Le trafic de correspondance devient un axe de croissance majeur pour Air Astana. Au deuxième trimestre 2026, l’activité internationale de transfert et de transit du groupe a progressé de 82% sur un an. Dans un entretien accordé au média kazakhstanais Kursiv, son directeur général, Ibrahim Zhanlyel, a détaillé une stratégie qui associe développement du réseau aérien, montée en puissance du Kazakhstan comme plateforme de correspondance et attraction de voyageurs étrangers.
Air Astana accélère sur le transit dans les aéroports du Kazakhstan
L’activité de transit international d’Air Astana a augmenté de 82 % au deuxième trimestre 2026 par rapport à la même période en 2025, a fait savoir son directeur général, Ibrahim Zhanlyel, dans un entretien publié par Kursiv. La compagnie aérienne entend s’appuyer sur cette dynamique pour consolider la place du Kazakhstan sur les flux reliant plusieurs marchés d’Asie et du Caucase.
L’enjeu dépasse toutefois la seule correspondance entre deux vols. Ibrahim Zhanlyel présente le transit et le tourisme réceptif comme deux dimensions d’une même stratégie. L’objectif consiste à faire passer davantage de voyageurs par les aéroports kazakhstanais, mais aussi à convaincre une partie de la clientèle internationale de choisir le Kazakhstan comme destination finale. Cette ambition s’inscrit dans un environnement touristique déjà dynamique : près de 830.000 touristes ont visité Astana au premier semestre 2026, soit une hausse annuelle de 12%.
La progression de 82% constitue le principal enseignement de l’entretien accordé à Kursiv. Dans cette organisation, le Kazakhstan devient le point d’articulation du voyage. Air Astana transporte notamment des passagers poursuivant leur déplacement vers des pays d’Asie centrale et du Caucase. Pour la compagnie, l’intérêt réside dans la possibilité d’élargir sa clientèle au-delà des seuls voyageurs kazakhstanais ou des personnes dont le Kazakhstan constitue la destination finale. Le réseau peut ainsi capter des flux internationaux utilisant les aéroports du pays comme étape intermédiaire.
Ibrahim Zhanlyel se félicite à ce titre de voir le Kazakhstan progresser comme « pôle de transit de premier plan ». La formulation éclaire l’ambition du transporteur : la compagnie ne raisonne plus seulement ligne par ligne, mais cherche à créer des correspondances capables d’alimenter plusieurs destinations depuis le territoire kazakhstanais.
Cette logique suppose que le développement du réseau international et celui du transit avancent ensemble. Plus la compagnie relie de marchés susceptibles de se combiner entre eux, plus elle peut proposer des itinéraires passant par le Kazakhstan. Kursiv relève d’ailleurs que la poursuite de cette croissance dépendra notamment de l’expansion du réseau et de l’efficacité des correspondances offertes aux voyageurs. Dans cette configuration, la qualité du passage par l’aéroport, les horaires et la cohérence des connexions deviennent des éléments structurants de l’offre.
Le Kazakhstan veut transformer les voyageurs en touristes
Air Astana ne veut cependant pas que tous les passagers repartent immédiatement vers une autre destination. L’autre volet décrit par Ibrahim Zhanlyel concerne le tourisme entrant. La compagnie vise en particulier les voyageurs provenant des pays du Golfe, de l’Inde, de la Chine, de la Corée et de la Turquie, autant de marchés déjà intégrés à son environnement international. La nuance est essentielle. Un passager en transit contribue d’abord à l’activité aérienne et à l’utilisation du réseau de correspondances. Un touriste qui séjourne dans le pays génère, lui, des dépenses au-delà de l’aéroport. Ibrahim Zhanlyel insiste précisément sur cet « énorme effet multiplicateur ». Le dirigeant cite les hôtels, les restaurants, les entreprises touristiques, les commerces et les taxis parmi les activités susceptibles de bénéficier de la présence de visiteurs étrangers.
Les statistiques publiées le même jour par le ministère kazakhstanais du Tourisme et des Sports donnent un aperçu du marché concerné. Au cours des six premiers mois de 2026, Astana a accueilli environ 830.000 touristes, soit 12% de plus que durant la même période de 2025. Parmi eux, près de 187.000 étaient des visiteurs étrangers. Le ministère indique en outre que la capitale reçoit plus de 1,6 million de touristes par an et que son flux touristique augmente en moyenne de 10 à 12% chaque année.
Ces données ne permettent pas d’attribuer la progression touristique de la capitale à Air Astana. Elles montrent en revanche que la stratégie exposée par la compagnie se déploie dans un pays où les autorités cherchent elles aussi à accroître la fréquentation et la durée des séjours. Le ministère souligne notamment le développement du tourisme événementiel, d’affaires, culturel et médical à Astana, ainsi que l’élargissement de l’offre hôtelière et du calendrier de manifestations.
Pour Air Astana, attirer davantage de visiteurs étrangers et alimenter davantage de correspondances constituent ainsi deux objectifs complémentaires, et non concurrents. Ibrahim Zhanlyel évoque à ce sujet des « tendances très positives ».
Air Astana réaffecte ses capacités malgré un marché aérien sous tension
La hausse du transit n’est pourtant pas intervenue dans un environnement stable. Ibrahim Zhanlyel décrit 2026 comme une année compliquée pour le transport aérien. Dans son entretien à Kursiv, il cite les conflits régionaux et le niveau élevé des prix du pétrole parmi les facteurs auxquels le groupe a dû faire face. La compagnie a parallèlement été conduite à modifier la répartition de ses capacités entre plusieurs marchés.
Environ 15% des capacités consacrées aux liaisons avec les pays du Golfe ont ainsi été redéployées vers d’autres régions. Le chiffre est important car il illustre l’ampleur de l’ajustement opérationnel : il ne s’est pas limité à quelques fréquences isolées, mais a touché une part significative des moyens initialement affectés à ces liaisons.
Malgré ce redéploiement, le groupe a continué à développer son réseau international. C’est ce contraste que le dirigeant met en avant lorsqu’il évoque la « flexibilité et la résilience » d’Air Astana. La progression de 82% de l’activité internationale de transfert et de transit intervient donc, selon le récit de la direction, parallèlement à une redistribution des capacités rendue nécessaire par les conditions du marché.
Cette donnée permet aussi de mieux comprendre la fonction stratégique du transit pour la compagnie aérienne. Un réseau capable d’orienter ses capacités vers différents marchés peut chercher de nouvelles combinaisons de trafic lorsque certaines régions deviennent plus difficiles à desservir ou moins favorables. Air Astana indique précisément avoir continué à étendre son réseau international après la réaffectation de ses moyens.
Un enjeu touristique pour le Kazakhstan
Le projet décrit par Ibrahim Zhanlyel place finalement la compagnie au croisement de deux activités. Air Astana veut transporter des passagers qui traversent le Kazakhstan pour rejoindre d’autres pays, notamment en Asie centrale et dans le Caucase, tout en attirant des voyageurs qui s’arrêtent dans le pays et y consomment des prestations touristiques. Le même réseau aérien doit donc servir à la fois la fonction de correspondance et l’économie du séjour.
Pour le secteur touristique, la distinction a des conséquences très concrètes. Lorsqu’un visiteur transforme une simple arrivée aérienne en séjour, les recettes peuvent se diffuservers l’hébergement, la restauration, les transports terrestres, les excursions ou le commerce. C’est ce mécanisme qu’Ibrahim Zhanlyel met au centre de son argumentation auprès de Kursiv. Le bénéfice recherché par le groupe ne se limite donc pas, dans son discours, au revenu généré directement par le billet d’avion.
