Le Kazakhstan vient d’accueillir un nouveau grand nom de l’intelligence artificielle parmi ses citoyens. Alexandre Mashrabov, cofondateur et directeur général de Higgsfield, a obtenu la nationalité kazakhstanaise sur décision du président Kassym-Jomart Tokaïev. Derrière cette naturalisation se dessine le parcours d’un entrepreneur passé de Yandex à la Silicon Valley, avant de bâtir, avec des ingénieurs kazakhstanais, l’une des entreprises les plus prometteuses de l’IA générative.
Alexandre Mashrabov devient citoyen du Kazakhstan : le parcours du cofondateur de Higgsfield
Le 6 novembre 2026, Zhaslan Madiev, vice-Premier ministre et ministre kazakh de l’Intelligence artificielle et du Développement numérique, a annoncé qu’Alexandre Mashrabov était officiellement devenu citoyen du Kazakhstan. Le responsable gouvernemental a personnellement remis son passeport au dirigeant de Higgsfield. Le décret de naturalisation avait été signé le 30 octobre par le président Kassym-Jomart Tokaïev.
Cette décision intervient alors que Higgsfield connaît une expansion spectaculaire sur le marché international de la création audiovisuelle par intelligence artificielle. La société, fondée en 2023 avec notamment l’ingénieur kazakhstanais Erzat Doulat, possède un important centre de développement à Almaty. Son essor constitue désormais une référence pour les autorités kazakhstanaises, déterminées à faire du pays un acteur majeur de l’économie numérique.
Alexandre Mashrabov reçoit la nationalité du Kazakhstan
« Le Kazakhstan compte un milliardaire de plus ! », s’est réjoui Zhaslan Madiev dans une publication Facebook diffusée le 6 novembre 2026. Le ministre a accompagné son annonce d’une photo le montrant aux côtés d’Alexandre Mashrabov (qu’il appelle Alex), récemment naturalisé. Le ministre a précisé que le chef de l’État avait signé le décret de naturalisation le 30 octobre 2026. Il a également salué le rôle joué par Higgsfield dans le développement de l’industrie nationale de l’intelligence artificielle, présentant cette réussite comme un exemple pour les jeunes entrepreneurs du pays.
Pour Alexandre Mashrabov, l’obtention de ce passeport marque un changement personnel important. Jusqu’alors ressortissant russe, le dirigeant a engagé les démarches nécessaires pour renoncer à sa précédente nationalité. En effet, qu’Alexandre Mashrabov veuille conserver sa nationalité russe ou non, le Kazakhstan ne reconnaît pas la double nationalité.
Cette nouvelle citoyenneté correspond aussi à un attachement professionnel devenu progressivement personnel. Dans une déclaration transmise à Forbes Kazakhstan, le patron de Higgsfield a souligné l’importance du pays dans la construction de son entreprise, évoquant le niveau des ingénieurs, les compétences créatives disponibles et l’accompagnement d’Astana Hub. « Pour moi, c’est une immense fierté de pouvoir officiellement appeler ce pays mon foyer et de faire partie du Kazakhstan », a déclaré Alexandre Mashrabov.
L’entrepreneur a également remercié Kassym-Jomart Tokaïev pour sa confiance. Il a rappelé avoir pris, dès la création de Higgsfield, la décision de développer une partie essentielle de ses activités au Kazakhstan. Ce choix a contribué à ancrer durablement la société dans l’écosystème technologique national, malgré son orientation internationale.
Alexandre Mashrabov, de Tcheliabinsk à Higgsfield
Bien avant la création de Higgsfield, Alexandre Mashrabov s’était déjà construit une solide réputation dans le monde de la programmation et de l’intelligence artificielle. Il a grandi à Tcheliabinsk, en Russie, où il a étudié dans un lycée spécialisé en physique et en mathématiques. Son environnement scolaire lui a permis de développer très tôt ses compétences en informatique.
Selon les éléments biographiques rapportés par Forbes Kazakhstan, il commence à programmer dès l’âge de neuf ans. À dix-neuf ans, il figure déjà parmi les meilleurs participants aux compétitions internationales de programmation. Son parcours le conduit ensuite à Moscou, où il poursuit ses études à l’Institut de physique et de technologie de Moscou, établissement réputé pour sa formation scientifique.
C’est pendant cette période qu’il fait ses premiers pas dans l’industrie technologique. Alexandre Mashrabov rejoint Yandex, l’un des principaux groupes numériques russes, et travaille sur les technologies liées au moteur de recherche. Il se spécialise notamment dans l’apprentissage automatique, un domaine qui deviendra central dans ses projets entrepreneuriaux.
En 2018, il se lance dans l’aventure des jeunes entreprises technologiques avec Grigori Tkatchenko, un ami de longue date. Ensemble, ils créent AI Factory, une société consacrée à la vision par ordinateur et à l’animation de visages sur les photographies et les vidéos. Leur technologie permet de transformer des images statiques en séquences animées, ouvrant de nouvelles possibilités pour les applications de communication et de divertissement. Le projet attire rapidement l’attention de Snap, la société américaine propriétaire de Snapchat. L’opération de rachat, généralement datée de janvier 2020, est évaluée à environ 149 millions d’euros. Les développements d’AI Factory contribuent ensuite aux fonctionnalités de transformation faciale et de création de personnages animés proposées par Snapchat.
À la suite de cette acquisition, Alexandre Mashrabov s’installe aux États-Unis et poursuit sa carrière au sein de Snap. Il participe à l’intégration de technologies d’intelligence artificielle dans les produits du groupe, avant de prendre la direction des activités consacrées à l’IA générative. En 2020, son parcours lui vaut également une reconnaissance dans la sélection des moins de trente ans de Forbes Russie, dans la catégorie sciences et technologies.
