Le Kazakhstan veut fabriquer 494 nouveaux médicaments pour réduire ses importations
Le Kazakhstan veut fabriquer 494 nouveaux médicaments pour réduire ses importations

Le Kazakhstan accélère sa stratégie d’indépendance pharmaceutique. Le pays prévoit de lancer la production de 494 références de médicaments grâce à huit grands projets industriels représentant environ 770 millions d’euros d’investissements. De nouveaux sites de fabrication, des extensions d’usines et des transferts de technologies doivent permettre de diversifier l’offre nationale, notamment dans le traitement des cancers, du diabète et des maladies rares.

Le Kazakhstan prévoit la production de 494 nouveaux médicaments prévus entre 2027 et 2034

Le gouvernement kazakhstanais vient de présentéer un ambitieux programme de développement de son industrie pharmaceutique. Lors d’une réunion du Conseil des ministres, la ministre de la Santé, Akmaral Alnazarova, a détaillé les investissements destinés à renforcer la production nationale de médicaments et à réduire la dépendance du pays aux importations. Les huit projets totalisent 391,3 milliards de tenges, soit environ 770 millions d’euros. Ils doivent également permettre la création de plus de 1.200 emplois permanents. Au-delà de l’augmentation des capacités industrielles, les autorités souhaitent développer la fabrication de traitements complexes et améliorer la sécurité des approvisionnements.
Le programme pharmaceutique kazakhstanais s’inscrit dans un calendrier de plusieurs années. Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’annonce d’une nouvelle gamme de près de 500 médicaments, les références ne seront pas toutes disponibles immédiatement. Leur fabrication doit être progressivement déployée, parallèlement à la construction des infrastructures et à la modernisation des équipements existants.

« La production sera développée par étapes : 300 références de médicaments devraient être fabriquées entre 2027 et 2030, puis 194 autres entre 2031 et 2034 », a expliqué Akmaral Alnazarova. Le ministère confirme ainsi une montée en puissance industrielle étalée sur huit ans, avec une première période consacrée à la mise en service des installations et à l’élargissement initial des gammes.

Cette stratégie repose sur des accords d’investissement conclus avec huit entreprises pharmaceutiques. Selon les précisions apportées par le vice-ministre de la Santé, Timour Mouratov, les contrats ont été signés à partir de décembre 2025. Les industriels concernés sont Khan Tengri, Chimpharm, Nobel, AltINPharm, Rompharm, Abdi Ibrahim Global Pharm, le Complexe pharmaceutique de Karaganda et Step Pharmaceuticals.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse largement la création de nouvelles unités de production. « Le développement de notre propre industrie pharmaceutique relève avant tout de la sécurité d’approvisionnement du pays », a déclaré Akmaral Alnazarova. La ministre insiste notamment sur la nécessité de garantir une disponibilité plus régulière des traitements essentiels et de diminuer l’exposition aux perturbations des chaînes internationales de distribution.

Le Premier ministre Olzhas Bektenov a également fixé une exigence industrielle. « L’abandon du simple conditionnement et de l’emballage au profit d’un cycle complet de fabrication des médicaments et des dispositifs médicaux doit devenir un objectif stratégique », a-t-il déclaré. L’objectif est de développer davantage d’étapes de fabrication sur le territoire kazakhstanais, plutôt que de se limiter aux opérations finales réalisées à partir de produits importés.

La ministre détaille huit projets entre Almaty, Karaganda et Chymkent

La plus importante concentration d’investissements est prévue à Almaty et dans sa région. Ces deux territoires accueilleront six des huit projets, pour un total d’environ 608 millions d’euros. Les capacités industrielles seront réparties entre plusieurs fabricants spécialisés dans des domaines thérapeutiques complémentaires.

Dans la ville d’Almaty, trois projets de construction représentent près de 264 millions d’euros. Nobel prévoit de fabriquer 53 références de médicaments et de produits biologiques. Rompharm doit développer une gamme de 101 traitements anti-inflammatoires et antimicrobiens, tandis qu’AltINPharm envisage la production de 54 références destinées notamment à l’oncologie et au diabète. Les trois projets se trouvent encore au stade de l’élaboration de leur documentation technique et budgétaire, a précisé Akmaral Alnazarova.

