Une nouvelle zone de casinos pourrait voir le jour aux portes d’Almaty, dans le district touristique de Talgar. Le projet, exclusivement destiné aux ressortissants étrangers, illustre la stratégie du Kazakhstan : maintenir les jeux de hasard dans des périmètres strictement délimités tout en cherchant à attirer des visiteurs, des investissements et de nouvelles recettes fiscales.
Bientôt des casinos réservés aux étrangers non loin d’Almaty
Le 29 juillet 2026, l’administration de la région d’Almaty a annoncé étudier la création d’une zone de jeux dans le district de Talgar. Les futurs casinos ne seraient pas accessibles aux citoyens kazakhstanais. Ils accueilleraient seulement les étrangers et apatrides, en dehors des employés et professionnels présents pour exercer leurs fonctions. L’initiative a déjà été examinée par le Conseil public régional, qui lui a accordé un avis favorable. Cette étape ne signifie toutefois pas que les établissements peuvent immédiatement ouvrir leurs portes. Aucun calendrier, opérateur, investissement prévisionnel ou emplacement précis n’a encore été rendu public.
Le choix de Talgar ne constitue pas une improvisation administrative. Depuis la réforme de la législation kazakhstanaise entrée en vigueur au printemps 2026, ce district de la région d’Almaty figure officiellement parmi les territoires où peuvent être implantés des casinos, des salles de machines à sous, des bureaux de paris et des totalisateurs. Les limites concrètes de ces périmètres doivent néanmoins être déterminées par les autorités locales, en coordination avec l’organisme national compétent.
Le dispositif prévu pour Talgar se distingue de la zone historique de Qonaev, anciennement Kapchagaï. Dans les nouveaux territoires ajoutés à la carte nationale des jeux de hasard, l’accès doit être réservé aux étrangers et aux personnes sans nationalité. Les citoyens du Kazakhstan ne pourront donc pas y jouer. Les salariés des établissements, les agents de maintenance, les représentants des services publics et les autres professionnels intervenant dans le cadre de leur travail pourront en revanche y pénétrer.
Le projet est présenté comme un prolongement de la politique touristique locale plutôt que comme une libéralisation générale des jeux d’argent. L’avis positif du Conseil public reste une étape préparatoire. Pour qu’un casino puisse fonctionner, son exploitant devra obtenir une licence spécifique. La législation kazakhstanaise prévoit qu’une autorisation soit délivrée à chaque établissement, délivrée pour une durée de dix ans. L’existence d’une zone légalement admissible ne dispense ni de la procédure de licence ni du respect des exigences financières, techniques et réglementaires.
Un pari sur le potentiel touristique de Talgar
Les autorités régionales mettent d’abord en avant la géographie. Talgar se trouve à proximité immédiate d’Almaty, principal centre économique du pays, ainsi que de son aéroport international. Le district dispose déjà d’infrastructures consacrées au tourisme de montagne, aux sports d’hiver, aux loisirs et aux séjours de bien-être : le complexe sportif et de remise en forme Akbulak, la station de ski Oi-Qaragai, le complexe Aquaasia Resort et la zone de loisirs Tal Resort. Ces équipements doivent permettre d’intégrer la future zone à une offre plus vaste, associant hébergement, restauration, activités de plein air et services de transport.
« Talgar est l’une des destinations touristiques les plus développées de la région », a déclaré Kuanyshbek Mirambekuly, directeur de l’administration du tourisme de la région d’Almaty. Le responsable considère la future zone comme une composante de « l’écosystème touristique » régional, susceptible d’élargir l’éventail des prestations proposées aux visiteurs étrangers.
Cette logique repose sur les dépenses indirectes générées par les joueurs. Les autorités ne mesurent pas seulement les recettes produites à l’intérieur des établissements. Elles comptabilisent également les nuitées, les repas, les déplacements, les achats et les activités touristiques consommés pendant le séjour. « Chaque touriste qui arrive à Qonaev séjourne dans des hôtels, fréquente les restaurants et utilise les transports », a expliqué Kuanyshbek Mirambekuly.
L’administration régionale espère ainsi stimuler l’hôtellerie, la restauration, le commerce, les transports et les autres services. Elle évoque également de futurs emplois, des investissements étrangers et une augmentation des rentrées fiscales. Ces perspectives ne sont toutefois accompagnées, à ce stade, d’aucune prévision officielle sur le nombre de visiteurs, les montants investis ou les recettes attendues à Talgar.
