Autour d’Almaty, de nouvelles règles pour mieux protéger le canyon de Charyn et les lacs de Kolsaï
Autour d’Almaty, de nouvelles règles pour mieux protéger le canyon de Charyn et les lacs de Kolsaï

Falaises rougeoyantes, lacs alpins, forêts d’épicéas et faune de haute montagne : à l’est d’Almaty, Charyn et Kolsai comptent parmi les sites naturels les plus spectaculaires du Kazakhstan. Leur succès touristique accélère toutefois une question devenue centrale : comment accueillir davantage de visiteurs sans laisser les infrastructures gagner du terrain sur les paysages qui les attirent ? De nouvelles zones de protection viennent désormais encadrer cette frontière.

Des sites naturels près d’Almaty sous protection renforcée

Au Kazakhstan, l’administration de la région d’Almaty vient d’adopter deux résolutions créant des zones de protection autour du parc national de Charyn et du parc national Kolsai Kolderi. Ces bandes doivent atteindre au moins deux kilomètres de largeur. La mesure ne transforme pourtant pas les environs de ces sites naturels en sanctuaire inaccessible. Les terres ne sont pas retirées à leurs propriétaires ou utilisateurs, et le tourisme reste possible. La logique est plus ciblée : empêcher que des constructions, des activités extractives ou des interventions sur l’eau ne dégradent les écosystèmes qui font précisément la valeur touristique de cette partie du Kazakhstan.

Les deux résolutions suivent une architecture presque identique. Elles interdisent notamment la conception, la construction ou l’exploitation d’installations susceptibles d’endommager les parcs. S’y ajoutent les rejets polluants, la chasse, l’enfouissement de déchets industriels ou radioactifs, l’introduction d’espèces étrangères au milieu naturel et les interventions pouvant perturber le régime hydrologique. Les activités minières sont elles aussi fortement encadrées, sous réserve des exceptions prévues par la législation kazakhstanaise.

Pour le voyageur, l’essentiel est ailleurs : la réglementation ne signifie pas l’arrêt du tourisme. Les loisirs de plein air, le pâturage, la fenaison et certaines activités forestières ou halieutiques peuvent continuer lorsqu’elles ne nuisent pas aux complexes naturels. Des équipements destinés aux visiteurs ou au personnel des parcs peuvent également être aménagés dans ce cadre. Autrement dit, le Kazakhstan ne ferme pas Charyn et Kolsai. Il tente d’établir une zone tampon entre l’expérience touristique et les projets capables de transformer durablement le paysage.

Cette nuance importe dans une région où routes, parkings, hébergements et nouveaux équipements touristiques accompagnent une fréquentation en forte progression. Les résolutions ajoutent un principe particulièrement important pour ces milieux : les habitats, les lieux de reproduction, les espaces de concentration de la faune et ses corridors de migration doivent être préservés. La construction n’est donc plus seulement examinée sous l’angle de son emplacement ; son effet sur le fonctionnement écologique du territoire devient déterminant.

Le canyon de Charyn, un site naturel d’exception

Charyn explique à lui seul pourquoi une telle vigilance est nécessaire. À environ deux cents kilomètres à l’est d’Almaty, le parc associe reliefs désertiques, parois sculptées et vallées rocheuses dont les formes changent avec la lumière. Son territoire couvre 127.050 hectares. Certaines parties du canyon atteignent jusqu’à 370 mètres de hauteur.

Le décor le plus célèbre reste la Vallée des Châteaux. L’érosion y a découpé la roche en tours, murailles, aiguilles et masses minérales qui évoquent une architecture fortifiée. À quelques heures de route d’Almaty, le contraste est saisissant : l’horizon s’élargit, la végétation se raréfie, les teintes ocre et rouges dominent. Le site a une dimension géologique évidente, mais son intérêt ne se limite pas au canyon. Le parc appartient aussi au Réseau mondial des réserves de biosphère de l’UNESCO.

Autour d’Almaty, de nouvelles règles pour mieux protéger le canyon de Charyn et les lacs de Kolsaï

© Kazakhstan.travel

Plus discrète que les falaises photographiées par presque tous les visiteurs, la forêt de frênes sogdiens constitue l’un des trésors écologiques de Charyn. Cette formation végétale relique est présentée comme l’un des rares habitats naturels de cette essence encore conservés. Le parc abrite également une faune variée de mammifères, reptiles et oiseaux. C’est précisément ce mélange entre paysage spectaculaire et richesse biologique qui change la manière d’envisager le développement touristique : la vue n’est qu’une partie de ce qui doit être protégé.

