts entre particuliers, en utilisant les applications bancaires nationales. Si cette architecture aboutit, la coopération couvrirait donc à la fois le paiement de proximité par QR code et l’envoi d’argent d’un utilisateur à un autre.
Le projet reste néanmoins dans une phase de préparation technique : aucun calendrier définitif de déploiement n’est annoncé. Les prochains jalons devront préciser les établissements participants, les conditions d’utilisation et la manière dont les transactions seront traitées entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. C’est sur ces paramètres que se mesurera le passage du mémorandum à un véritable service de paiement transfrontalier accessible au grand public.
