Grâce à la taxation des services numériques étrangers, le Kazakhstan a pu encaisser l’équivalent de plus de 290 millions d’euros auprès des géants mondiaux du numérique. Apple, Google, Valve, OpenAI ou encore AliExpress figurent parmi les entreprises concernées par un dispositif fiscal que les autorités kazakhstanaises entendent désormais renforcer.
La « Taxe GAFAM » rapporte des centaines de millions d’euros au Kazakhstan
Le 18 juin 2026, au Kazakhstan, le Comité des revenus de l’État a dressé un nouveau bilan de la « taxe GAFAM » (ou « taxe Google », comme on l’appelle souvent au Kazakhstan), un mécanisme qui permet au pays de percevoir la TVA sur les services numériques vendus par des entreprises étrangères à des consommateurs locaux. Cette politique, mise en œuvre depuis le 1er janvier 2022, est devenue un levier majeur de collecte fiscale pour le Kazakhstan et concerne aujourd’hui une large partie des GAFAM ainsi que de nombreuses autres entreprises du secteur numérique.
Les plateformes numériques étrangères ont versé au total 171 milliards de tenges au budget national depuis l’entrée en vigueur du dispositif. Au taux de change actuel, cela représente environ 291 millions d’euros. Cette somme provient de la TVA collectée sur les services numériques proposés aux particuliers kazakhs. Les entreprises concernées comprennent notamment Apple, Google, Valve, Microsoft ainsi que plusieurs plateformes internationales spécialisées dans les jeux vidéo, le commerce en ligne ou les services numériques.
Le régime fiscal vise les sociétés étrangères qui vendent des biens ou proposent des services dématérialisés sans disposer nécessairement d’une présence physique sur le territoire du Kazakhstan. Les abonnements numériques, les applications mobiles, les plateformes de streaming, les jeux vidéo ou encore certains services d’intelligence artificielle entrent dans son champ d’application.
Les autorités fiscales indiquent que 125 entreprises étrangères sont désormais enregistrées auprès de l’administration fiscale kazakhstanaise au titre de cette TVA numérique. Ce chiffre illustre l’ampleur croissante du phénomène et la volonté du Kazakhstan de mieux encadrer les revenus générés par l’économie numérique mondiale sur son territoire.
OpenAI, Canva, Microsoft et Chess.com paient des impôts au Kazakhstan
L’élargissement du dispositif ne concerne plus uniquement les grands groupes technologiques américains. De nouveaux acteurs ont rejoint la liste des entreprises enregistrées. Parmi eux figurent OpenAI, l’éditeur de ChatGPT, Canva, Chess.com ou encore Microsoft Ireland. Cette diversification montre que la fiscalité numérique kazakhe touche désormais un écosystème beaucoup plus large que celui des seuls GAFAM.
Les services fiscaux kazakhstanais ont parallèlement intensifié leurs contrôles. Les administrations compétentes recoupent les données provenant des banques, des organismes de paiement et des déclarations fiscales afin d’identifier d’éventuels écarts entre les revenus réalisés et les montants effectivement déclarés.
Cette stratégie a déjà produit des résultats concrets. Plusieurs entreprises étrangères ont été invitées à régulariser leur situation après réception de notifications officielles. Des entreprises telles que ChatGPT et AliExpress ont procédé à des versements complémentaires à la suite d’interventions des autorités fiscales.
Contrôles fiscaux et recettes supplémentaires attendues
Les autorités kazakhstanaises estiment que les marges de progression restent importantes. L’administration fiscale espère récupérer jusqu’à 100 milliards de tenges supplémentaires de TVA, soit environ 170 millions d’euros. Cette estimation repose sur le renforcement des contrôles et sur l’amélioration des outils de détection des revenus réalisés par les plateformes étrangères auprès des consommateurs kazakhstanais.
L’un des dossiers prioritaires concerne les entreprises qui continuent d’opérer sur le marché local sans respecter pleinement leurs obligations fiscales. Pour y remédier, le gouvernement a adopté des mesures plus contraignantes.
Le Kazakhstan considère en effet que les plateformes numériques étrangères bénéficient d’un accès croissant au marché intérieur et doivent donc contribuer aux finances publiques au même titre que les entreprises locales. Cette approche s’inscrit dans une tendance observée dans de nombreux pays qui cherchent à adapter leur fiscalité à la mondialisation des services numériques.
Entreprise numérique : la menace du blocage des sites
L’une des évolutions les plus marquantes concerne les sanctions prévues contre les acteurs récalcitrants. Les autorités disposent désormais de la possibilité de faire bloquer certaines ressources internet étrangères en cas de non-respect persistant des obligations fiscales.
Cette mesure vise les plateformes qui ignoreraient les demandes d’enregistrement ou les notifications transmises par le Comité des recettes publiques. Les autorités estiment qu’un simple rappel à l’ordre n’est plus suffisant pour garantir l’égalité de traitement entre les entreprises opérant sur le marché kazakhstanais.
L’objectif affiché est double. D’une part, augmenter le niveau de conformité fiscale des plateformes internationales. D’autre part, protéger les recettes publiques dans un contexte où les services numériques occupent une place de plus en plus importante dans l’économie.
Quatre ans après l’introduction de la « taxe GAFAM », le Kazakhstan apparaît ainsi comme l’un des pays d’Asie centrale les plus actifs dans la taxation de l’économie numérique. Les 171 milliards de tenges déjà encaissés démontrent l’importance prise par cette politique fiscale, tandis que les autorités continuent de traquer les revenus non déclarés afin d’accroître encore les recettes provenant des géants mondiaux du numérique.
