Cigarettes : le Kirghizstan relèvera progressivement le prix minimum jusqu’en 2029
Cigarettes : le Kirghizstan relèvera progressivement le prix minimum jusqu'en 2029

Le Kirghizstan durcit une nouvelle fois sa politique de prix sur les cigarettes. À partir de 2027, un paquet de 20 unités ne pourra plus être vendu sous 135 soms, soit 1,35 euro. Le seuil continuera ensuite de progresser pendant deux ans, dans un pays où le tabagisme recule sur le long terme mais reste particulièrement concentré parmi les hommes.

Kirghizstan : le paquet de cigarettes passent à un nouveau plancher dès 2027

Le Cabinet des ministres du Kirghizstan a arrêté le nouveau barème pour les prix des cigarettes, il entrera en vigueur le 1er janvier 2027 et remplacera le dispositif instauré fin 2024. Pour les autorités kirghizes, l’outil n’est pas seulement fiscal : la réglementation des prix fait partie des instruments utilisés pour réduire la consommation de tabac et limiter la vente à bas prix. La publication de ce décret intervient alors que le marché a déjà connu un net renchérissement. En mars 2026, le paquet de cigarettes avec filtre coûtait en moyenne 152,60 soms, soit environ 1,52 euro. Autrement dit, le prix moyen observé dépassait déjà le minimum légal, mais celui-ci continue de jouer un rôle direct pour les références les moins chères.

Le changement sera progressif. En 2027, le minimum pour 20 cigarettes sera de 135 soms, environ 1,35 euro ; il grimpera à 150 soms, environ 1,49 euro, en 2028, puis à 165 soms, environ 1,64 euro, à partir du 1er janvier 2029. Ces montants valent pour les cigarettes avec ou sans filtre ainsi que pour les cigarillos.

Le même échéancier s’appliquera aux sticks et capsules cylindriques de tabac chauffé relevant du code douanier 2404. La hausse entre le seuil actuel de 120 soms et celui de 135 soms représente 12,5%. Le contrôle du respect de ces prix incombera au Service fiscal d’État.

Le gouvernement présente explicitement cette réglementation comme un instrument de santé publique. Dans la formulation employée par les autorités, elle doit contribuer à « réduire la consommation de produits du tabac et renforcer la santé de la population ». Lors de la mise en consultation du projet en juillet 2026, le ministère de l’Économie et du Commerce indiquait également vouloir « réduire la consommation de produits du tabac et contenant de la nicotine, améliorer l’efficacité de la régulation du marché et renforcer la santé publique », peut-on lire dans la note explicative.

Vente de cigarettes : le seuil actuel reste fixé à 120 soms

Jusqu’au 31 décembre 2026, c’est encore le décret n° 774 du 20 décembre 2024 qui régit le prix minimum. Ce texte, dont l’existence et les références sont enregistrées par le ministère kirghiz de la Justice, avait mis en place un premier seuil de 110 soms pour 20 cigarettes à compter du 1er janvier 2025, soit environ 1,10 euro au taux de change retenu, puis de 120 soms depuis le 1er janvier 2026, environ 1,20 euro. Les mêmes montants sont prévus pour 20 unités de tabac chauffé.

Le nouveau décret ne signifie donc pas qu’un paquet vendu aujourd’hui autour de 150 soms connaîtra automatiquement une hausse de 15 soms en janvier. Le plancher définit un prix en dessous duquel la vente est interdite ; il ne constitue pas un prix de vente imposé à tous les fabricants et commerçants. En mars 2026, la moyenne nationale atteignait déjà 152,60 soms, environ 1,52 euro, contre 140,23 soms, environ 1,40 euro, douze mois auparavant, soit une augmentation annuelle de 8,8%.

La tendance est plus nette encore sur plusieurs années. En juin 2025, le prix moyen d’un paquet avec filtre était de 142,6 soms, environ 1,42 euro au taux de conversion de référence, contre 85,53 soms, environ 0,85 euro, en juin 2021. La hausse ressort à 66,7% sur cette période. Le mouvement de relèvement réglementaire s’inscrit donc dans un marché où les prix nominaux avaient déjà fortement progressé avant l’adoption du décret de septembre 2026.

