Le Kirghizstan face à une demande d’énergie toujours plus forte malgré des investissements massifs
Le Kirghizstan face à une demande d'énergie toujours plus forte malgré des investissements massifs

Alors que la consommation d’énergie progresse plus rapidement que les nouvelles capacités de production, le Kirghizstan continue de faire face à un déficit chronique d’électricité. Le pays multiplie les projets hydroélectriques, solaires et thermiques, tout en augmentant ses importations de courant, de charbon et de carburants afin d’éviter des pénuries.

Au Kirghizstan, une consommation d’électricité qui dépasse durablement la production

Le Kirghizstan poursuit sa course contre la montre pour répondre à des besoins énergétiques qui ne cessent de croître. Au cours des douze derniers mois, les autorités ont multiplié les annonces de nouveaux investissements dans les infrastructures électriques et les énergies renouvelables, tout en renforçant les importations d’électricité et de combustibles. Malgré ces efforts, le déficit structurel demeure important et oblige le pays à gérer avec prudence ses ressources, notamment celles du gigantesque réservoir de Toktogoul, pilier de son système hydroélectrique.

Le principal défi énergétique du Kirghizstan réside dans l’écart grandissant entre une consommation en forte progression et une production qui peine à suivre le rythme. D’après les chiffres communiqués par le ministère de l’Énergie, le pays a consommé près de 19,3 milliards de kilowattheures d’électricité en 2025, alors que sa production s’est limitée à environ 15,4 milliards de kilowattheures. Le déficit annuel a ainsi atteint 3,9 milliards de kilowattheures, compensé essentiellement grâce aux importations d’électricité en provenance des pays voisins.

Les autorités attribuent cette évolution à plusieurs facteurs. La croissance démographique, le développement des zones résidentielles, l’industrialisation progressive de l’économie ainsi que l’augmentation du nombre d’entreprises raccordées au réseau contribuent à une hausse continue de la demande. Le vice-ministre de l’Énergie a indiqué que la consommation nationale augmente désormais d’environ 7% par an, un rythme particulièrement élevé dans la région.

Cette pression se traduit également par une augmentation constante du nombre d’abonnés au réseau électrique. Les compagnies de distribution enregistrent chaque année plusieurs dizaines de milliers de nouveaux raccordements. Début 2026, le pays comptait ainsi plus de 1,6 million d’abonnés, ce qui accroît mécaniquement les besoins en production et en capacité de transport.

La situation s’est encore illustrée durant l’été 2026. À la fin du mois de juin, le système électrique kirghiz a enregistré un record historique de consommation pour une période estivale, alors que ce type de pic concernait traditionnellement les mois d’hiver. Quelques semaines plus tard, le réseau a atteint une puissance appelée d’environ 2.350 mégawatts. Des coupures temporaires ont alors été observées dans certains quartiers de Bichkek. Le ministère de l’Énergie a toutefois assuré, par l’intermédiaire de son représentant Altynbek Rysbekov, qu’elles résultaient principalement d’une surcharge de certaines lignes électriques et non d’un manque de capacités de production.

Le Kirghizstan accélère ses investissements dans la production d’électricité

Face à cette situation, le Kirghizstan a considérablement accéléré ses investissements dans l’ensemble du secteur de l’énergie. Les autorités considèrent que le développement de nouvelles capacités de production constitue la seule réponse durable à la hausse continue de la demande.

L’hydroélectricité demeure naturellement la priorité nationale. Le gouvernement poursuit notamment le développement de la future cascade de Kazarman sur la rivière Naryn, appelée à devenir l’un des plus importants complexes hydroélectriques d’Asie centrale. Les premières mises en service sont attendues à partir de 2031. En parallèle, treize nouvelles petites centrales hydroélectriques doivent entrer en exploitation au cours de l’année 2026, représentant une puissance cumulée de plus de 80 mégawatts. Ces projets viennent s’ajouter aux huit petites centrales déjà mises en service durant l’année précédente, dans le but de renforcer progressivement la sécurité énergétique du pays.