Dans la région d’Almaty, trois autres investissements totalisent environ 344 millions d’euros. Khan Tengri prévoit de produire 27 références contre les cancers et les maladies rares. Abdi Ibrahim doit développer 76 références destinées au traitement d’infections virales et d’autres maladies infectieuses. Enfin, Step Pharmaceuticals projette de construire un complexe pharmaceutique à cycle complet capable de fabriquer 20 références. Les études préparatoires sont notamment en cours pour les installations de Khan Tengri et d’Abdi Ibrahim.

Les deux derniers projets concernent des pôles industriels déjà établis. Le Complexe pharmaceutique de Karaganda doit moderniser ses équipements afin de produire 76 références, tandis que Chimpharm prévoit d’élargir sa gamme à 81 références dans la ville de Chymkent. Ces opérations montrent que le programme national repose autant sur l’extension d’installations existantes que sur la création de nouvelles capacités.

Le projet de Nobel illustre l’importance accordée au transfert de technologies. L’entreprise prévoit d’investir plus de 76,7 millions d’euros dans un nouveau complexe à Almaty, selon les déclarations de sa dirigeante, Svetlana Kil Le programme vise notamment la localisation de 40 dénominations communes internationales, déclinées en 68 positions de production et réparties entre 12 domaines thérapeutiques. L’oncologie et l’hématologie constituent des priorités. « Les premiers lancements sont prévus en 2029. D’ici 2032, nous prévoyons de maîtriser la production de 23 des 40 références », a précisé Svetlana Kil. Une étape supplémentaire, programmée entre 2034 et 2036, doit permettre de produire localement certains principes actifs pharmaceutiques. Cette évolution serait particulièrement importante pour diminuer la dépendance aux matières premières importées, même lorsque les médicaments finis sont déjà fabriqués au Kazakhstan.

Abdi Ibrahim Global Pharm développe également un programme de localisation avancée. Son projet, contractualisé en janvier 2026 pour environ 76,7 millions d’euros, concerne 39 dénominations communes internationales, déclinées en 40 médicaments et 82 positions commerciales. Les premières productions sont envisagées dès 2027-2028, avant l’introduction de traitements supplémentaires en néphrologie, endocrinologie, oncologie et neurologie.

Médicaments au Kazakhstan : un marché en forte croissance

L’annonce intervient dans un contexte de progression soutenue de l’industrie pharmaceutique nationale. En 2025, la valeur du marché kazakhstanais a atteint près de 2,53 milliards d’euros, soit une hausse de 31% sur deux ans, a fait savoir le ministère de la Santé. Sur la même période, la production nationale a augmenté de 37%, signe d’un développement rapide des capacités locales, même si les importations conservent une place importante.

La croissance s’est poursuivie en 2026. Entre janvier et août, les entreprises kazakhstanaises ont fabriqué des produits pharmaceutiques représentant environ 309 millions d’euros, soit une progression de 30% par rapport à la période correspondante de 2025. Sur deux ans, les investissements dans la branche ont été multipliés par 3,3 et les exportations par 1,9, ce qui traduit une intensification simultanée de l’activité industrielle et des échanges internationaux.

Le pays dispose déjà d’une base de production relativement diversifiée. D’après les chiffres communiqués par le vice-ministre Timour Mouratov, le secteur rassemble 209 fabricants de produits pharmaceutiques et médicaux, dont 43 entreprises spécialisées dans les médicaments. Les autres acteurs produisent principalement des dispositifs et équipements médicaux.

Sur les marchés extérieurs, les principaux débouchés demeurent la Russie, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, la Mongolie et la Moldavie, selon le ministère de la Santé. Toutefois, le Kazakhstan cherche désormais à élargir sa présence au-delà de ses partenaires régionaux traditionnels. Cette stratégie passe notamment par l’amélioration des normes de fabrication et la reconnaissance internationale des installations industrielles.

