Ouzbékistan : le métro de Tachkent envisage des voitures pour femmes
Ouzbékistan : le métro de Tachkent envisage des voitures pour femmes

Le métro de Tachkent pourrait-il, un jour, proposer des voitures réservées aux femmes ? En Ouzbékistan, cette piste avancée par la direction du réseau intervient sur fond de fréquentation record et relance un débat international : faut-il séparer les voyageurs pour mieux lutter contre le harcèlement ?

Métro de Tachkent : des voitures réservées aux femmes à l’étude

Le 3 novembre 2026, Yuldash Yusupov, responsable adjoint du métro de Tachkent, a entrouvert la porte à cette solution lors d’une conférence de presse, rapporte Gazeta.uz. Aucune décision de déploiement n’a été annoncée. Les contraintes techniques et l’affluence empêchent pour l’instant de réserver certaines voitures aux femmes. L’idée n’est pourtant pas nouvelle. Des demandes parviennent à l’administration, notamment via les réseaux sociaux. Les femmes représentent environ 40% des usagers. Le responsable estime qu’une séparation pourrait réduire les comportements déplacés et les actes de harcèlement, sans présenter de bilan statistique mesurant son efficacité à Tachkent.

À Tachkent, le métro rattrapé par son succès

La difficulté tient d’abord à la croissance du réseau. En 2021, le métro accueillait quotidiennement entre 280.000 et 300.000 voyageurs, contre plus de 1,2 million en 2026. Ses 50 stations couvrent aujourd’hui 71 kilomètres, précise le même média. En sept ans, 33 kilomètres de lignes et 21 stations ont été ajoutés. Aux heures de pointe, l’intervalle peut descendre à 1,5 à 2 minutes sur la ligne Chilonzor. Sur d’autres axes, les trains circulent moins fréquemment. Réserver une voiture entière modifierait donc la répartition des voyageurs dans des rames déjà fortement sollicitées. C’est précisément cette pression que la direction invoque pour différer le projet.

L’extension du parc pourrait changer la donne. D’ici septembre 2027, 54 trains, soit 80% de la flotte actuelle, doivent passer à cinq voitures. L’entreprise a néanmoins démenti une mise en service de telles compositions dès le 20 novembre 2026. « Nous demandons au public de s’appuyer sur les sources officielles lorsqu’il partage des informations sur les réseaux sociaux », a rappelé son service de presse.

À plus long terme, Tachkent prévoit l’achat de 14 nouvelles rames de cinq voitures en 2027, puis vise 79 stations, 103 kilomètres de lignes et 1,8 million de voyageurs quotidiens en 2030, selon Daryo. Rien n’indique toutefois qu’une partie de ce matériel sera automatiquement affectée aux femmes.

En Inde et au Japon, des dispositifs adaptés aux femmes

À Delhi, la séparation fait partie du fonctionnement ordinaire du métro : la première voiture des trains est réservée aux passagères. Une signalisation spécifique permet de la repérer sur les quais. Les autres voitures restent mixtes, ce qui laisse aux voyageuses le choix de leur espace.

Au Japon, le système est plus souple. À Tokyo, Osaka ou Kyoto, certaines compagnies réservent des voitures principalement pendant les heures de pointe. Hors des plages prévues, elles redeviennent accessibles à tous. Sur plusieurs réseaux, les jeunes enfants, les personnes handicapées et leurs accompagnants bénéficient aussi d’exceptions.

Le Kazakhstan offre un autre point de comparaison, cette fois sur les grandes lignes ferroviaires. Depuis le 1er octobre 2026, un service réservé aux femmes est proposé dans un train entre Almaty et Tachkent. Ce dispositif concerne le rail international, et non le métro ouzbek. Selon le transporteur kazakhstanais, plus de 946.000 voyageurs avaient déjà utilisé ses voitures féminines sur le réseau ferroviaire national. Les garçons jusqu’à sept ans peuvent accompagner une adulte dans ces espaces.

Du Caire à Dubaï, les métros aménagent des espaces pour les femmes

En Égypte, des voitures réservées aux femmes circulent sur le réseau du Caire. Leur accès fait l’objet de contrôles : en mai 2026, les autorités ont interpellé un homme après un incident survenu dans un compartiment féminin. La mesure n’empêche pas les voyageuses d’emprunter les voitures ordinaires.

Aux Émirats arabes unis, le métro de Dubaï distingue les voitures classiques, la catégorie premium et des espaces destinés aux femmes et aux enfants, selon son autorité des transports. Celle-ci présente ces compartiments comme un service intégré à l’organisation des trains. Leur existence ne signifie donc pas que l’ensemble du métro fonctionne séparément selon le sexe.

L’Iran fait également partie des pays dotés de voitures féminines. Ces exemples montrent toutefois qu’une même appellation recouvre des règles différentes : restrictions permanentes ou limitées à certaines périodes, présence autorisée des enfants, modalités de surveillance et liberté de circuler ailleurs dans le train.

Au Brésil et au Mexique, la sécurité des femmes en débat

Au Brésil, l’État de Rio de Janeiro a franchi une étape supplémentaire. Une loi entrée en vigueur en mars 2026 impose des voitures réservées aux femmes pendant toute la durée d’exploitation des trains et métros, selon l’Assemblée législative de l’État. Auparavant, l’obligation concernait surtout les pointes du matin et du soir. « Le harcèlement ne se produit pas uniquement aux heures de pointe », a fait valoir le député Guilherme Delaroli.

À Mexico, des espaces des trains sont également réservés aux femmes et aux enfants. La séparation est matérialisée jusque sur les quais : en juin 2026, de nouvelles grilles ont été installées à Bellas Artes entre les zones mixtes et celles réservées. Dans la plupart des trains, les trois premières voitures accueillent les femmes et les enfants de moins de douze ans, selon le gouvernement de Mexico.

Reste une interrogation que le futur débat ouzbek ne pourra éluder : ces voitures constituent-elles une protection suffisante ou seulement une réponse immédiate à un problème plus profond ? Irina Matvienko, fondatrice de l’initiative contre les violences Nemolchi.uz, estime qu’elles peuvent rassurer les passagères, mais que la sécurité exige aussi une approche systémique. À Tachkent, aucune date, aucun règlement d’accès ni aucun dispositif de contrôle n’ont encore été annoncés.

Par Rodion Zolkin
Le 11/04/2026

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