Hydroélectricité, solaire, charbon : un bouquet énergétique en pleine transformation au Kirghizstan

L’hydroélectricité reste de très loin la principale source d’électricité du Kirghizstan, où elle représente l’immense majorité de la production nationale. Cette dépendance constitue cependant une fragilité. Les volumes produits varient directement selon le niveau des retenues d’eau, en particulier celui du réservoir de Toktogoul, dont la gestion est devenue un enjeu stratégique. Afin de préserver ses réserves pendant les périodes de forte consommation hivernale, le gouvernement a d’ailleurs maintenu, ces derniers mois, plusieurs mesures temporaires de limitation de la consommation avant de les lever au printemps 2026, une fois les conditions hydrologiques redevenues plus favorables.

Parallèlement, les autorités accélèrent la diversification du mix énergétique. Le ministère de l’Énergie prévoit la mise en service de treize nouvelles petites centrales hydroélectriques au cours de l’année 2026, représentant une puissance cumulée d’un peu plus de 81 mégawatts. D’autres projets sont déjà engagés, notamment la future centrale géante de Kambarata-1, développée avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Selon le Fonds monétaire international, ce chantier, dont le coût est estimé à environ 4,5 milliards de dollars, constitue l’un des principaux investissements d’infrastructure du pays pour la prochaine décennie.

L’énergie solaire prend également une place croissante dans la stratégie nationale. Les autorités ont signé plusieurs accords avec des investisseurs étrangers afin de développer de nouvelles centrales photovoltaïques et éoliennes. Les projets annoncés représentent plusieurs milliers de mégawatts de capacités potentielles et visent à réduire progressivement la dépendance du pays aux importations d’énergie. Cette diversification apparaît d’autant plus nécessaire que la demande continue de progresser plus rapidement que les nouvelles installations ne sont mises en service.

Le charbon conserve néanmoins un rôle essentiel dans la sécurité énergétique du pays. Chaque année, le ministère de l’Énergie organise la constitution de stocks destinés aux centrales thermiques, aux collectivités locales et aux ménages avant l’arrivée de l’hiver. Les autorités considèrent cette ressource comme indispensable pour limiter les risques de pénurie pendant les périodes où la production hydroélectrique est plus faible. Les préparatifs pour l’hiver 2026-2027 ont ainsi commencé dès le début de l’été afin d’assurer un approvisionnement suffisant sur l’ensemble du territoire.

L’insuffisance de carburant plombe elle aussi l’autonomie énergétique du Kirghizstan

Les difficultés du Kirghizstan ne concernent pas uniquement l’électricité. Le pays demeure également fortement dépendant des importations de carburant, notamment d’essence et de gazole. Cette dépendance expose régulièrement le marché intérieur aux fluctuations des prix internationaux ainsi qu’aux restrictions d’exportation décidées par certains pays producteurs. Afin de limiter ces risques, les autorités cherchent désormais à diversifier leurs fournisseurs tout en renforçant le suivi des stocks stratégiques.

Le ministère de l’Énergie assure surveiller quotidiennement l’évolution du marché des produits pétroliers et affirme que les livraisons se poursuivent conformément aux contrats conclus avec les partenaires étrangers. Les importateurs, de leur côté, explorent de nouveaux débouchés afin de réduire leur dépendance historique envers un nombre limité de fournisseurs. Cette stratégie vise à améliorer la résilience énergétique du pays dans un contexte régional marqué par une demande toujours plus soutenue.

Autre sujet de vigilance, le développement des fermes de cryptomonnaies continue d’alimenter le débat sur l’utilisation des ressources électriques nationales. Les autorités rappellent que les exploitants officiellement enregistrés sont alimentés exclusivement par de l’électricité importée et qu’ils ne prélèvent pas de courant sur la production domestique. Cette règle a été instaurée afin d’éviter que ces activités ne viennent accentuer le déficit déjà observé sur le réseau national.

Au-delà des mesures d’urgence, le défi demeure considérable. Le Kirghizstan doit simultanément moderniser des infrastructures vieillissantes, développer de nouvelles capacités de production, renforcer son réseau de transport de l’énergie et accompagner une demande qui progresse d’environ 7% par an. Pour les autorités, les investissements engagés dans l’hydroélectricité, le solaire, les réseaux électriques et les capacités thermiques devraient progressivement réduire le déficit. Toutefois, au regard des chiffres les plus récents, l’équilibre entre l’offre et la demande reste encore un objectif de moyen terme plutôt qu’une réalité immédiate.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 07/31/2026

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