Astana AI Film Festival : Astana sacre le cinéma créé avec l’IA »
Astana AI Film Festival : Astana sacre le cinéma créé avec l’IA »

Le premier Astana AI Film Festival s’est achevé sur un palmarès très international et une victoire kazakhstanaise remarquée. De la Lettonie à la Chine, en passant par l’Inde, l’Espagne, l’Italie et les États-Unis, les films conçus avec l’intelligence artificielle ont transformé Astana en laboratoire grandeur nature d’un cinéma encore jeune, mais déjà doté de récompenses considérables et d’ambitions industrielles.

Astana AI Film Festival : 8.067 films venus de 125 pays à Astana

Pendant trois jours, du 1er au 3 octobre, l’Astana AI Film Festival a réuni créateurs, professionnels de l’image, spécialistes des technologies et investisseurs dans le cadre d’AI Month. Il s’agissait de la première édition de ce concours international consacré aux films produits avec l’intelligence artificielle. L’ampleur des candidatures a immédiatement donné au rendez-vous une dimension mondiale : 8.067 projets issus de 125 pays ont été déposés, tandis que seulement 25 films ont intégré la sélection finale.

La masse des candidatures illustre surtout la rapidité avec laquelle le cinéma assisté ou généré par intelligence artificielle est sorti du cercle des démonstrations techniques. Le festival ne cherchait pas uniquement à montrer des images spectaculaires. Les films étaient aussi jugés sur leur scénario, leurs personnages, leur réalisation et leur cohérence cinématographique. La compétition couvrait 19 genres, tandis que les auteurs avaient eu recours à plus de 80 modèles génératifs et que le métrage cumulé des œuvres présentées dépassait 80.000 minutes.

Le Kazakhstan occupait une place particulière dans cette géographie. Il arrivait derrière les États-Unis pour le nombre de projets proposés, et deux auteurs kazakhstanais figuraient parmi les 25 finalistes. Une présence significative alors que l’objectif affiché des organisateurs consiste précisément à faire d’Astana une place forte de cette nouvelle industrie créative.

Le programme principal était placé sous le thème d’un avenir dans lequel il vaut la peine de vivre. Dix œuvres y étaient en compétition. L’idée consistait notamment à s’éloigner des représentations dystopiques traditionnellement associées aux technologies dans la science-fiction et à demander aux auteurs d’imaginer des futurs désirables. Le festival entendait donc juger non seulement la maîtrise de nouveaux outils, mais la capacité à construire des récits.

Cette philosophie a été résumée par le cofondateur et directeur créatif Aizat Kussainov : « Le plus intéressant aujourd’hui dans le cinéma IA n’est pas la technologie elle-même, mais ce que les auteurs en font ». Pour les organisateurs, la diversité des approches observées à Astana constitue déjà le signe que le cinéma créé avec l’intelligence artificielle commence à former un langage artistique distinct.

Le film letton qui remporte le Grand Prix du cinéma IA

Le principal lauréat vient de Lettonie. Nikolay Shestak a décroché le Grand Prix avec « The First Honest Day » et une récompense correspondant à environ 403.000 euros. Son film développe une idée morale très visuelle : l’apparence d’un personnage se transforme selon ses actes. Les mauvaises actions le rendent progressivement plus repoussant, tandis que les bonnes l’améliorent. Nikolay Shestak est relativement récent dans la réalisation. Il expliquait avoir commencé à réaliser des films quatre ans auparavant et s’être lancé dans les productions utilisant l’intelligence artificielle depuis deux ans. Le réalisateur, qui avoue ne pas avoir espéré gagner, a indiqué vouloir réinvestir son prix dans de nouvelles créations et dans le développement de ses projets.

La deuxième place revient à Abhik Banerjee, représentant l’Inde, pour « SITARA ». Sa récompense représente environ 179.000 euros. Le troisième prix a été décerné à l’Espagnol Ernest Desumbila, réalisateur de « Looking For Perseida », qui obtient l’équivalent de 89.600 euros.

Au total, la compétition principale représentait environ 672.000 euros de récompenses. En parallèle, l’organisation avait prévu une enveloppe distincte pour les prix spéciaux. Cette architecture financière montre que l’Astana AI Film Festival n’a pas été pensé comme une simple vitrine technologique : les sommes engagées doivent aussi permettre aux créateurs de prolonger leur travail.

