La mairie d’Almaty veut une application SuperApp avec IA à livrer en 25 jours
La mairie d'Almaty veut une application SuperApp avec IA à livrer en 25 jours

La mairie d’Almaty souhaite se doter d’une application municipale d’un genre particulièrement ambitieux : un SuperApp capable de rassembler des démarches administratives, des services urbains, le taxi, l’emploi, le tourisme ou encore la billetterie autour d’un assistant d’intelligence artificielle. Le marché porte sur environ 714.400 euros et prévoit seulement 25 jours pour livrer le système. La procédure de sélection du futur fournisseur est encore ouverte : les offres peuvent être déposées jusqu’au 8 octobre 2026.

À Almaty, une future application SuperApp conçue comme un guichet urbain unique

À Almaty, les autorités municipales préparent le lancement d’un vaste SuperApp destiné à réunir 17 services urbains au sein d’une même plateforme. L’application intégrerait notamment les démarches administratives, les services publics, le taxi, l’emploi, le tourisme, les hôtels et la billetterie, avec un agent d’intelligence artificielle capable d’orienter les demandes des utilisateurs vers les services compétents. Évalué à 357,8 millions de tenges (714.000 euros), ce projet devra être développé dans un délai particulièrement court de 25 jours. Le marché public reste ouvert aux candidatures, les entreprises intéressées pouvant soumettre leur offre jusqu’au 8 octobre 2026.

Le principe du SuperApp consiste à éviter à l’habitant de multiplier les applications et les portails selon le problème qu’il souhaite résoudre. À Almaty, le futur produit doit ainsi réunir dans une seule interface des services qui, aujourd’hui, relèvent d’administrations, d’opérateurs municipaux ou de partenaires commerciaux différents. La spécification évoque 17 services ou modules, depuis les relations avec la mairie jusqu’au tourisme, en passant par les services du quotidien.

Côté administration municipale, l’utilisateur doit pouvoir prendre électroniquement rendez-vous avec le maire d’Almaty, adresser une requête aux organismes publics, participer au dispositif de budget participatif et voter sur certaines initiatives urbaines. L’application doit également intégrer iAlma, un module lié notamment aux conditions techniques et aux relations contractuelles avec des opérateurs en situation de monopole. Des services destinés aux automobilistes et un outil de recherche d’emploi figurent aussi dans le périmètre.

Le projet pousse cependant la logique plus loin qu’un portail administratif classique. Un habitant devrait, par exemple, pouvoir demander un taxi commercial depuis la conversation avec l’assistant. Pour les visiteurs, le SuperApp prévoit l’achat et l’activation immédiate d’une eSIM touristique, un catalogue de lieux à découvrir et de restaurants, ainsi que des fonctions de recherche et de réservation d’hôtels. Un agenda culturel doit permettre d’accéder aux événements et d’acheter des billets associés à des QR codes. Une bibliothèque électronique complète cet ensemble.

La profondeur réelle de ces 17 services restera néanmoins déterminante. Une fonctionnalité qui redirige l’utilisateur vers un prestataire externe n’exige pas le même travail qu’un service entièrement intégré permettant de lancer une transaction, de transmettre les données, de recevoir une confirmation et de suivre son exécution sans quitter le SuperApp. C’est précisément l’une des réserves formulées dans l’analyse technique publiée par le média kazakhstanais RAEM, spécialisé dans les nouvelles technologies : le nombre de modules ne permet pas, à lui seul, de mesurer le nombre ni la complexité des intégrations réellement opérationnelles.

L’intelligence artificielle au cœur de la future application d’Almaty

L’élément central du projet est un assistant personnel utilisant une architecture RAG, pour « retrieval-augmented generation ». Dans ce type de système, le modèle conversationnel ne doit pas seulement produire une réponse à partir de ses connaissances générales : il recherche aussi des informations dans une base documentaire ou un ensemble de sources définies avant de formuler sa réponse. À Almaty, l’objectif annoncé est de comprendre une demande formulée naturellement par l’utilisateur, puis de l’orienter vers le bon interlocuteur.

L’assistant doit fonctionner dans trois langues : kazakh, russe et anglais. Il devra reconnaître l’intention de la personne même lorsque celle-ci ne connaît pas le nom exact du service compétent. Une demande portant sur un problème urbain pourra ainsi être dirigée vers l’administration, un service communal ou le Centre de contact unifié 109. L’utilisateur doit ensuite pouvoir retrouver l’état de son dossier, avec des statuts correspondant notamment à sa réception, son traitement, son exécution ou son rejet.

