Le Kazakhstan vient d’inscrire deux silhouettes familières de la Grande Steppe dans son calendrier national. Depuis le 3 septembre 2026, le tazy, lévrier façonné par la chasse, et le tobet, puissant gardien des troupeaux, disposent de leur propre Journée. Derrière cette célébration se joue cependant une entreprise bien plus ambitieuse : identifier, préserver et faire reconnaître deux races intimement liées à l’histoire pastorale kazakhe.
Le tazy bénéficie depuos deux ans d’une reconnaissance internationale préliminaire
Pour la première fois, le Kazakhstan a célébré le 3 septembre 2026 la Journée du tazy et du tobet. Le choix de cette date n’a rien d’anecdotique. Deux ans auparavant, le 3 septembre 2024, la Fédération cynologique internationale avait accordé au tazy une reconnaissance préliminaire, fixé son standard international sous le numéro 372 et reconnu le Kazakhstan comme pays d’origine de la race, selon le ministère kazakh de l’Écologie et des Ressources naturelles.
La fête officielle met ainsi sur le même plan symbolique deux chiens aux fonctions pourtant très différentes. Le tazy appartient au monde de la chasse et de la poursuite. Le tobet, lui, est historiquement associé à la protection des troupeaux, des campements et des exploitations. À travers eux, le Kazakhstan ne célèbre donc pas seulement deux races canines : il remet en avant deux fonctions essentielles de l’ancien mode de vie nomade et pastoral.
Au Kazakhstan, une Journée pour le tazy et le tobet
Le tazy occupe une place à part dans l’imaginaire national. La tradition kazakhe le rattache aux « sept trésors », ensemble de biens et de compagnons considérés comme essentiels à l’existence. Pendant des générations, ce lévrier a accompagné les chasseurs dans les espaces ouverts de la steppe. Sa sélection ne s’est donc pas limitée à l’apparence : vitesse, endurance, aptitude à repérer le gibier et autonomie au travail restent au cœur de la valeur que lui accordent les éleveurs.
Le tobet répond à une autre nécessité. Massif et protecteur, il n’a pas vocation à poursuivre le gibier sur de longues distances. Son rôle traditionnel consiste à défendre les troupeaux et les lieux de vie contre les menaces extérieures, notamment les prédateurs. Cette différence fonctionnelle est fondamentale : l’un travaille avec le chasseur, l’autre veille sur le bétail et le campement.
La première Journée officielle n’est d’ailleurs pas restée purement symbolique. À Astana, des tazys ont été présentés au public rue Arbat. Au ministère de l’Écologie et des Ressources naturelles, 20 professionnels, éleveurs et acteurs de la cynologie ont également reçu des distinctions pour leur contribution à la sauvegarde et au développement des races nationales.
Le tazy du Kazakhstan, de la steppe aux salons internationaux
Le dossier du tazy est aujourd’hui beaucoup plus avancé que celui du tobet. Cette accélération s’est construite par étapes. En 2022, le président Kassym-Jomart Tokaïev a demandé de renforcer les mesures de conservation et de promotion internationale de la race. Dès 2023, le pays s’est doté d’une base législative couvrant notamment les standards, les certificats d’origine, la recherche scientifique et le travail d’élevage.
La même année, le 22 août 2023, l’Union cynologique du Kazakhstan est devenue membre à part entière de la Fédération cynologique internationale. L’adhésion a été approuvée par 72 des 77 États participant au vote, précise la source gouvernementale. Cette étape a permis au Kazakhstan de présenter officiellement le tazy à la procédure internationale de reconnaissance. En mai 2024, 100 chiens d’âges, de robes et de lignées différentes ont ainsi été examinés à Astana par des spécialistes internationaux.

© Союз Кинологов Казахстана
Le résultat est arrivé le 3 septembre 2024 suivant avec la reconnaissance préliminaire. Mais le terme est essentiel : le processus n’est pas terminé. Baurzhan Serikkali, président de l’Union cynologique du Kazakhstan, explique à Kazinform qu’une période de dix ans doit permettre de démontrer la santé, la stabilité fonctionnelle et l’intérêt cynologique international du tazy. Autrement dit, obtenir un numéro de standard ne suffit pas ; la race doit rester cohérente au fil des générations et conserver ses qualités naturelles.