La découverte reste pourtant structurée pour les visiteurs. Le parc propose quatre itinéraires touristiques totalisant environ 30,5 kilomètres. Ces parcours permettent d’accéder à la Vallée des Châteaux, aux secteurs liés à la forêt de frênes et à d’autres paysages du territoire. Ce maillage relativement limité rappelle que l’expérience de Charyn repose encore largement sur l’espace ouvert, la marche et la contemplation, plutôt que sur une accumulation d’équipements.

Kolsai, des sites naturels d’altitude dans une réserve vivante

À Kolsai, le changement de décor est radical. La roche aride laisse place à l’eau sombre des lacs, aux versants boisés et aux reliefs du Tian Shan. Le parc national Kolsai Kolderi couvre 161.045 hectares. Son territoire se déploie globalement entre 1.800 et 3.500 mètres d’altitude.

La diversité biologique y est à la mesure du relief. Le parc recense plus de 1.000 espèces végétales, dont 19 inscrites au Livre rouge du Kazakhstan, 51 espèces de mammifères, dont sept figurant au Livre rouge national. Parmi les animaux associés à ces montagnes figurent notamment le léopard des neiges, le lynx du Turkestan, l’argali du Tian Shan et l’ours brun du Tian Shan.

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© Kazakhstan.travel

La faune n’est pas seulement une donnée d’inventaire. Le 1er octobre 2026, des bouquetins de Sibérie ont été filmés par drone sur des pentes rocheuses du parc lors d’un suivi aérien. L’intérêt de cette méthode est simple : observer de vastes secteurs de montagne sans obliger les équipes à s’approcher des animaux. Dans un parc qui reçoit désormais des centaines de milliers de visiteurs, ce type de surveillance illustre une autre facette du tourisme de nature : rendre le milieu accessible au public sans faire disparaître les espaces de tranquillité indispensables aux espèces sauvages.

Cette pression touristique est loin d’être théorique. Kolsai a accueilli 395.386 visiteurs en 2024, puis 600.026 visiteurs en 2025. Sur ce dernier total, 128.160 étaient des visiteurs étrangers. La hausse est suffisamment importante pour que les gestionnaires travaillent sur la capacité d’accueil du parc et sur un mécanisme de limitation quotidienne. Au début de juin 2026, aucun plafond définitif n’avait encore été arrêté.

La réponse passe aussi par des infrastructures plus modestes. Sentiers, belvédères, escaliers écologiques, collecte des déchets, sanitaires et organisation des flux doivent rendre la visite plus lisible tout en évitant le piétinement anarchique des sols. Kazinform indiquait au printemps 2026 que le parc travaillait précisément sur ces aménagements et sur l’évaluation de sa capacité de charge. La protection des sites naturels ne consiste donc pas nécessairement à supprimer les équipements ; elle peut également conduire à mieux concentrer les visiteurs là où le milieu peut les supporter.

Construction et tourisme à Almaty : protéger sans figer le paysage

La nouvelle réglementation prend tout son sens au moment où des projets touristiques plus ambitieux apparaissent dans les environs. Au Black Canyon, dans le district de Kegen, une passerelle vitrée doit mesurer 210 mètres de long. Le projet est conçu pour recevoir jusqu’à 4.000 visiteurs par jour, avec un maximum de 700 personnes simultanément sur l’ouvrage.

Son investissement annoncé représente environ 2,98 millions d’euros. Le projet comprend également un espace d’accueil destiné aux visiteurs et plusieurs services touristiques. Cependant, un point juridique est essentiel : Tengri Travel précise que le chantier se situe hors du parc national de Charyn et sur un terrain ne bénéficiant pas du statut de territoire naturel spécialement protégé. Il serait donc imprudent d’affirmer, sur la base des informations disponibles, que la nouvelle zone de protection interdit ou remet directement en cause ce projet.

Cette distinction montre toute la complexité du développement touristique autour de Charyn et de Kolsai. À l’intérieur des nouveaux périmètres, les activités compatibles avec la conservation restent possibles ; les projets qui menacent les paysages, l’eau ou la faune sont en revanche soumis à des interdictions explicites. Au Black Canyon, la passerelle demeure soumise à des exigences environnementales et son expertise publique n’était pas encore achevée.

Pour le tourisme autour d’Almaty, les prochains arbitrages se joueront donc à une échelle très concrète : emplacement d’un bâtiment, circulation automobile, tracé d’un sentier, capacité d’un parking, perturbation d’un cours d’eau ou proximité d’un corridor animal. Charyn et Kolsai continueront d’attirer par leur beauté brute. Désormais, chaque projet réalisé à leurs portes devra aussi composer avec une bande de protection destinée à empêcher que le succès de ces sites naturels ne devienne, à terme, la première menace pesant sur leur paysage.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/05/2026

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