Au Kazakhstan, la société civile ne doit plus être cantonnée à un rôle de bénéficiaire ou de simple interlocuteur institutionnel. Dans un entretien accordé à l’agence de presse Qazinform, la coordinatrice résidente de l’ONU, Sarangoo Radnaaragchaa, décrit au contraire un partenariat appelé à peser davantage sur les politiques publiques, le suivi des Objectifs de développement durable et la protection des populations vulnérables.
La société civile au cœur du partenariat entre le Kazakhstan et l’ONU
Le 24 août 2026, Sarangoo Radnaaragchaa a détaillé auprès de l’agence Qazinform la place que l’ONU entend accorder à la société civile dans son action au Kazakhstan. Son propos dépasse la coopération ponctuelle avec les organisations non gouvernementales : la représentante des Nations unies défend leur intervention en amont des décisions, dans la définition des priorités, la conception des politiques et l’évaluation des résultats.
Cette participation est déjà inscrite dans les méthodes de travail de l’organisation internationale. Les acteurs civiques sont associés à la préparation du Cadre de coopération des Nations unies au Kazakhstan pour la période 2026-2030. Un cadre qui doit structurer l’action commune des agences onusiennes dans le pays au cours des prochaines années.
« La société civile est l’un des partenaires clés », a déclaré Sarangoo Radnaaragchaa à Qazinform. La formule résume la conception défendue par la coordinatrice résidente. Pour l’ONU, les ONG et associations ne sont pas uniquement sollicitées pour mettre en œuvre des programmes déjà définis. Elles doivent aussi contribuer à identifier les priorités, signaler les besoins qui échappent parfois aux institutions et faire remonter la réalité de groupes dont la parole reste moins visible.
Cette présence se traduit sur plusieurs terrains. L’UNFPA travaille, par exemple, avec l’association Shyrak des femmes handicapées autour de l’inclusion, de la santé reproductive et de la participation des personnes handicapées. De son côté, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés coopère avec des organisations locales pour apporter une assistance juridique et sociale aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux personnes apatrides, mais aussi pour faciliter l’accès aux services et suivre la protection effective de leurs droits.
L’UNOPS intervient également avec le soutien de l’Union européenne à travers un dispositif destiné à développer les capacités des organisations civiques d’Asie centrale et leur participation aux processus décisionnels. La logique est donc double : soutenir des actions concrètes au plus près des populations tout en renforçant la capacité des associations à intervenir dans l’élaboration des politiques.
Sarangoo Radnaaragchaa insiste d’ailleurs sur la dimension institutionnelle de cette relation. Plusieurs agences de l’ONU disposent de mécanismes consultatifs associant des représentants de la société civile, tandis que l’équipe des Nations unies au Kazakhstan travaille avec un conseil consultatif de la jeunesse. La coopération concerne des domaines aussi différents que la santé, l’éducation, l’agriculture, l’environnement, l’égalité entre les sexes, les droits humains ou encore la prévention de la criminalité.
Pour la représentante onusienne, cette architecture change la nature même du lien entre organisations internationales et acteurs locaux. La société civile est « un véritable partenaire », a-t-elle expliqué à Qazinform le 24 août 2026. Autrement dit, elle n’est pas seulement destinataire de programmes conçus ailleurs : elle devient un acteur de leur définition, de leur mise en œuvre et de leur contrôle.
Kazakhstan et ONU : faire davantage peser la société civile sur les décisions
La prochaine étape consiste à transformer cette reconnaissance en influence plus systématique. Une récente table ronde consacrée aux Objectifs de développement durable a réuni plus de 70 représentants de la société civile. Les participants ont travaillé sur des recommandations destinées au gouvernement, dont l’une porte sur une participation de représentants civiques au Conseil de coordination des ODD.
Cette évolution correspond à l’idée centrale développée par la responsable de l’ONU : l’aide ciblée ne suffit pas si elle n’aboutit pas à des transformations durables des mécanismes publics. « Tous les domaines de coopération sont prometteurs », a indiqué Sarangoo Radnaaragchaa à Qazinform. Elle cite notamment la numérisation, l’environnement, la protection sociale, les droits humains, la jeunesse et l’accompagnement des catégories vulnérables.
Le Kazakhstan dispose déjà de plusieurs canaux de dialogue. Les conseils publics, les consultations sur les projets de loi ou encore les dispositifs de coopération financés par l’État offrent aux organisations des possibilités d’intervention. Pour l’ONU, la question est désormais de les associer plus tôt aux décisions, de rendre les échanges plus opérationnels et de mieux relier leur expertise de terrain à l’élaboration des politiques publiques.
Des obstacles demeurent toutefois. Les associations sont confrontées à des financements instables, à des effectifs parfois insuffisants et à une charge de travail importante, selon les observations de Sarangoo Radnaaragchaa rapportées par Qazinform le 24 août 2026. La coordinatrice résidente plaide donc pour des ressources plus prévisibles, des espaces de dialogue permanents et un renforcement des compétences, afin que les organisations puissent s’inscrire dans des projets à plus long terme.
