La Corée du Sud ouvre une nouvelle porte aux travailleurs du Kazakhstan. Le pays vient d’être admis dans l’Employment Permit System, ou EPS, le dispositif public qui organise l’embauche de main-d’œuvre étrangère sous visa E-9. Mais l’annonce du 14 août 2026 ne signifie pas que les départs peuvent commencer immédiatement : les premiers recrutements sont attendus en 2028, après la mise en place d’un mécanisme de sélection strictement encadré par les deux États.
Corée du Sud : ce que change l’entrée du Kazakhstan dans l’EPS
Le 14 août 2026 marque ainsi une étape importante dans les relations de travail entre le Kazakhstan et la Corée du Sud. Le 49e Comité sud-coréen de politique de la main-d’œuvre étrangère a validé l’ajout du Kazakhstan aux pays d’envoi de travailleurs dans le cadre de l’EPS, selon le ministère sud-coréen de l’Emploi et du Travail. Le Kazakhstan devient le 18e pays admis dans ce mécanisme, après les 17 États déjà partenaires de Séoul.
Pour Astana, cette décision concrétise un chantier engagé en 2023, selon le ministère kazakhstanais du Travail et de la Protection sociale. Pour les candidats, en revanche, elle ne constitue pas encore une autorisation de départ. La Corée du Sud et le Kazakhstan doivent désormais transformer cette admission politique en un circuit opérationnel de recrutement, de sélection, de formation et de contrôle.
L’intégration du Kazakhstan à l’EPS crée avant tout un canal officiel de migration professionnelle. Jusqu’ici, les Kazakhstanais ne disposaient pas, en tant que ressortissants d’un pays d’envoi reconnu, de cet accès organisé au visa de travail E-9. Désormais, leur pays rejoint notamment l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Avec le Kazakhstan, quatre États d’Asie centrale sont donc représentés dans le système, selon le ministère sud-coréen de l’Emploi et du Travail.
L’intérêt de cette reconnaissance tient au fonctionnement même de l’EPS. La Corée du Sud ne présente pas ce mécanisme comme un marché du recrutement classique. Les pays partenaires concluent un mémorandum avec Séoul et l’organisation de l’envoi doit être assurée par des structures publiques, sans intervention de recruteurs privés dans le processus officiel. Le ministère sud-coréen décrit le dispositif comme un moyen d’introduire de manière transparente des travailleurs étrangers titulaires du visa E-9.
Pour Séoul, l’enjeu est également économique. Yonhap rappelle que l’EPS permet aux petites et moyennes entreprises qui ne parviennent pas à recruter suffisamment de travailleurs sud-coréens d’accéder à une main-d’œuvre étrangère dite non professionnelle. Le dispositif sert donc à répondre à des pénuries de personnel tout en maintenant une procédure contrôlée par l’administration.
Le Kazakhstan n’a toutefois pas été ajouté automatiquement à la liste. Le gouvernement sud-coréen précise avoir procédé à un examen documentaire ainsi qu’à une inspection sur place. Les autorités ont notamment évalué la capacité du pays à garantir un processus d’envoi public et transparent, l’existence d’installations de préparation avant l’emploi, les possibilités d’organiser un centre EPS et les infrastructures nécessaires aux examens médicaux. La coopération d’Astana dans la prévention du séjour irrégulier de ses ressortissants faisait également partie des critères étudiés.
Comment l’EPS encadre l’embauche et le travail des étrangers
L’EPS ne consiste pas à publier une offre d’emploi à laquelle un candidat étranger pourrait répondre librement avant de partir pour la Corée du Sud. Il forme une chaîne administrative dans laquelle interviennent le pays d’envoi, les autorités sud-coréennes et les employeurs autorisés à recruter. L’objectif affiché est de réduire l’opacité du recrutement et de faire passer les candidats par les canaux reconnus par les deux gouvernements.
Cette architecture explique pourquoi l’admission du Kazakhstan est importante, mais aussi pourquoi elle ne suffit pas encore. Séoul attend du pays d’envoi qu’il dispose d’institutions capables d’organiser équitablement la sélection des travailleurs. Lors de l’évaluation conduite en janvier 2026, une délégation d’experts coréens a examiné la préparation du futur centre EPS, les possibilités de tester les connaissances linguistiques, l’évaluation des compétences professionnelles, le contrôle médical ainsi que l’information des candidats sur les règles sud-coréennes, selon le ministère kazakh du Travail.
Cette sélection publique constitue précisément l’un des changements les plus concrets pour les travailleurs kazakhstanais. Les candidats devront passer un test de coréen, une évaluation de leurs compétences et un examen médical, selon le ministère du Travail du Kazakhstan. Il ne suffira donc pas de trouver un intermédiaire affirmant disposer de contacts auprès d’une entreprise sud-coréenne. L’entrée dans l’EPS repose sur des étapes formalisées dont les modalités exactes pour le Kazakhstan doivent encore être annoncées.
