L’Asie centrale et la Chine mutualisent leurs systèmes de paiement par QR code
L’Asie centrale et la Chine mutualisent leurs systèmes de paiement par QR code

Du Kazakhstan au Kirghizstan, en passant par l’Ouzbékistan et la Chine, le paiement par QR code change d’échelle en Asie centrale. Les autorités monétaires et les opérateurs de paiement ne cherchent plus seulement à numériser les règlements nationaux : ils veulent rendre leurs réseaux interopérables afin qu’un voyageur puisse payer à l’étranger depuis son application bancaire habituelle. Plusieurs briques fonctionnent déjà, mais la construction d’un véritable espace régional de paiements reste progressive.

QR code : les paiements transfrontaliers accélèrent en Asie centrale

Le mouvement s’est nettement accéléré en septembre 2026. Le 15 septembre 2026, la Banque nationale du Kazakhstan a indiqué travailler à l’intégration de son infrastructure avec 11 pays, dont la Chine, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, l’Inde et les Émirats arabes unis. Chaque partenaire dispose toutefois de sa propre feuille de route et le calendrier varie sensiblement d’un marché à l’autre.

Cette annonce prolonge les accords dévoilés quelques jours plus tôt au Central Asia Fintech Summit d’Almaty. Elle marque surtout une nouvelle étape : après avoir construit des systèmes nationaux très utilisés, plusieurs pays d’Asie centrale cherchent désormais à faire communiquer leurs QR entre eux et avec les grands réseaux asiatiques.

Le QR code place le Kazakhstan et la Chine en première ligne

Le Kazakhstan apparaît comme l’un des principaux moteurs de cette évolution. « Nous travaillons avec 11 pays sur les paiements transfrontaliers », a déclaré le vice-gouverneur de la Banque nationale, Binur Zhalenov. L’objectif est simple pour l’utilisateur : ouvrir l’application de sa banque, scanner le QR code présenté par le commerçant étranger et effectuer le règlement sans télécharger un portefeuille local supplémentaire. Le système doit également fonctionner dans l’autre sens, pour les visiteurs étrangers au Kazakhstan.

Le calendrier chinois a toutefois été précisé au fil des annonces. Binur Zhalenov évoque une mise en fonctionnement pratique du dispositif avec la Chine avant la fin de 2026. La phase de tests et de pilotes devait commencer avant fin 2026. Et si elle est concluante, les Kazakhstanais pourraient utiliser le QR de leur application bancaire en Chine en 2027, a-t-il expliqué lors d’un point presse gouvernemental. Il ne s’agit donc pas encore d’un lancement généralisé garanti avant le 31 décembre.

Cette priorité accordée à la Chine repose sur des infrastructures déjà largement numérisées. Dès le 18 juin 2026, UnionPay International et la National Payment Corporation of Kazakhstan avaient signé un accord d’interconnexion des QR selon une logique de réseau à réseau. L’opérateur chinois indiquait alors que son réseau QR hors de Chine dépassait 46 millions de commerçants et que ses services mobiles couvraient plus de 100 pays et territoires. Pour Astana, le raccordement ne consiste donc pas à inventer un nouveau geste de paiement, mais à connecter son propre système à des réseaux internationaux déjà massifs.

Surtout, le Kazakhstan dispose désormais d’une base nationale suffisamment large pour tenter cette internationalisation. Depuis le lancement du système interbancaire de paiements mobiles le 19 juillet 2026, plus de 20 millions de transactions avaient été réalisées par virements téléphoniques et QR unifié, annonçait récemment la Banque nationale du Kazakhstan. Leur montant atteignait l’équivalent de 784 millions d’euros. Dans le même temps, plus de 90% des paiements de détail étaient déjà effectués sans espèces dans le pays.

Kazakhstan-Kirghizstan : des paiements déjà partiellement interconnectés

Le cas du Kirghizstan illustre une situation différente. L’intégration totale souhaitée par la Banque nationale kazakhstanaise n’est pas encore réalisée, mais plusieurs passerelles existent déjà. Certains utilisateurs kazakhstanais et kirghiz peuvent effectuer des règlements entre les deux pays par l’intermédiaire de services bancaires et de QR existants. Le projet désormais porté par Astana vise plus loin : faire en sorte que cette interopérabilité ne dépende plus seulement d’accords entre quelques acteurs privés mais s’appuie davantage sur les infrastructures nationales.

Le Kirghizstan possède de son côté une avance concrète dans l’ouverture internationale de son QR. Au 1er juillet 2026, ELQR, associé à l’application Elkart Mobile et à Alipay+, permettait des paiements dans plus de 60 pays. La Chine, le Kazakhstan et les Émirats arabes unis figuraient notamment parmi les marchés accessibles, selon le même média. Le client conserve son application habituelle et le débit est effectué depuis son compte lié à Elkart.

