L’Ouzbékistan renforce sa lutte contre la traite d’êtres humains avec un nouveau dispositif national de protection
L'Ouzbékistan renforce sa lutte contre la traite d'êtres humains avec un nouveau dispositif national de protection

L’Ouzbékistan franchira une nouvelle étape dans la lutte contre la traite d’êtres humains à partir du 1er septembre 2026. Un décret présidentiel instaure un système entièrement repensé d’identification, d’accompagnement et de réinsertion des victimes, tout en durcissant la réponse pénale contre les auteurs, notamment lorsqu’ils exploitent des enfants.

Une nouvelle organisation de la lutte contre la traite d’êtres humains en Ouzbékistan

Le 3 août 2026, le président ouzbek a signé un décret visant à restructurer en profondeur la prise en charge des victimes de la traite d’êtres humains. Ce texte, qui entrera en vigueur le 1er septembre, mobilise de nombreux organismes publics et renforce la coordination entre les services sociaux, les autorités judiciaires et les acteurs de la protection sociale. L’objectif est de détecter plus rapidement les personnes vulnérables, de leur garantir une assistance immédiate et de favoriser leur réinsertion durable.

Le nouveau dispositif repose d’abord sur une réforme de l’identification des victimes. Désormais, les centres de services sociaux « Inson », les établissements spécialisés de l’Agence nationale de protection sociale ainsi que certaines organisations non gouvernementales habilitées pourront procéder à une première évaluation des personnes susceptibles d’avoir été victimes de la traite d’êtres humains.

À l’issue de cette première étape, un statut de victime présumée pourra être attribué pour une durée maximale d’un mois. Les commissions régionales disposeront ensuite de dix jours pour réaliser l’identification définitive. Une fois reconnue officiellement, la personne pourra bénéficier du statut de victime pendant une période pouvant atteindre un an. Les autorités souhaitent ainsi accélérer les procédures tout en garantissant un meilleur accès aux dispositifs de protection.

Le décret prévoit également une évaluation complète de la situation sociale et économique des personnes concernées. Lorsqu’une victime présumée accepte un accompagnement, son dossier est transmis au centre « Inson », qui analyse non seulement ses besoins, mais aussi la situation de sa famille afin de proposer un soutien adapté.

Autre évolution importante : le socle minimal de prestations sociales sera désormais fourni gratuitement, quels que soient les revenus de la personne concernée. Cette mesure vise à supprimer les obstacles financiers susceptibles de retarder l’accès à une prise en charge.

Traite d’êtres humains : un soutien renforcé aux victimes en Ouzbékistan

Le décret introduit un ensemble particulièrement large de mesures destinées à accompagner les victimes tout au long de leur rétablissement.
Les personnes sans domicile fixe pourront être accueillies temporairement dans des établissements spécialisés, y compris lorsqu’elles sont accompagnées de leurs enfants mineurs. Dans ces situations d’urgence, l’identification devra être réalisée dans un délai maximal de trois jours afin de limiter les ruptures de prise en charge.

À compter du 1er septembre 2026, une nouvelle ligne d’assistance nationale sera également mise en service. Les victimes ou leurs proches pourront composer le numéro 1146 afin d’obtenir gratuitement des conseils sociaux, psychologiques, juridiques ou administratifs. Des permanences similaires seront installées dans les représentations diplomatiques et consulaires de l’Ouzbékistan à l’étranger afin de mieux accompagner les ressortissants confrontés à des situations d’exploitation hors du pays.

Le gouvernement entend également agir en amont des départs à l’étranger. Des bureaux d’information consacrés aux migrations seront ouverts dans les aéroports internationaux de Tachkent et de Samarcande. Ils utiliseront des technologies d’intelligence artificielle pour orienter les travailleurs migrants et leur communiquer les coordonnées des ambassades ouzbèkes ainsi que des représentants de l’Agence des migrations présents dans leur pays de destination.

Les victimes qui ne souhaitent pas résider en permanence dans un centre spécialisé pourront continuer à recevoir une assistance en fréquentant les centres « Inson » durant la journée. Lorsque les critères seront remplis, elles et leurs proches pourront être inscrits automatiquement au registre social, sans devoir accomplir de démarches administratives supplémentaires.

