À seulement 21 ans, Sanat Asuat franchit une étape inhabituelle pour une jeune artiste : la chanteuse kazakhstanaise originaire d’Atyrau interprète les chansons de Moana dans la version russophone du nouveau film en prises de vues réelles de Disney. Une sélection qui place une voix venue du Kazakhstan au cœur d’une production internationale et prolonge un parcours déjà remarqué sur la scène de The Voice Azerbaïdjan.
Le film Moana est particulièrement cher au coeur des Kazakhstanais
Depuis le 13 août 2026, date de la sortie du nouveau film Moana au Kazakhstan, le public russophone peut entendre Sanat Asuat dans les passages chantés de l’héroïne. Le long métrage, nouvelle adaptation en prises de vues réelles du récit lancé par Disney en animation, est sorti aux États-Unis le 10 juillet 2026. D’une durée de 1h55, il est réalisé par Thomas Kail. Catherine Laga’aia incarne Moana, tandis que Dwayne Johnson reprend le rôle de Maui. Au Kazakhstan, cette superproduction arrivée dans les salles un mois plus tard prend une dimension particulière : dans sa déclinaison russophone, l’une des voix chantées les plus exposées est celle d’une jeune artiste du pays.
Sanat Asuat, une chanteuse kazakhstanaise formée à Almaty
Le parcours commence loin des studios de Disney, sur les rives de la Caspienne. Sanat Asuat est née à Atyrau, dans l’ouest du Kazakhstan. Sa formation ne s’est pas limitée au chant pop. Elle a joué du zhetigen, instrument traditionnel kazakh à cordes, avant de multiplier les concours vocaux et de s’orienter progressivement vers une carrière professionnelle. Elle poursuit ensuite ses études à l’Académie nationale kazakhstanaise des arts Temirbek-Jurgenov, à Almaty, institution majeure de la formation artistique dans le pays.
Elle en sort diplômée en 2026. Elle a étudié dans la classe de Nagima Yeskaliyeva, figure bien connue de la scène kazakhstanaise. À 21 ans, Sanat Asuat arrive donc dans l’univers Disney au terme d’un parcours déjà structuré par l’enseignement supérieur artistique, les concours et la scène. Ce bagage compte : doubler musicalement un personnage de cinéma impose non seulement de chanter juste, mais aussi de faire coïncider intention, rythme, articulation et jeu dramatique avec une image déjà tournée.
La véritable accélération médiatique intervient en 2025 avec The Voice Azerbaïdjan. Sanat y est la seule candidate représentant le Kazakhstan et atteint la finale. Elle ne remporte cependant pas l’émission, arrivant troisième avec 20% des votes du public.
Son passage dans le télécrochet dépasse d’ailleurs le seul classement final. Son interprétation de Seven Nation Army a été intégrée à deux sélections internationales de la franchise The Voice, notamment dans des compilations consacrées aux meilleures prestations de la semaine et du mois. Quatre de ses six prestations auraient reçu une appréciation particulièrement élevée de la part des producteurs du programme. Ces expositions successives contribuent à installer son nom au-delà du public kazakhstanais.

© Instagram @ sanat_asuat
Une Kazakhstanaise choisie pour faire chanter Moana en russe
Le passage de la télévision musicale au cinéma ne s’est pas fait par simple notoriété. Sanat Asuat diffusait depuis environ un an des reprises de chansons issues de films d’animation. Ces vidéos ont participé à attirer l’attention sur son profil avant qu’elle ne soit conviée à un casting. Autrement dit, la jeune Kazakhstanaise s’était déjà constituée, sans encore travailler officiellement pour le cinéma, une vitrine directement liée à cet univers musical.
L’invitation a pourtant provoqué la surprise. « Quand j’ai été invitée au casting, j’ai sauté de joie, mais je ne m’attendais même pas à être finalement choisie », explique Sanat Asuat dans une interview à WE Project le 14 août 2026. Le média précise qu’elle remercie notamment le réalisateur de doublage Alexandre Chevtchenko pour les conditions du casting. Pour une artiste qui suivait Disney depuis l’enfance, le résultat transforme une référence culturelle familière en contrat professionnel.
Cette dimension personnelle revient constamment dans ses prises de parole. « Je suis très reconnaissante d’avoir été invitée dans ce projet et que l’on m’ait confié un rôle aussi particulier. C’est un grand honneur et une étape importante dans ma vie artistique », a déclaré la chanteuse. « Ceux qui me connaissent depuis longtemps comprennent probablement à quel point cet événement compte pour moi. […] Comme c’est beau de voir les rêves se réaliser ! », a-t-elle déclaré.