Cigarettes : le Kirghizstan relèvera progressivement le prix minimum jusqu'en 2029

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Tabagisme au Kirghizstan : une baisse, mais un fort écart entre les sexes

La dernière enquête nationale STEPS apporte un éclairage plus direct sur l’ampleur du tabagisme. Réalisée en 2023 et publiée par le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe en 2026, elle estime à 17,1% la proportion de fumeurs actuels parmi les Kirghiz âgés de 18 à 69 ans. Chez les hommes, la proportion atteint 30,3%, tandis qu’elle n’est que de 2,7% chez les femmes.

L’écart entre hommes et femmes demeure donc considérable, même si les données disponibles suggèrent un recul de long terme. La première enquête STEPS nationale, menée en 2013 auprès des 25-64 ans, évaluait alors la proportion de fumeurs à environ 25,7%, avec 48,2% chez les hommes et 2,7% chez les femmes. La comparaison doit toutefois rester prudente : l’enquête de 2023 porte sur les 18-69 ans, alors que celle de 2013 concernait les 25-64 ans. La diminution apparente ne peut donc pas être lue comme la variation d’un indicateur construit sur une population parfaitement identique.

Une autre mesure, modélisée par l’OMS et diffusée par la Banque mondiale, apporte une perspective complémentaire. Elle estime à 22,2% la prévalence de l’usage actuel du tabac chez les adultes au Kirghizstan en 2024. Ce chiffre ne contredit pas les 17,1% de STEPS : les deux indicateurs n’ont ni exactement le même champ ni exactement la même méthode. STEPS mesure ici les fumeurs actuels dans une enquête auprès des 18-69 ans ; l’indicateur OMS standardisé par âge porte sur l’usage actuel du tabac chez les adultes de 15 ans et plus et englobe davantage de formes de consommation.

Le contexte régional va lui aussi dans le sens d’une baisse lente mais durable. Dans l’ensemble de la région européenne de l’OMS, la prévalence standardisée de l’usage actuel du tabac est passée de 34,9% des adultes en 2000 à 24,1% en 2024. Pour le Kirghizstan, ce même document situe l’indicateur 2024 autour de 22%. Le pays se trouve ainsi légèrement sous la moyenne régionale, mais cette moyenne masque la concentration très forte de la consommation dans la population masculine kirghize.

Kirghizstan : fiscalité, marché illégal et contrôle de la vente

La politique de prix se déploie parallèlement à une progression des recettes fiscales tirées du tabac. En 2025, 180,1 millions de timbres d’accise ont été délivrés pour des produits du tabac, soit 19,4% de plus qu’un an auparavant. Les recettes d’accise ont atteint 10,8 milliards de soms, soit environ 107,6 millions d’euros, en hausse de 30,5% sur un an.

Le ministère avançait dès juillet 2026 que le relèvement du prix minimum pouvait également accroître les recettes issues de la TVA, de la taxe sur les ventes et de l’impôt sur les bénéfices. L’objectif fiscal s’ajoute donc à la justification sanitaire. En même temps, les autorités doivent composer avec le marché parallèle : les auteurs du projet citaient une étude NielsenIQ évaluant à 9% la part des cigarettes illégales sur le marché kirghiz au troisième trimestre 2025. Ce chiffre émane d’une étude privée reprise dans le dossier gouvernemental et doit être compris comme une estimation, non comme un comptage exhaustif de la contrebande.

Cette question explique en partie l’importance donnée au contrôle. Le décret n° 619 confie expressément la surveillance du respect des prix minimums au Service fiscal d’État. En dessous de 135 soms, environ 1,35 euro, un paquet concerné par le nouveau régime ne pourra donc plus être commercialisé légalement à partir du 1er janvier 2027. Les commerçants pourront en revanche pratiquer des tarifs supérieurs au seuil. Le mécanisme ne cherche pas à uniformiser les prix : il vise à faire disparaître, année après année, les cigarettes légalement commercialisées dans les segments les moins chers.

Illustration www.magnific.com

Par Rodion Zolkin
Le 09/21/2026

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