Mais l’expérience américaine ne met pas fin à ses ambitions entrepreneuriales. Au contraire, elle prépare un nouveau projet : créer une plateforme capable de rendre les technologies de génération vidéo accessibles aux professionnels de la création. C’est dans ce contexte qu’il retrouve Erzat Doulat, un ingénieur kazakhstanais spécialisé dans l’apprentissage automatique, qu’il connaissait depuis les compétitions scientifiques internationales de leur jeunesse. En 2023, les deux hommes participent à la création de Higgsfield. Alexandre Mashrabov en prend la direction générale et développe ses activités entre les États-Unis et le Kazakhstan.
Higgsfield, une licorne de l’IA aux racines kazakhstanaises
Higgsfield se positionne sur l’un des segments les plus concurrentiels de l’intelligence artificielle : la génération et la modification de contenus visuels. Sa plateforme permet de produire des vidéos à partir d’instructions écrites, de transformer des photographies en séquences animées, de créer des personnages numériques ou encore de concevoir des scènes publicitaires.
L’offre vise plusieurs catégories de clients, notamment les agences de communication, les studios de production, les créateurs de contenus et les marques. La société combine ses propres technologies avec d’autres modèles d’intelligence artificielle afin de proposer une chaîne de production audiovisuelle intégrée. Son objectif est de simplifier des opérations qui mobilisaient auparavant des outils spécialisés et des équipes de production importantes.
Si Higgsfield développe ses activités sur les marchés internationaux, une partie déterminante de sa recherche et de son ingénierie demeure implantée au Kazakhstan. Plusieurs centaines de collaborateurs travaillent au sein de son équipe technique basée à Almaty. Le groupe dispose de structures juridiques au Centre financier international d’Astana et dans l’État américain du Delaware. Cette organisation a contribué à faire de Higgsfield une référence parmi les jeunes entreprises technologiques kazakhstanaises. Dès 2025, elle devient la première licorne nationale spécialisée dans l’intelligence artificielle. Sa valorisation franchit alors un seuil équivalant à environ 896 millions d’euros.
L’accélération se poursuit au début de l’année suivante. En janvier 2026, Higgsfield lève environ 71,7 millions d’euros et dépasse une valorisation de 1,16 milliard d’euros. Quelques mois plus tard, une nouvelle opération financière change considérablement la dimension de l’entreprise. En août 2026, Higgsfield réalise un tour de financement d’environ 358 millions d’euros, pour une valorisation atteignant près de 4,84 milliards d’euros.
Parmi les investisseurs cités figurent Intel, Goldman Sachs, DST Global et Liberty Global. Plus récemment, à la fin du mois d’octobre, NVIDIA et le fonds TCV ont également rejoint le capital de Higgsfield. Le montant de leur participation complémentaire n’a pas été rendu public.
La croissance commerciale accompagne cette progression financière. En août 2026, le chiffre d’affaires annuel de la société atteignait environ 627 millions d’euros, contre près de 17,9 millions d’euros un an auparavant. Ces chiffres illustrent l’essor rapide de la plateforme, même s’ils ne doivent pas être confondus avec des comptes annuels audités.
L’audience revendiquée est tout aussi importante. « Vous avez créé un produit d’exportation recherché sur le marché mondial, utilisé par plus de 40 millions d’utilisateurs. C’est une grande réussite », a déclaré Zhaslan Madiev à l’équipe de Higgsfield.
La valorisation de Higgsfield a également alimenté les estimations concernant la fortune d’Alexandre Mashrabov : il détiendrait entre 20% et 30% du capital de Higgsfield.
Le Kazakhstan veut attirer les talents mondiaux
La naturalisation d’Alexandre Mashrabov s’inscrit dans les ambitions du Kazakhstan en matière de développement technologique. Depuis plusieurs années, le pays cherche à renforcer son attractivité auprès des ingénieurs, des entrepreneurs et des entreprises capables de développer des solutions numériques destinées aux marchés internationaux. L’intelligence artificielle occupe une place importante dans cette orientation. Pour les autorités, l’enjeu ne consiste pas seulement à attirer des investissements étrangers, mais aussi à favoriser la conception de produits technologiques au Kazakhstan, en s’appuyant sur des compétences locales et des partenariats internationaux.
« Nous voulons que les personnes qui créent les technologies de demain associent leurs projets au Kazakhstan et trouvent ici les moyens de concrétiser leurs idées », a expliqué Zhaslan Madiev. Le ministre a rappelé que le président Kassym-Jomart Tokaïev accordait une attention particulière au développement de l’intelligence artificielle et au soutien des talents. À ses yeux, la trajectoire de Higgsfield démontre que des ingénieurs travaillant au Kazakhstan peuvent contribuer à bâtir des entreprises capables de rivaliser sur les marchés mondiaux.
Cette politique d’attractivité a déjà concerné d’autres entrepreneurs du secteur numérique. En décembre 2023, un autre ressortissant russe, Arsen Tomski, fondateur de la plateforme internationale de mobilité inDrive, avait lui aussi obtenu la nationalité kazakhestanaise. Le parcours de ces dirigeants met en évidence l’intérêt des autorités pour les fondateurs d’entreprises technologiques disposant d’une présence internationale.
Dans le cas de Higgsfield, la relation avec le Kazakhstan repose également sur une implantation industrielle et humaine. L’équipe d’Almaty participe au développement des technologies de la plateforme, tandis que l’entreprise commercialise ses solutions à l’étranger. Cette articulation entre recherche locale et clientèle mondiale constitue précisément le modèle économique que les responsables kazakhstanais souhaitent encourager.