Astana AI Film Festival : cinq prix spéciaux et un succès kazakhstanais

C’est dans cette seconde partie du palmarès que le Kazakhstan décroche sa récompense. Myrzakhan Zhumakhan s’est imposé dans la catégorie du meilleur personnage avec la comédie « It Was Just a Joke ». Son film part d’une situation volontairement triviale : une propriétaire confie son chien à son frère, qui décide de provoquer l’animal avec une plaisanterie. L’affrontement dégénère rapidement, jusqu’à prendre des proportions de film d’action, avec notamment une attaque impliquant une tondeuse à gazon.

Le choix de la comédie était délibéré. Myrzakhan Zhumakhan estimait que de nombreux créateurs spécialisés dans l’IA privilégiaient la science-fiction, les mondes complexes ou des thèmes philosophiques, alors qu’il souhaitait produire quelque chose de plus léger. Seul face à des concurrents disposant parfois de studios et de budgets importants, le Kazakhstanais a reconnu avoir été surpris par le résultat.

Avant de se consacrer à l’intelligence artificielle, Myrzakhan Zhumakhan travaillait comme opérateur et réalisait notamment des publicités et des formations avec une caméra classique. Il s’est depuis tourné entièrement vers les technologies d’IA. Son prix du meilleur personnage représente environ 44.800 euros.

Les quatre autres récompenses spéciales ont également dessiné une carte très internationale du cinéma IA. La meilleure histoire est revenue à l’équipe chinoise 2xLabs pour « The Last Span ». L’Italien Jacopo Zanetti a obtenu le prix du meilleur univers visuel avec « What’s the Job? ». Son compatriote Jacopo Reale a remporté le prix de la meilleure réalisation pour le thriller « The Fracture ». Enfin, l’Américain Zachary London s’est imposé pour le meilleur concept avec « Pomegranate ».

Chacun de ces cinq prix spéciaux équivalait à environ 44.800 euros. Pour Jacopo Reale, la reconnaissance intervient après un parcours déjà long dans l’image : le réalisateur italien avait travaillé plus de quinze ans comme monteur avant de se tourner vers l’intelligence artificielle. Avec deux amis, il a également créé en Italie une entreprise travaillant sur des productions en trois dimensions avec l’IA. « Je voulais continuer à raconter les histoires qui m’intéressent », a-t-il expliqué.

Les films n’étaient pas départagés par un jury uniquement issu de l’univers technologique. Celui-ci comprenait notamment l’ancienne directrice générale de l’UNESCO et ancienne ministre française de la Culture Audrey Azoulay, le responsable de recherche en intelligence artificielle du China Film Group Ma Ping, Wang Hao de la Beijing Film Academy, l’entrepreneur et investisseur Balaji Srinivasan ainsi que Li Long, responsable régional de BytePlus. Cette composition associait ainsi cinéma, politiques culturelles, recherche, investissement et technologies.

Astana veut installer le cinéma IA dans la durée

Le concours s’appuyait sur un fonds global correspondant à environ 1,79 million d’euros. Environ 896.000 euros étaient réservés aux prix du concours et une enveloppe comparable devait servir de capital d’investissement pour des équipes jugées prometteuses. L’objectif annoncé est de soutenir la production et l’écosystème liée à l’intelligence artificielle au Kazakhstan.

Les films finalistes ont été projetés les 2 et 3 octobre sur le grand écran du cinéma Chaplin, dans le centre commercial MEGA Silk Way. Le rendez-vous comportait également un programme professionnel et des discussions avec des auteurs et représentants des industries créatives. Le passage par une véritable salle de cinéma constituait lui-même un élément important du projet : l’ambition était de confronter ces productions au public comme des œuvres cinématographiques et non comme de simples démonstrations générées sur ordinateur.

Cette orientation s’inscrit dans une politique kazakhe plus large autour de l’intelligence artificielle. Lors de l’ouverture, le président Kassym-Jomart Tokaïev a qualifié l’Astana AI Film Festival de « projet unique, sans équivalent ». Il a simultanément insisté sur les risques d’une utilisation incontrôlée de l’intelligence artificielle et sur la nécessité d’élaborer des règles communes pour un développement responsable.

Pour Kassym-Jomart Tokaïev, ces technologies abaissent également certaines barrières de l’industrie cinématographique : de petites équipes peuvent désormais rivaliser avec des structures plus puissantes sans passer nécessairement par les circuits traditionnels de financement et de production, a expliqué la présidence kazakhstanaise. Le résultat apparaît précisément dans le parcours de Myrzakhan Zhumakhan, arrivé seul avec son idée face à des participants disposant parfois d’équipes beaucoup plus importantes.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/05/2026

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