Tourisme médical en Ouzbékistan : une filière en pleine structuration
Tourisme médical en Ouzbékistan : une filière en pleine structuration

Le tourisme médical s’installe progressivement dans le paysage économique ouzbek. Encore très dépendant des patients venus des pays voisins, le secteur bénéficie d’une fréquentation déjà mesurable, d’une offre de soins en développement et d’une stratégie publique qui cherche désormais à mieux organiser les établissements, l’accueil des étrangers et les services numériques.

Tourisme médical en Ouzbékistan : des flux de soins d’abord régionaux

Au 5 octobre 2026, l’Ouzbékistan dispose d’un indicateur clair de cette dynamique : 35.401 étrangers sont arrivés dans le pays spécifiquement pour recevoir des soins entre janvier et juin 2026. Le chiffre ne suffit pas, à lui seul, à faire de l’Ouzbékistan une destination médicale mondiale. Il confirme toutefois l’existence d’un véritable marché transfrontalier. Ce marché est aujourd’hui principalement centrasiatique. Dans le même temps, Tachkent cherche à construire une offre plus complète : cliniques mieux positionnées à l’international, services pour patients étrangers, télémédecine, réservation en ligne, accompagnement touristique et grands projets immobiliers à vocation médicale. Le tourisme médical devient ainsi un sujet situé au croisement de la santé, du tourisme et de l’investissement.

La géographie des patients donne la première clé de lecture. Sur les 35.401 étrangers venus se soigner en Ouzbékistan au premier semestre 2026, 19.096 étaient originaires du Tadjikistan, 9.552 du Kirghizstan et 4.582 du Kazakhstan. À eux trois, ces marchés voisins représentent donc l’essentiel des arrivées médicales recensées. La fréquentation reste beaucoup plus limitée en provenance de pays plus éloignés.

La tendance était déjà visible sur l’ensemble de l’année 2025. Plus de 86.000 ressortissants étrangers avaient alors utilisé des services médicaux en Ouzbékistan. Parmi eux figuraient 59.145 citoyens tadjiks, 15.631 Kirghiz et 8.224 Kazakhstanais. Il faut cependant éviter de comparer directement ce total annuel avec le seul premier semestre 2026 : les périodes statistiques ne sont pas équivalentes.

Les données de début 2026 confortent néanmoins l’idée d’une progression. En janvier et février 2026, 11.876 étrangers sont entrés en Ouzbékistan pour recevoir une aide médicale, soit plus de 3.000 personnes supplémentaires par rapport aux deux premiers mois de 2025. Sur cette période, le Tadjikistan représentait à lui seul 7.562 patients, contre 2.530 pour le Kirghizstan et 1.212 pour le Kazakhstan.

Cette structure régionale est assez logique. Les distances terrestres sont relativement courtes, les liens familiaux et économiques sont importants et les déplacements entre États d’Asie centrale sont fréquents. Les données disponibles montrent surtout que l’Ouzbékistan est déjà devenu, pour une partie de ses voisins, un lieu où l’on se déplace expressément pour obtenir des soins. Elles ne permettent en revanche pas de mesurer précisément les spécialités médicales les plus demandées, ni les dépenses moyennes de ces patients.

Des établissements qui élargissent l’offre de soins

Le développement de la filière ne repose pas uniquement sur le nombre de patients. Les autorités veulent désormais améliorer tout ce qui entoure le parcours médical. Lors d’une réunion organisée le 14 juillet 2026 avec des représentants du secteur privé, le président du Comité du tourisme a notamment placé parmi les priorités l’accréditation internationale des cliniques, le renforcement des standards de service et l’intensification des relations avec des institutions médicales étrangères.

La stratégie concerne aussi l’expérience pratique du malade étranger. Les discussions ont porté sur des consultations disponibles en plusieurs langues, la télémédecine, les systèmes de prise de rendez-vous en ligne, la formation de spécialistes du tourisme médical, le développement des formalités électroniques de visa et l’amélioration de l’accueil des personnes accompagnant les patients. La promotion des séjours associant traitement médical et voyage touristique a également été abordée.