Le poids du secteur est loin d’être marginal. Plus de 20 000 organisations de la société civile sont actives au Kazakhstan, selon le chiffre avancé par Sarangoo Radnaaragchaa. Elles interviennent dans des domaines très divers, de l’accompagnement d’enfants gravement malades à la protection de la mer d’Aral et de la Caspienne, en passant par l’aide aux femmes victimes de violences et les campagnes de santé publique.
La responsable de l’ONU cite aussi des cas où cette mobilisation aurait nourri des transformations législatives. Elle évoque la criminalisation des violences domestiques, soutenue pendant plusieurs années par des organisations spécialisées, ainsi que l’interdiction des cigarettes électroniques. Son propos ne consiste pas à attribuer ces décisions à un acteur unique, mais à souligner la capacité d’un plaidoyer prolongé à déplacer progressivement le cadre politique.
Sarangoo Radnaaragchaa mise sur le volontariat et les changements structurels
Le volontariat constitue un autre versant de cette mobilisation. Depuis 2020, plus de 10.000 volontaires ont été associés par l’UNICEF et le Réseau national des volontaires du Kazakhstan à des actions ayant touché plus de 100.000 enfants et parents. Les interventions concernent notamment le bien-être psychologique des adolescents, la lutte contre le harcèlement, la sécurité des enfants sur Internet, l’éducation, le changement climatique et la réduction des risques de catastrophe.
Ce volet a gagné en visibilité nationale et internationale. Le 19 août 2026, à Astana, le ministre des Affaires étrangères Yermek Kosherbayev a rencontré le coordinateur exécutif des Volontaires des Nations unies, Toyli Kurbanov, selon le ministère kazakhstanais des Affaires étrangères. La réunion s’inscrivait dans le cadre de l’Année internationale des volontaires pour le développement durable 2026, proclamée à l’initiative du Kazakhstan.
Les échanges ont notamment porté sur une participation accrue des volontaires kazakhstanais aux activités des agences de l’ONU, ainsi que sur la poursuite de cette coopération au-delà de 2026, D’après le ministère des Affaires étrangères du Kazakhstan, Astana a également mis en avant des initiatives environnementales liées à la mer Caspienne, à la région de la mer d’Aral et à la campagne nationale Taza Kazakhstan.
La dimension régionale apparaît également dans l’initiative Spotlight portée par l’Union européenne et les Nations unies contre les violences faites aux femmes et aux filles. Un réseau réunissant plus de 500 représentants de la société civile en Asie centrale a été mis en place et plus de 4.000 militants ont reçu une formation. Des organisations locales ont en outre bénéficié de subventions pour travailler directement auprès des communautés..
Ce type de dispositif correspond précisément à la méthode défendue dans l’entretien : combiner expérience locale, financements, formation et capacité d’influence. L’objectif n’est pas seulement de multiplier les projets, mais de donner aux organisations les moyens de participer à des choix qui déterminent durablement les conditions de vie des populations.
Kazakhstan et ONU : les progrès des ODD à mesurer avec précision
Le rôle de la société civile est enfin replacé par Sarangoo Radnaaragchaa dans une question plus vaste : celle de la trajectoire du Kazakhstan vers les Objectifs de développement durable. « J’évalue les progrès du Kazakhstan », a déclaré la coordinatrice résidente à Qazinform le 24 août 2026, avant de porter une appréciation positive sur l’évolution récente du pays.
Le Kazakhstan occupe la 67e place sur 169 pays dans le SDG Index 2026, soit un gain de trois positions par rapport à son 70e rang l’année précédente, a fait savoir Sarangoo Radnaaragchaa. Des évolutions positives y sont identifiées pour six Objectifs de développement durable, notamment dans la santé, l’eau et l’assainissement, l’emploi et la croissance économique, les infrastructures et l’innovation, les villes durables ainsi que les partenariats.
La diplomate apporte toutefois une réserve importante. Ce classement n’est pas produit par l’ONU et ne constitue pas son mécanisme officiel de suivi des ODD, a-t-elle rappelé à Qazinform. Élaboré par un groupe d’experts indépendant à partir d’indicateurs officiels mais aussi de sources complémentaires, il représente selon elle un point de comparaison international utile, sans pouvoir résumer à lui seul l’ensemble des avancées du pays.
Dans cette perspective, la décision du gouvernement kazakhstanais de préparer un rapport national annuel de suivi et d’évaluation des ODD revêt une importance particulière. L’équipe des Nations unies au Kazakhstan s’est déclarée prête à fournir une expertise pour sa préparation. Ce mécanisme doit permettre de mieux intégrer les priorités nationales et de repérer plus rapidement les secteurs nécessitant une attention supplémentaire. C’est aussi, dans la logique défendue par la coordinatrice résidente, un nouvel espace où l’expertise et le retour d’expérience de la société civile peuvent peser sur la manière dont le Kazakhstan mesure et oriente son développement.