Cette situation montre qu’il existe au moins deux modèles d’expansion en parallèle. Le premier consiste à brancher une application ou un réseau national sur une grande passerelle internationale, comme Alipay+. Le second, privilégié dans plusieurs accords récents du Kazakhstan, cherche à raccorder directement des infrastructures nationales entre elles. Les deux approches peuvent se compléter : l’une offre rapidement une couverture mondiale, l’autre peut renforcer la maîtrise locale des flux, des règles techniques et de l’acceptation chez les commerçants.

C’est précisément cette deuxième logique que souhaite approfondir Astana avec Bichkek. Le futur dispositif doit rendre les règlements accessibles plus largement depuis les applications bancaires, alors que les solutions existantes restent liées à des services et partenariats particuliers. Pour les voyageurs et les commerçants des deux pays, la différence paraît technique ; elle est pourtant structurante, car elle détermine le nombre de banques, de comptes et de points de vente réellement compatibles.

Le QR code relie aussi le Kazakhstan à l’Ouzbékistan

L’Ouzbékistan constitue aujourd’hui le dossier régional le plus formalisé. Le 11 septembre 2026, la National Payment Corporation of Kazakhstan et l’opérateur ouzbek HUMO ont signé à Almaty un mémorandum prévoyant l’acquisition réciproque des QR nationaux, selon Kazinform. Le schéma envisagé doit permettre aux Ouzbékistanais de payer au Kazakhstan sur l’infrastructure nationale kazakhstanaise et aux Kazakhstanais d’utiliser le système UzQR en Ouzbékistan.

« Ce mémorandum est une première étape vers l’étude pratique de ces solutions », a déclaré Zhanar Samaeva, présidente de la National Payment Corporation. Le projet ne porte d’ailleurs pas uniquement sur les achats chez les commerçants : les deux parties veulent également développer les transferts entre utilisateurs, directement à partir des applications mobiles des banques des deux pays.

La taille du marché ouzbek donne une autre dimension à cette interconnexion. HUMO avait émis plus de 45,1 millions de cartes et disposait de plus de 180.000 terminaux ainsi que de plus de 7.300 distributeurs automatiques. « Pour HUMO, ce projet constitue une étape importante dans le développement des solutions de paiement transfrontalières », a déclaré son président, Alexander Sotnikov.

À terme, ces connexions pourraient faire émerger en Asie centrale une mosaïque de réseaux compatibles plutôt qu’un système régional unique. Le Kazakhstan apporte son QR interbancaire, l’Ouzbékistan son infrastructure nationale et le Kirghizstan son dispositif ELQR, tandis que des acteurs internationaux comme UnionPay et Alipay+ servent déjà de pont vers la Chine et d’autres marchés. L’interopérabilité devient ainsi le véritable enjeu, davantage que le QR code lui-même.

Des paiements régionaux encore freinés par les calendriers et les frais

L’expansion annoncée reste néanmoins loin d’être uniforme. Pour la Chine, les pilotes sont prévus avant la fin de 2026. Pour certains autres partenaires, l’intégration pourrait aboutir en 2027, tandis que certains dossiers pourraient nécessiter jusqu’à deux ans, a précisé Binur Zhalenov. L’Inde et les Émirats arabes unis font partie des pays cités, mais aucun calendrier aussi précis que celui du dossier chinois n’a encore été rendu public.

Les délais ne dépendent pas uniquement de la technologie. Le régulateur kazakhstanais souligne que chaque pays possède ses propres systèmes, règles, acteurs bancaires et contraintes d’intégration. Les accords doivent régler l’acceptation réciproque des codes, la circulation des données, la conversion des monnaies, le traitement des transactions et la sécurité. Cette complexité explique que la Banque nationale préfère désormais parler de feuilles de route distinctes plutôt que d’une date unique pour l’ensemble des partenaires.

La tarification constitue une autre question ouverte. Les commissions des futurs paiements transfrontaliers ne seront pas directement fixées par la Banque nationale du Kazakhstan : elles resteront du ressort des banques qui fournissent le service. Autrement dit, l’interopérabilité technique ne garantit pas nécessairement un coût identique d’un établissement à l’autre. Ce point pourrait devenir déterminant pour l’adoption réelle du système, notamment face aux cartes internationales et aux portefeuilles mobiles déjà utilisés par les voyageurs.

Le mouvement engagé reste néanmoins significatif par son ampleur géographique. À l’intérieur de l’Asie centrale, Kazakhstan, Kirghizstan et Ouzbékistan disposent désormais de réseaux QR suffisamment développés pour envisager des connexions transfrontalières plus systématiques. À l’extérieur, la Chine sert de premier grand terrain d’intégration, tandis que l’Inde et les Émirats figurent déjà dans les feuilles de route kazakhstanaises. Le prochain enjeu sera donc moins de convaincre les consommateurs de scanner un QR code que de faire en sorte que, d’Almaty à Bichkek, Tachkent ou une ville chinoise, leurs applications bancaires reconnaissent le même geste.

Par Rodion Zolkin
Le 09/18/2026

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