Cette stratégie passe aussi par la recherche. Des travaux impliquant notamment des instituts de génétique et de zoologie ont abouti à la constitution d’une banque ADN et de passeports génétiques. Le but est de documenter les lignées, de limiter les croisements susceptibles d’altérer la race et de mieux comprendre les caractéristiques liées à l’endurance, aux capacités cognitives ou au travail. Le ministre de l’Écologie Erlan Nyssanbaïev résume l’enjeu en ces termes : « Notre tâche est de préserver les caractéristiques de la race ».
Le registre national compte désormais environ 4.000 tazys, d’après le ministère et l’Union cynologique. Ce chiffre reste toutefois inférieur à la population réelle, car une partie des chiens vivant dans des villages ou des territoires éloignés n’est pas encore intégrée au système centralisé. Les équipes poursuivent donc les inspections régionales et la collecte des données généalogiques.
Parallèlement, le tazy devient une vitrine du Kazakhstan à l’étranger. En 2025, la race a fait l’objet d’une présentation officielle lors de l’Exposition canine mondiale organisée à Helsinki. En juin 2026, le Kazakhstan a envoyé 12 tazys à l’édition de Bologne. Quelques semaines auparavant, plus de 60 représentants de la race avaient été réunis lors d’une grande exposition à Astana. Le porte-parole présidentiel Aïbek Smadiyarov soulignait alors que « nos tazys se distinguent dans les grandes expositions internationales ».
Le tobet, gardien du Kazakhstan encore difficile à recenser
Pour le tobet, la situation est plus complexe. Sa fonction historique est bien identifiée : protéger les troupeaux, les campements et les propriétés. Les qualités recherchées ne sont donc pas celles d’un lévrier. Force, résistance, courage et instinct de garde constituent le cœur de son profil traditionnel, selon les sources kazakhes consacrées à la première Journée nationale.
En revanche, établir avec précision combien de tobets répondent aujourd’hui au type recherché reste difficile. Kazinform rapporte que l’Union cynologique juge prématuré de publier un nombre officiel tant que le phénotype contemporain n’a pas été suffisamment défini. Des expéditions menées en 2026 et 2027 dans les régions doivent précisément examiner les chiens traditionnellement utilisés auprès des troupeaux, effectuer des mesures et documenter d’éventuels croisements.
Ce travail de terrain a une conséquence importante. Un chien ressemblant au tobet ou travaillant comme chien de troupeau n’est pas automatiquement considéré comme un représentant enregistré de la race. Les spécialistes veulent d’abord établir des critères reproductibles, sélectionner les animaux qui y correspondent, puis constituer un suivi généalogique centralisé. C’est une démarche plus lente que la simple proclamation patrimoniale, mais elle conditionne la crédibilité future d’un programme d’élevage.
La génétique apporte également des éléments nouveaux. Les travaux scientifiques décrivent le tobet comme distinct de plus de 140 races canines mondiales étudiées et évoquent une formation à la rencontre de lignées arctiques et est-asiatiques. Ces résultats doivent aider les chercheurs à caractériser la population tout en évitant que la sélection moderne n’efface les particularités héritées de son adaptation au pastoralisme de la steppe.
Une Journée au Kazakhstan au service d’un patrimoine vivant
La reconnaissance officielle intervient donc au moment où le Kazakhstan transforme progressivement un héritage culturel en politique publique. Un plan gouvernemental adopté le 20 février 2026 couvre la période 2026-2036. Il prévoit des actions concernant la reproduction, le suivi généalogique, la formation de spécialistes ainsi que la poursuite des travaux scientifiques et cynologiques.
À cette architecture s’ajoute le futur Centre national des races canines du Kazakhstan, en construction dans la région de Jetyssou. L’établissement doit accueillir des chiens de race, gérer un livre généalogique unifié et les certificats d’origine, former des experts et organiser des examens, des compétitions et des expositions. Il doit ainsi servir de point de jonction entre la tradition des éleveurs, la recherche scientifique et les exigences de la cynologie moderne.
Cette politique impose aussi de préserver les aptitudes pour lesquelles ces chiens ont été sélectionnés. Chez le tazy, les éleveurs insistent sur le mouvement, l’entraînement et l’expression de l’instinct de chasse. Pour le tobet, l’enjeu parallèle consiste à identifier des chiens qui conservent les qualités de garde et de résistance liées au travail pastoral. La première Journée du tazy et du tobet intervient ainsi au moment précis où le Kazakhstan tente de faire passer ses deux races nationales du statut de mémoire vivante à celui de patrimoine documenté, suivi et transmissible.