Ce point est important. Le tourisme médical ne consiste pas seulement à disposer d’un établissement capable de réaliser une intervention ou un examen. Pour attirer une clientèle internationale de manière durable, il faut aussi organiser les transferts, l’information avant le voyage, la communication dans la langue du patient, l’hébergement, le suivi après traitement et, le cas échéant, le séjour de la famille. Les priorités annoncées par les autorités ouzbèkes montrent que la politique publique commence à intégrer ces dimensions.

La numérisation dépasse d’ailleurs le seul cadre national. Le 2 octobre 2026, lors de la sixième réunion des ministres de la Santé de l’Organisation des États turciques, le Kazakhstan a proposé la création d’une plateforme numérique commune consacrée au tourisme médical. L’outil envisagé doit permettre de rechercher des établissements et des spécialistes, d’obtenir une consultation préalable, d’organiser des soins dans un autre pays et de faciliter un échange sécurisé d’informations médicales. Ce projet n’est pour l’heure qu’une proposition, mais il illustre l’importance prise par les outils numériques dans la compétition régionale pour les patients.

Tourisme médical : les établissements misent sur la taille et le numérique

À plus long terme, l’Ouzbékistan cherche également à étoffer son infrastructure. Le projet le plus spectaculaire rendu public récemment concerne une vaste ville médicale dans la région de Tachkent. Le texte présenté en 2025 prévoyait un ensemble implanté sur 400 hectares. Le complexe devait réunir un grand établissement hospitalier susceptible d’accueillir des touristes médicaux, un centre médical et d’urgence, une implantation universitaire sud-coréenne, des hôtels, des logements ainsi que des équipements commerciaux.

Le volume d’investissement annoncé équivaut à environ 4,46 milliards d’euros, et le futur complext devrait être prêt à l’horizon 2034. Son lancement devrait déboucher sur la création de plus de 7.000 emplois. L’échelle est considérable pour le secteur médical ouzbek. Elle traduirait, si le programme se concrétise sous cette forme, une volonté de combiner soins, formation universitaire, tourisme, logement et activités économiques sur un même site.

En région, les soins s’adossent davantage à l’offre touristique

La stratégie ne se limite pas à Tachkent. Dans le Khorezm, un voyage de presse a été organisé fin septembre 2026 afin de présenter de nouvelles orientations touristiques. Le programme comprenait une visite du sanatorium Khonka, où les participants ont découvert les prestations de santé proposées ainsi que les conditions d’hébergement. Le même déplacement incluait le musée consacré au Lazgi à Ourguentch. L’association des deux étapes résume une partie de la stratégie recherchée : ne pas vendre uniquement un acte médical ou un séjour en sanatorium, mais l’insérer dans une expérience touristique plus large. Cette approche peut permettre aux régions de bénéficier du tourisme médical sans disposer d’un immense pôle hospitalier comparable aux projets étudiés autour de Tachkent.

Le modèle reste néanmoins à consolider. Les statistiques disponibles renseignent bien sur le nombre de visiteurs déclarant un motif médical, mais beaucoup moins sur la durée des séjours, les dépenses, les spécialités choisies, le poids respectif des établissements publics et privés ou encore la part des patients qui achètent réellement une offre combinant soins et tourisme. Ces informations seraient nécessaires pour mesurer plus précisément la valeur économique de la filière et son impact sur les territoires.

À ce stade, le principal avantage de l’Ouzbékistan semble donc résider dans sa position régionale et dans la demande provenant de ses voisins immédiats. Les autorités cherchent à transformer ce socle en un secteur plus organisé, capable de proposer des parcours multilingues, davantage de services numériques et des établissements mieux intégrés aux circuits touristiques. Le résultat dépendra autant de la qualité effective des soins et de leur reconnaissance internationale que des infrastructures annoncées et de la capacité des opérateurs à simplifier le parcours des patients étrangers.

Par Rodion Zolkin
Le 10/05/2026

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