Les enfants au cœur de la réforme du soutien

La protection des mineurs constitue l’un des principaux axes du décret présidentiel. Les autorités privilégieront le retour des enfants victimes auprès de leur famille lorsque cette solution est jugée conforme à leur intérêt. En revanche, si les actes de traite ou d’exploitation ont été commis par des membres de leur entourage familial, l’enfant devra être confié sous vingt-quatre heures à une famille d’accueil professionnelle ou orienté vers un centre spécialisé de protection sociale.

Le texte prévoit également que les enfants pourront être admis dans des établissements spécialisés à leur demande ou sur celle de leurs représentants légaux. Les services sociaux devront accompagner simultanément l’enfant et sa famille lorsque cela est possible afin de favoriser une réinsertion durable.

Dans le même temps, le Centre républicain de réhabilitation et d’adaptation des femmes changera d’appellation pour devenir le Centre républicain de réhabilitation des femmes et des enfants. Ses antennes situées au Karakalpakstan ainsi que dans les régions de Kachkadaria, Samarcande et Ferghana bénéficieront de dix-sept postes supplémentaires d’éducateurs afin d’améliorer l’accueil des femmes accompagnées de leurs enfants.

Les victimes présumées pourront bénéficier des services de ces établissements pendant une durée maximale d’un mois, tandis que les victimes officiellement reconnues pourront y séjourner jusqu’à six mois. Elles disposeront d’un délai d’un an après l’obtention de leur statut pour solliciter cette prise en charge.

Par ailleurs, les frais de transport liés à l’arrivée dans un centre de réhabilitation puis au retour seront remboursés par le fonds « Sakhovat va Ko’mak ». Les personnes accueillies, ainsi que leurs enfants mineurs, seront également rattachés aux établissements de santé locaux afin de recevoir, si nécessaire, des soins ambulatoires ou hospitaliers.

Traite d’êtres humains : insertion professionnelle et durcissement de la réponse pénale

La réforme ne se limite pas à l’assistance sociale. Elle ambitionne également de favoriser une réinsertion économique durable. Les victimes hébergées dans les établissements spécialisés pourront suivre des formations professionnelles adaptées à leurs aspirations. Le coût de ces formations sera entièrement pris en charge par le Fonds d’État pour la promotion de l’emploi. Une fois leur certificat obtenu, le ministère de l’Emploi et de la Réduction de la pauvreté disposera de trois mois pour faciliter leur accès à un emploi.

Le décret améliore aussi la protection des victimes étrangères. Les ressortissants étrangers et les personnes apatrides reconnus victimes de la traite d’êtres humains pourront demeurer temporairement sur le territoire ouzbek durant toute leur période de réhabilitation, indépendamment de leur situation migratoire au moment de leur entrée dans le pays. Pendant cette période, aucune mesure d’expulsion ne devra être appliquée. Les frais liés à leur autorisation temporaire de séjour seront pris en charge par le Fonds national de protection sociale.

Enfin, le texte prévoit un renforcement sensible du volet répressif. Les autorités préparent la création d’une infraction pénale spécifique concernant la traite d’enfants, notamment lorsqu’elle conduit à leur exploitation sexuelle ou à leur implication dans la prostitution. Les enquêtes préliminaires sur ces infractions devraient être confiées aux organes du parquet. Les personnes condamnées pour traite impliquant des mineurs ne pourront plus bénéficier d’un transfert vers des colonies pénitentiaires à régime plus souple. En outre, les responsables des secteurs du tourisme ou de la migration de travail reconnus coupables d’infractions liées à la traite pourront se voir interdire d’exercer leurs activités professionnelles.

Cette réforme intervient alors que le ministère ouzbek de l’Intérieur a recensé 177 affaires liées à la traite d’êtres humains en 2025. Parmi elles, 92 concernaient l’exploitation sexuelle, les autres étant principalement liées au travail forcé ou au trafic de nourrissons.

Illustration www.magnific.com

Par Païsiy Ukhanov
Le 08/06/2026

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