Kirghizstan : les boissons énergisantes bientôt interdites
Kirghizstan : les boissons énergisantes bientôt interdites

Le Kirghizstan pourrait tourner le dos aux boissons énergisantes. Invoquant la santé publique, le président Sadyr Japarov veut examiner l’arrêt de leur fabrication et de leur importation. Une perspective lourde d’enjeux économiques

Au Kirghizstan, les boissons énergisantes dans le viseur

Le 5 novembre 2026, Sadyr Japarov a chargé le gouvernement d’étudier une interdiction nationale de la production et de l’importation des boissons énergisantes. Le cabinet dispose d’un mois pour examiner cette option et de six mois pour engager les mesures réglementaires nécessaires. L’annonce, diffusée par le président dans une adresse aux citoyens, intervient après des sollicitations de particuliers et des interventions de députés du Jogorku Kenech, le parlement kirghiz. Le chef de l’État présente ce dossier comme un enjeu de santé publique.

Sadyr Japarov affirme avoir demandé à son administration une analyse préalable du secteur. Dans son argumentaire, il s’appuie sur les mises en garde de cardiologues, d’urologues et d’endocrinologues contre une consommation excessive. Il redoute également qu’un usage régulier devienne une habitude difficile à interrompre. Les autorités ne présentent cependant pas de nouvelle étude établissant que chaque maladie évoquée serait directement causée par ces produits.

Le président cite notamment les infarctus, le diabète et les maladies rénales, dont les traitements pèsent sur les ressources hospitalières. Il estime préférable d’agir en amont plutôt que de consacrer davantage de moyens aux soins, notamment à la dialyse. Le ministre de la Santé, Damir Osmonov, soutient l’initiative et promet des textes sous six mois.

Sadyr Japarov face à une consommation massive

Les volumes avancés par la présidence donnent la mesure de l’enjeu. En 2025, la consommation intérieure a atteint 54,199 millions de litres, soit approximativement 129 millions de canettes, selon les chiffres présidentiels reproduits par Kabar. Pour un pays comptant plus de 7,4 millions d’habitants au début de 2026, selon Azattyq Asia, le marché occupe une place notable dans les habitudes de consommation.

Durant le seul premier semestre 2026, les Kirghiz ont consommé 36,083 millions de litres, équivalant à environ 85,9 millions de canettes. En six mois, le volume représente déjà près des deux tiers de celui enregistré pendant toute l’année précédente. Cette comparaison ne permet pas de prédire le bilan annuel.

L’approvisionnement repose autant sur les usines nationales que sur les frontières. En 2025, le Kirghizstan a produit 25,263 millions de litres, importé 28,430 millions de litres depuis l’Union économique eurasiatique et 1,239 million de litres depuis d’autres pays. Les importations dépassaient donc déjà la fabrication locale. Si le projet aboutit, il toucherait simultanément les producteurs établis dans le pays et les circuits commerciaux régionaux.

Boissons énergisantes : le coût du projet au Kirghizstan

La dimension budgétaire est assumée par le pouvoir. Une interdiction pourrait priver l’État d’environ 15,4 millions d’euros de recettes fiscales directes et indirectes. Ce montant constitue une projection, et non une perte déjà constatée. Il ne précise pas, à lui seul, quels emplois ou investissements seraient concernés.

Le secteur a rapporté environ 11,3 millions d’euros de prélèvements fiscaux et douaniers en 2025, puis quelque 10,2 millions d’euros durant les six premiers mois de 2026. Ces montants expliquent la portée du choix politique. Ils ne constituent toutefois ni un calcul des dépenses médicales attribuables aux boissons, ni une évaluation complète des effets économiques d’une interdiction.

« La santé de la nation, des citoyens et des générations futures ne doit pas se mesurer en argent », a déclaré Sadyr Japarov. « Pour préserver la santé de toute la population, nous devons renoncer à 1,5 milliard de soms (15,4 millions d’euros) et prendre des mesures décisives », a-t-il ajouté. Le choix politique est explicite : la prévention prime sur les recettes.

Sadyr Japarov et le parlement, deux voies réglementaires

Dès le 6 novembre 2026, le député Erulan Kokulov a soumis à consultation publique un texte distinct interdisant la vente de boissons énergisantes aux moins de 18 ans. Celui-ci viserait les magasins, restaurants, plateformes numériques et services de livraison. Les vendeurs et livreurs devraient vérifier l’âge des clients ; les distributeurs automatiques seraient également concernés. Le projet ne se confond pas avec l’interdiction de production et d’importation souhaitée par la présidence.

Les sanctions proposées iraient d’environ 103 euros pour un premier manquement commis par un particulier à 564 euros pour une récidive d’entreprise. Le texte prévoit aussi des avertissements ou des amendes en cas d’absence d’information sur l’interdiction. Il reste soumis à débat : ces pénalités ne sont pas des sanctions actuellement applicables.

Le pays a déjà commencé à encadrer ce marché. La publicité pour les boissons énergisantes est interdite depuis juillet 2023 ; un projet de prohibition plus vaste avait également progressé au Parlement cette année-là, sans devenir une interdiction générale. En octobre 2026, une commission parlementaire temporaire a été créée pour examiner l’accès des jeunes à ces produits.

Sadyr Japarov évoque aussi la Pologne, où la vente aux moins de 18 ans est interdite depuis 2024, et le Kazakhstan, qui interdit depuis le 1er janvier 2025 la vente aux moins de 21 ans. La démarche kirghize envisagée irait plus loin sur la production et les importations. Le gouvernement doit encore définir les modalités d’application.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 11/07/2026

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