Le choix de Moana possède, à ses yeux, une autre résonance. Sanat Asuat décrit la jeune navigatrice comme courageuse, libre et décidée à suivre sa propre voie. Elle associe ces qualités à l’image historique d’une femme kazakhe forte. « Moana est courageuse, brave, libre, toujours prête à suivre son propre chemin, ses rêves et ses objectifs, ce qui rappelle l’image historique de la femme kazakhe forte », explique-t-elle, selon Kazinform. La chanteuse insiste également sur la place des ancêtres et de la filiation dans le récit, une thématique à laquelle elle dit être profondément attachée.
Sanat Asuat, la chanteuse passée de The Voice à Disney
Le rapprochement entre The Voice et Disney pourrait donner l’impression d’une ascension rapide et presque automatique. Le travail de studio raconté par les protagonistes montre l’inverse. Pour Sanat Asuat, ce projet constitue son premier doublage. Elle doit donc apprendre à ne plus interpréter une chanson seulement selon sa propre personnalité, comme sur une scène ou dans un concours, mais à se mettre au service d’un personnage déjà incarné physiquement par une autre artiste.
« Nous avons essayé de travailler minutieusement sur chaque chanson, chaque scène, en observant les émotions de l’actrice et ce qu’elle vivait à ce moment-là afin de le transmettre dans la chanson », raconte Sanat Asuat à Premier Canal Eurasia. La finalité est claire : le spectateur ne doit pas avoir l’impression d’entendre une chanteuse superposée à l’image, mais de percevoir Moana elle-même. Le défi associe donc technique vocale et interprétation dramatique.
WE Project donne un aperçu complémentaire de cette méthode. Sanat explique que l’équipe travaillait « sur chaque ligne et chaque mot », en cherchant à restituer aussi précisément que possible l’humeur et les émotions de l’héroïne. Les prises successives permettaient d’affiner le résultat. Cette mécanique souligne un aspect souvent invisible du doublage musical : derrière quelques minutes de chanson à l’écran se trouve une équipe composée de chanteurs, ingénieurs du son et réalisateurs chargés de rendre la performance crédible dans une langue différente de celle du tournage.
Le projet russe s’inscrit aussi dans un environnement kazakhstanais où plusieurs artistes participent désormais aux adaptations linguistiques de grandes productions. La portée du choix de Sanat dépasse donc le seul symbole individuel : sa présence illustre également la capacité croissante de professionnels kazakhstanais à intervenir sur la localisation de productions internationales destinées à un vaste public régional.

© Instagram @ sanat_asuat
Une chanteuse kazakhstanaise face aux exigences du doublage
À l’annonce de sa sélection, Sanat Asuat dit avoir d’abord eu du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Premier Canal Eurasia rapporte qu’elle est restée quelques minutes sous le choc avant de pleurer de joie. L’euphorie a cependant été immédiatement accompagnée d’un sentiment de responsabilité. Pour une jeune artiste dont le parcours professionnel débute à peine, rejoindre un projet associé à Disney signifie travailler sous une exposition d’une tout autre échelle.
Cette première expérience pourrait ne pas rester isolée. Dans WE Project, la chanteuse affirme déjà vouloir continuer dans le secteur du doublage. Premier Canal Eurasia indique également qu’elle s’intéresse sérieusement à cette activité après le travail réalisé sur Moana. La trajectoire est cohérente : une formation musicale achevée en 2026, une finale internationale l’année précédente, puis un premier rôle vocal dans une production destinée au marché russophone.
Elle n’abandonne pas pour autant son identité d’interprète. Sanat Asuat continue à participer à des concerts et à des projets caritatifs dans différentes régions du Kazakhstan. Elle prépare parallèlement un album composé de ses propres chansons et envisage de poursuivre ses études en master. Le cinéma vient donc s’ajouter à son activité musicale plutôt que la remplacer.
À 21 ans, cette diversification lui ouvre plusieurs pistes à la fois : scène, création personnelle et doublage. Moana constitue pour l’instant le projet le plus visible de cette nouvelle phase. Surtout, son recrutement donne une portée particulière à son origine : dans la version russophone d’une production Disney distribuée bien au-delà des frontières du Kazakhstan, l’héroïne chante avec la voix d’une jeune femme née à Atyrau, formée à Almaty et révélée au public international depuis Bakou.