Casinos au Kazakhstan : une activité enfermée dans des zones légales
Le Kazakhstan n’autorise pas l’installation libre de casinos sur l’ensemble de son territoire. La loi du 12 janvier 2007 sur les activités de jeu a au contraire organisé leur éloignement des grandes villes. Pendant près de vingt ans, les établissements terrestres ont principalement été concentrés sur le littoral du réservoir de Kapchagaï, aujourd’hui associé à la ville de Qonaev, et dans la zone touristique de Burabay, dans la région d’Akmola.
Une loi signée le 16 mars 2026 et entrée en vigueur le 17 mai 2026 a élargi cette géographie, selon Zakon.kz et la version consolidée du texte publiée dans la base juridique officielle Adilet. Outre Talgar, la nouvelle carte comprend le littoral de la mer Caspienne dans la région de Manguistaou, le district de Panfilov et les rives du lac Alakol dans la région de Jetyssou, ainsi que les secteurs de Markakol et de Zaïssan dans l’est du Kazakhstan.
La loi reconnaît quatre catégories d’activités : les casinos, les salles de machines à sous, les bureaux de paris et les totalisateurs. Elles ne peuvent être exercées que dans les territoires autorisés et par des personnes morales titulaires d’une licence. Les autorités exécutives locales doivent fixer les frontières exactes des zones, avec l’accord de l’administration nationale compétente. En dehors de ces périmètres, l’implantation d’établissements de jeux est illégale.
Le cadre kazakhstanais établit en outre une différence nette entre les casinos physiques et les plateformes numériques. Les casinos en ligne et les casinos électroniques sont interdits sur le territoire national. Les sites étrangers de paris ou de totalisateurs dépourvus de licence kazakhstanaise sont également prohibés et peuvent faire l’objet de mesures de restriction d’accès.
La participation aux jeux de hasard est interdite aux personnes âgées de moins de 21 ans. Elle est aussi refusée aux personnes officiellement inscrites sur la liste d’exclusion, aux débiteurs concernés par des procédures de recouvrement et à certaines personnes condamnées à une restriction de liberté ou placées sous le régime d’une condamnation avec sursis.
Un citoyen kazakhstanais majeur peut demander sa propre inscription sur la liste des personnes exclues des jeux pour une période comprise entre six mois et dix ans. La demande ne peut pas être retirée avant son terme. Les exploitants ont l’obligation de contrôler l’identité des clients et de refuser l’accès ainsi que les paiements aux personnes soumises à une interdiction.
Les règlements affichés dans les établissements doivent également comporter un avertissement sur les risques liés à une pratique excessive, les modalités d’auto-exclusion et les coordonnées de services proposant une aide psychologique. Le projet de Talgar s’inscrit donc dans un système où l’autorisation géographique s’accompagne de restrictions d’accès, d’obligations de contrôle et d’un régime de licence.
Jeux de hasard : Qonaev sert de vitrine
Pour défendre le projet de Talgar, l’administration régionale s’appuie sur les résultats de la zone existante de Qonaev. Au premier semestre 2026, les entreprises légales du secteur dans la région d’Almaty ont versé 25 milliards de tenges (soit 46 millions d’euros) d’impôts au budget de l’État.
Sur cette somme, 10,6 milliards de tenges ont été affectés au budget régional, soit environ 19,5 millions d’euros selon la même conversion. Sur les deux années et demie précédentes, le secteur aurait généré 184,7 milliards de tenges de recettes fiscales, l’équivalent d’environ 340 millions d’euros, d’après l’administration de la région d’Almaty.
La part revenue directement au budget régional sur cette période atteint 53,8 milliards de tenges, soit près de 99 millions d’euros au cours officiel de la Banque nationale. Ces montants sont avancés par l’administration pour présenter les établissements légaux comme une source importante de financement public.
Qonaev compte actuellement 21 établissements liés aux jeux de hasard, selon l’akimat et Tengrinews. Ce total comprend cinq casinos, treize bureaux de paris et trois salles de machines à sous. Environ 2.500 personnes travaillent dans cette activité, toujours selon les données communiquées par l’administration régionale.
Les étrangers représentent près de 20% des visiteurs des casinos locaux, d’après l’administration du tourisme de la région d’Almaty. Autrement dit, environ un client sur cinq vient de l’extérieur du Kazakhstan. C’est précisément cette clientèle que les responsables locaux souhaitent mieux capter à Talgar, où l’accès serait exclusivement international.
L’administration espère qu’une implantation proche d’Almaty et de son aéroport prolongera la durée des séjours et répartira les dépenses entre davantage d’entreprises. Toutefois, le communiqué ne précise pas si la future zone regroupera plusieurs casinos, un complexe intégré ou un nombre limité d’établissements. Il ne mentionne pas non plus la superficie envisagée, les investisseurs intéressés, la date du lancement des travaux ou les mécanismes de contrôle qui seront appliqués à l’entrée.