Un premier résultat a été enregistré en Europe. En 2025, Chimpharm a obtenu une certification européenne de bonnes pratiques de fabrication, ouvrant de nouvelles perspectives commerciales. En septembre 2026, une première livraison de sitagliptine, un médicament utilisé contre le diabète et produit à Chymkent, a été expédiée en Bulgarie.

L’Afghanistan apparaît également comme un débouché potentiel. Lors du premier forum médical kazakho-afghan, organisé le 30 octobre 2026 à Almaty, des échanges ont porté sur la fourniture de médicaments, le développement de réseaux de distribution et la production sous contrat. La Chambre de commerce extérieur du Kazakhstan indique que la délégation afghane s’est montrée intéressée par la fabrication de plus de 50 catégories de médicaments dans les installations kazakhstanaises.

« Le développement de la coopération en matière d’investissement et l’élargissement des possibilités d’exportation créent les conditions nécessaires au renforcement de l’industrie pharmaceutique nationale et à l’amélioration de sa compétitivité », a souligné Timour Mouratov. Le gouvernement entend notamment soutenir cette dynamique par des contrats de longue durée et des mécanismes d’achat favorisant les fabricants nationaux.

Au Kazakhstan, le ministre vise aussi des médicaments plus accessibles

L’expansion industrielle s’accompagne d’une transformation des mécanismes de distribution et de contrôle. Aujourd’hui, les fabricants kazakhstanais représentent 42% des boîtes de médicaments vendues dans le pays. Leur part atteint toutefois 79% dans les achats du distributeur public unique. Cette différence montre le poids déterminant des commandes publiques dans le soutien à la production nationale.

Les autorités cherchent parallèlement à limiter les risques de pénurie. La campagne d’acquisition des médicaments destinés à l’année 2027 a commencé trois mois plus tôt que lors de l’exercice précédent. Dès septembre 2026, 84% des besoins prévus étaient couverts par les achats annoncés, tandis que le stock de sécurité a été augmenté de 35%, selon les déclarations d’Akmaral Alnazarova. Les autorités visent une couverture de 95 à 100% des besoins avant la fin de l’année.

La question des prix occupe une autre place centrale dans cette politique. Selon le bilan présenté le 3 novembre, une diminution des tarifs a été constatée pour 799 des 3.073 références examinées, soit 26% des produits suivis. Le ministère affirme également que 90% des médicaments sortis du dispositif de réglementation des prix ont enregistré une baisse. Ces résultats concernent des périmètres distincts et ne signifient pas que tous les traitements sont devenus moins chers.

La maîtrise des dépenses passe aussi par une modification des procédures d’approvisionnement. Les économies cumulées sur les achats pharmaceutiques entre 2024 et 2026 atteignent environ 439 millions d’euros, dont près de 165 millions d’euros pour 2026. Le distributeur public SK-Pharmacia a également élargi ses achats directs auprès de fabricants étrangers, tout en augmentant les commandes réalisées dans le cadre d’accords de longue durée avec les producteurs kazakhstanais.

En parallèle, le Kazakhstan accélère l’enregistrement des nouveaux médicaments. Une procédure simplifiée permet désormais d’autoriser certains produits issus de pays disposant de systèmes réglementaires reconnus en 15 jours ouvrés. Seize médicaments et dispositifs médicaux avaient déjà bénéficié de cette procédure au moment de l’annonce, selon le compte rendu officiel du gouvernement. L’administration a également engagé l’enregistrement de plus de 112 médicaments auparavant non enregistrés afin d’améliorer l’accès aux traitements nécessaires.

Enfin, le renforcement de la production s’accompagne d’exigences supplémentaires de traçabilité. Le système national de marquage numérique, déployé depuis 2024, permet de suivre la circulation des médicaments, de contrôler les stocks et de détecter certaines irrégularités commerciales. En 2026, le dispositif a permis d’identifier des anomalies concernant 788 opérateurs, selon le ministère de la Santé. À partir du 1er janvier 2027, les autorités doivent disposer de pouvoirs de contrôle élargis, notamment pour réaliser des prélèvements inopinés et suspendre certaines activités en cas de manquement aux règles de qualité et de sécurité.

Par Rodion Zolkin
Le 11/04/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale