Kazakhstan : pourquoi il produit désormais plus de la moitié du PIB d’Asie centrale
Kazakhstan : pourquoi il produit désormais plus de la moitié du PIB d'Asie centrale

Le magazine anglophone chinois All China Review a consacré un long article au poids économique du Kazakhstan en Asie centrale. Les conclusions sont sans équivoque : la première économie de la région continue d’accroître son avance sur ses voisins et concentre désormais plus de la moitié de la richesse produite par les cinq États d’Asie centrale. Au-delà de cette performance, l’étude souligne que cette position dominante repose sur des fondations solides, allant de l’attractivité pour les investisseurs étrangers à l’intégration dans les échanges commerciaux eurasiens.

Économie kazakhstanaise : une domination sans équivalent en Asie centrale

Cette analyse intervient quelques jours après la visite du président Kassym-Jomart Tokaïev à Shanghaï, où le chef de l’État kazakhstanais a rencontré plusieurs dirigeants du secteur chinois de l’intelligence artificielle afin de promouvoir de nouveaux investissements technologiques, notamment autour du projet Data Center Valley d’Ekibastouz. Ce contexte illustre la volonté d’Astana de consolider une croissance qui dépasse désormais largement le cadre régional.

Les chiffres publiés par All China Review témoignent de l’ampleur de l’avance prise par le Kazakhstan. En 2025, le produit intérieur brut nominal du pays a atteint 306 milliards de dollars, soit environ 260 milliards d’euros au taux de change actuel. Cette richesse représente 53,7% du PIB cumulé des cinq économies d’Asie centrale.

Autrement dit, plus d’un dollar sur deux généré dans la région provient désormais du Kazakhstan. Aucun autre État d’Asie centrale ne s’approche de ce niveau. L’Ouzbékistan, deuxième économie régionale, affiche un PIB de 147,1 milliards de dollars, soit environ 125 milliards d’euros. Derrière suivent le Turkménistan avec 77,4 milliards de dollars (près de 66 milliards d’euros), le Kirghizstan avec 21,6 milliards de dollars (environ 18 milliards d’euros) puis le Tadjikistan avec 17,5 milliards de dollars, soit un peu moins de 15 milliards d’euros. Cette hiérarchie économique n’est pas nouvelle, mais l’écart continue de se creuser. Les auteurs de l’étude estiment d’ailleurs que « l’histoire de la croissance de l’Asie centrale possède un véritable centre de gravité, situé au Kazakhstan ».

Cette avance ne s’explique toutefois pas uniquement par la présence d’importantes ressources naturelles. Selon les chercheurs cités par All China Review, le Kazakhstan s’est progressivement distingué par sa capacité à diversifier son économie, à moderniser ses infrastructures et à maintenir un environnement macroéconomique relativement stable malgré les crises internationales successives.

Investissements et finance : les véritables moteurs de la croissance

L’étude insiste particulièrement sur l’attractivité du Kazakhstan auprès des investisseurs étrangers. Les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) montrent que le pays concentre 151,3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers, soit près de 129 milliards d’euros.

Cette somme représente 68,6% de l’ensemble des investissements directs étrangers en Asie centrale. Aucun autre pays de la région n’affiche une telle capacité à attirer durablement les capitaux internationaux. Selon les auteurs de l’étude, cette situation résulte d’une combinaison de facteurs : une stabilité macroéconomique relativement élevée, un cadre réglementaire progressivement modernisé, des infrastructures de transport développées et une politique constante visant à améliorer le climat des affaires.

All China Review résume cette réalité dans une autre affirmation particulièrement marquante. Selon le magazine, « le Kazakhstan n’est pas seulement la plus grande économie de ses voisins ; c’est également la plus diversifiée et la plus intégrée aux échanges internationaux ».

La solidité du secteur financier constitue également un avantage compétitif majeur. Au début de l’année 2026, les actifs du système bancaire kazakh atteignaient 140 milliards de dollars, soit près de 120 milliards d’euros, tandis que les dépôts représentaient 96,4 milliards de dollars, environ 82 milliards d’euros. Selon Kursiv Media, il s’agit des niveaux les plus élevés enregistrés dans toute l’Asie centrale.