Une limite importante figure néanmoins dans le dispositif : l’intelligence artificielle n’est pas appelée à prendre elle-même une décision ayant une valeur juridique. Elle sert avant tout de porte d’entrée, de système de compréhension du langage, de moteur d’orientation et d’outil de première information. Pour l’identification de l’utilisateur et les opérations juridiquement significatives, le projet prévoit une intégration avec eGov Mobile ainsi que le recours à la signature électronique.

Cette approche s’inscrit dans une évolution plus générale du GovTech kazakhstanais. Le 3 octobre, au terme du forum AI & Digital Bridge 2026, le gouvernement a notamment présenté egov.GPT comme une plateforme d’IA permettant d’accéder à des services publics à partir de requêtes rédigées en langage naturel. La veille, les autorités avaient rappelé que les usages de l’intelligence artificielle dans l’administration faisaient partie des axes de développement du pays, parallèlement aux questions de sécurité et de régulation.

Le président Kassym-Jomart Tokaïev a d’ailleurs déclaré lors du forum que le Kazakhstan défendait un développement « pacifique, sûr et responsable » de l’intelligence artificielle. Cette dimension est directement pertinente pour un SuperApp municipal amené à faire circuler des demandes de citoyens entre plusieurs administrations et systèmes informatiques.

Le SuperApp d’Almaty devra aussi organiser le travail des administrations

Pour l’utilisateur, l’assistant conversationnel constituera la partie visible du système. En coulisses, le projet prévoit pourtant une autre infrastructure essentielle : une CRM destinée aux administrations et partenaires. Elle doit recevoir les requêtes orientées par l’IA, permettre de les distribuer aux responsables compétents, modifier leur état de traitement et suivre les délais imposés aux différents services.

Cette couche doit aussi conserver l’historique d’une demande et appliquer des droits d’accès différents selon les fonctions des employés. Autrement dit, le SuperApp ne doit pas seulement répondre à une question. Dans les scénarios prévus, il doit contribuer à faire circuler une demande depuis son expression en langage naturel jusqu’au système administratif chargé de la traiter, puis restituer son statut au citoyen. C’est précisément cette continuité entre conversation et action administrative qui déterminera l’utilité concrète du dispositif.

La Ville prévoit également un tableau de bord statistique. Les responsables pourront y suivre le nombre de demandes selon leur catégorie et leur district, observer l’évolution de l’utilisation des différents services et analyser les informations issues de modules particuliers. Des rapports doivent ensuite pouvoir être produits pour les administrations concernées et pour l’analyse interne.

Sur le plan logiciel, les choix techniques sont déjà indiqués : Flutter doit être utilisé pour les applications mobiles, Laravel pour la partie serveur et PostgreSQL pour la base de données. Il s’agit donc d’un cahier des charges qui va au-delà de la création d’une simple interface conversationnelle et englobe l’application mobile, le back-office, les données, les intégrations et les outils analytiques.

À Almaty, 25 jours pour assembler intelligence artificielle et services urbains

C’est le calendrier qui distingue le plus nettement ce projet. Le titulaire disposera de 25 jours calendaires à compter de l’enregistrement du contrat auprès du Trésor. Les premiers résultats du noyau d’intelligence artificielle sont réclamés au quinzième jour. Il resterait alors dix jours pour achever les connexions aux systèmes municipaux et nationaux, effectuer les essais, passer par une phase d’exploitation pilote et remettre le résultat au donneur d’ordre. Certaines étapes pourront être menées simultanément à condition de ne pas dégrader la qualité du rendu.

Ce délai ne permet toutefois pas, à lui seul, de déterminer ce qui sera effectivement développé à partir d’une feuille blanche. Le billet publié par RAEM distingue plusieurs scénarios possibles. Une équipe peut rapidement assembler un prototype associant interface, modèle linguistique et documentation. La personnalisation d’une plateforme déjà développée constitue un chantier différent. En revanche, concevoir de zéro les applications, le serveur, l’IA, les échanges de données et toutes les intégrations avec des systèmes externes représente un travail beaucoup plus vaste. RAEM fait d’ailleurs remarquer que l’état d’avancement éventuel de composants préexistants n’est pas établi publiquement et présente cette distinction comme une analyse technique, non comme une affirmation sur le futur prestataire.

Enfin, la Ville ne prévoit pas seulement de recevoir un service exploité par un prestataire. Les droits exclusifs sur le code source et sur la plateforme doivent passer dans le patrimoine communal après l’exécution du contrat, dont l’échéance finale est annoncée au 31 décembre 2026. Le titulaire devra en outre assurer gratuitement une année de support technique.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/03/2026

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