Le cadre vise parallèlement à répondre aux besoins du marché du travail sud-coréen. En annonçant la décision, Séoul a expliqué vouloir diversifier ses pays d’envoi et mieux répondre à la demande de main-d’œuvre des entreprises. L’ajout du Kazakhstan élargit donc le vivier dans lequel les employeurs autorisés pourront recruter lorsque le mécanisme sera opérationnel. Le gouvernement sud-coréen y voit également un moyen de renforcer ses relations avec l’Asie centrale.
La question de la protection des salariés reste néanmoins indissociable de cette politique. Im Ki-geun, président du Comité de politique de la main-d’œuvre étrangère, a souligné qu’« il est également très important d’accompagner étroitement les travailleurs étrangers afin qu’ils puissent s’installer durablement sur les sites industriels et de mener parallèlement une prévention rigoureuse des accidents du travail », selon le ministère sud-coréen de l’Emploi et du Travail.
Corée du Sud : le parcours attendu pour les candidats du Kazakhstan
Pour un Kazakhstanais intéressé par un travail en Corée du Sud, la première règle est donc de ne pas confondre l’annonce politique du 14 août avec l’ouverture des inscriptions. Aucune campagne de sélection kazakhstanaise n’est encore annoncée dans les sources officielles consultées. Le démarrage effectif du recrutement est prévu à partir de 2028.
D’ici là, un mémorandum d’entente doit être conclu entre les gouvernements. Astana doit aussi mettre en place un centre EPS-TOPIK, chargé notamment de l’organisation des épreuves de langue coréenne. « Il reste à achever un ensemble de mesures organisationnelles, notamment la conclusion d’un mémorandum intergouvernemental d’entente », a indiqué le ministère kazakhstanais du Travail.
Le test linguistique ne sera pas le seul filtre. Les candidats devront également faire évaluer leurs compétences professionnelles et passer un contrôle médical. Ces étapes avaient déjà été examinées par les experts sud-coréens lors de leur mission au Kazakhstan en janvier. Au terme de cette évaluation, la partie coréenne a considéré le pays suffisamment préparé pour rejoindre le système.
Un autre point est particulièrement sensible : les intermédiaires. Le ministère kazakhstanais avertit expressément les citoyens de ne pas remettre d’argent à des personnes ou sociétés promettant dès aujourd’hui un « emploi garanti » en Corée du Sud ou une procédure accélérée. Le futur recrutement doit passer par le dispositif officiel.
Autrement dit, l’admission du Kazakhstan à l’EPS ne crée pas un raccourci commercial vers le marché du travail coréen. Elle produit au contraire un cadre plus institutionnalisé. Les autorités kazakhstanaises devront publier les périodes d’inscription, les critères applicables aux candidats, les modalités des tests et le déroulement des différentes étapes. « Toutes les informations concernant les dates d’inscription, les exigences imposées aux candidats, la procédure des tests et les autres étapes seront communiquées aux citoyens », a précisé le ministère kazakhstanais du Travail.
Embauche organisée : pourquoi le dispositif ne démarrera qu’en 2028
Le délai annoncé peut sembler long au regard de la décision prise en août 2026. Il correspond pourtant au principe de fonctionnement de l’EPS. Avant l’arrivée des premiers travailleurs, les deux pays doivent établir les responsabilités de chaque administration, organiser la sélection, préparer les infrastructures et fixer les procédures permettant aux employeurs sud-coréens de recruter dans le nouveau pays d’envoi. Le ministère sud-coréen indique ainsi que l’arrivée à grande échelle des travailleurs du Kazakhstan est prévue à compter de 2028.
Le chantier avait commencé plusieurs années auparavant. Le ministère kazakhstanais assure travailler à l’intégration dans l’EPS depuis 2023. Après cette phase de préparation, la mission d’experts de janvier 2026 a permis de vérifier sur place la capacité du pays à prendre en charge la formation linguistique, les examens médicaux, l’évaluation professionnelle et l’information des futurs migrants. La décision du 14 août 2026 constitue donc une validation institutionnelle plutôt que le lancement immédiat des embauches.
La Corée du Sud disposait auparavant de 17 pays d’envoi dans ce dispositif. Avec le Kazakhstan, le réseau passe à 18. Ce nouvel élargissement répond explicitement à la volonté de Séoul de diversifier ses sources de recrutement afin de mieux couvrir les besoins en personnel des entreprises confrontées à des difficultés d’embauche.
Reste désormais à transformer l’accord politique en emplois réels. On ignore encore le volume de travailleurs kazakhstanais qui pourra être recruté lors du lancement. Cette donnée dépendra des étapes à venir et des décisions de répartition de la main-d’œuvre. Pour les candidats, la prochaine information décisive ne sera donc pas une nouvelle promesse d’intermédiaire, mais la publication par les autorités kazakhstanaises des règles d’inscription et de sélection du futur dispositif EPS.