Cette profondeur financière facilite le financement des entreprises locales, attire davantage d’investisseurs internationaux et permet au Kazakhstan de soutenir des projets industriels d’une ampleur rarement observée dans le reste de la région. Elle contribue également à renforcer le rôle d’Astana comme principal centre financier d’Asie centrale, notamment grâce au développement de l’Astana International Financial Centre, devenu ces dernières années un point d’entrée privilégié pour les capitaux étrangers souhaitant investir dans la région.

Asie centrale et Chine, un corridor stratégique au cœur du commerce eurasiatique

Au-delà de son poids économique, le Kazakhstan s’impose également comme un acteur logistique incontournable entre l’Asie et l’Europe. Sa position géographique, au croisement des grandes routes commerciales eurasiatiques, s’est transformée en véritable avantage concurrentiel au cours des dernières années. Les investissements réalisés dans les infrastructures ferroviaires, routières et portuaires ont renforcé ce rôle de plateforme de transit, particulièrement depuis le développement des nouvelles liaisons terrestres entre la Chine et les marchés européens.

En 2025, plus de 85% des marchandises transportées par voie terrestre entre la Chine et l’Europe ont transité par le territoire kazakhstanais. Cette proportion conforte le pays dans sa position de principal corridor logistique de l’Asie centrale. Pour Pékin, le Kazakhstan représente désormais un partenaire stratégique de premier plan dans le développement des échanges continentaux, tandis que pour Astana, cette situation génère des revenus croissants liés au transit, à la logistique et aux services associés.

Cette interdépendance se retrouve également dans les échanges commerciaux. Selon All China Review, le commerce bilatéral entre le Kazakhstan et la Chine a atteint 48 milliards de dollars en 2025, soit environ 41 milliards d’euros, un niveau inédit entre les deux pays. Cette progression témoigne de l’intensification des relations économiques, mais aussi de la diversification des secteurs concernés. Si les matières premières continuent d’occuper une place importante, les investissements se développent désormais dans les infrastructures, l’industrie manufacturière, les nouvelles technologies et les services.

Une avance appelée à se renforcer

Les auteurs de cette étude considèrent que les performances actuelles du Kazakhstan ne relèvent pas d’un simple effet de taille. Les auteurs estiment que le pays dispose aujourd’hui d’avantages structurels qui devraient lui permettre de conserver sa position dominante au sein de l’Asie centrale pendant les prochaines années. La diversification progressive de l’économie, l’amélioration continue du climat des affaires et la capacité à attirer des investissements de long terme sont présentées comme les principaux moteurs de cette dynamique.

Les perspectives macroéconomiques confortent cette analyse. Le Fonds monétaire international prévoit que le produit intérieur brut nominal du Kazakhstan atteindra 360,4 milliards de dollars en 2026, soit près de 307 milliards d’euros. Une telle progression renforcerait encore l’écart avec les autres économies de la région et conforterait la place du pays comme première puissance économique d’Asie centrale.

Cette trajectoire repose également sur la confiance des investisseurs internationaux. Avec près de 151,3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers accumulés, le Kazakhstan demeure la principale destination des capitaux internationaux en Asie centrale. Cette concentration des investissements favorise le développement de nouveaux secteurs industriels, accélère les transferts de technologies et soutient les grands projets d’infrastructures engagés par les autorités.

Au final, cette étude dessine le portrait d’une économie qui ne domine plus seulement ses voisins par son volume de production. Le Kazakhstan apparaît désormais comme le pays le plus intégré aux échanges internationaux, le plus attractif pour les investisseurs étrangers et le mieux placé pour tirer parti des nouvelles chaînes de valeur reliant la Chine, l’Asie centrale et l’Europe. Dans un contexte de recomposition des flux commerciaux mondiaux, cette combinaison de facteurs renforce son rôle de véritable locomotive économique régionale.

Par Païsiy Ukhanov
Le 07/19/2026

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