Après les récoltes, les champs peuvent devenir une source de pollution plutôt qu’une réserve de matière organique. En Ouzbékistan, les autorités veulent remplacer le brûlage des chaumes par le compost, le paillage et la valorisation des résidus. Un appel qui rejoint les efforts engagés dans plusieurs pays d’Asie, où la lutte contre les fumées agricoles prend une ampleur croissante.
Ouzbékistan : le compost recommandé pour mettre fin au brûlage des chaumes
Le 1er novembre 2026, le Comité national de l’écologie et du changement climatique d’Ouzbékistan a rappelé aux agriculteurs, aux petits exploitants et aux utilisateurs de terres que le brûlage des résidus végétaux est interdit. Dans un communiqué, il les invite à ne plus mettre le feu aux chaumes, feuilles mortes, branches et broussailles laissés après les travaux agricoles. Le message ne se limite pas à une interdiction. Les autorités demandent aussi de conserver la valeur de cette biomasse, plutôt que de la transformer en fumée. L’enjeu est double : réduire l’exposition des habitants aux substances toxiques et préserver les ressources des sols cultivés.
L’incinération des restes de récolte expose les exploitants à des sanctions administratives. L’amende peut atteindre dix unités de calcul de base, soit environ 329 euros. Si le feu endommage des cultures, des mesures financières supplémentaires peuvent s’appliquer en fonction du nombre d’hectares touchés, prévient le Comité national de l’écologie.
La fermeté des autorités s’explique par la composition des fumées. Le Comité cite notamment le monoxyde de carbone, les oxydes d’azote, le benzo[a]pyrène, les dioxines et les dibenzofuranes. Ces substances exposent les populations à une pollution qui ne reste pas confinée à la parcelle incendiée. De surcroît, les fortes températures détruisent certains éléments nutritifs présents dans la couche superficielle du sol, compromettant sa fertilité.
Cette mise en garde intervient dans un pays confronté à des épisodes de mauvaise qualité de l’air. Dans la nuit du 29 au 30 octobre 2026, Tachkent a connu une dégradation des conditions atmosphériques, décrites comme malsaines par endroits selon le Comité national de l’écologie. L’administration a mis en avant la faiblesse des vents et une inversion thermique favorisant l’accumulation des émissions locales, sans imputer précisément cet épisode aux feux agricoles.
Le gouvernement souligne parallèlement des progrès : les concentrations de particules fines PM2,5 seraient passées de 41,2 à 30,3 microgrammes par mètre cube par rapport à la période comparable de 2025, soit une baisse de 26,5%. Ces résultats déclarés n’effacent pas le risque de pics ponctuels de pollution.
Compost et paillage : donner une seconde vie aux récoltes
Pour les agriculteurs, renoncer au feu suppose de trouver un usage aux volumes de paille, de feuilles et de tiges accumulés après la récolte. Le Comité ouzbek propose trois pistes : fabriquer du compost, couvrir la terre avec des résidus végétaux ou employer les matières adaptées comme fourrage. Dans chaque cas, ce qui était considéré comme un déchet devient une ressource utilisable sur l’exploitation.
Le compostage permet de transformer progressivement des matières végétales en amendement organique. Le paillage, lui, consiste à laisser une couverture de matière sur le sol, notamment autour des jeunes plants, plutôt que de l’évacuer. Cette approche limite l’exposition directe de la terre et garde la matière organique dans le cycle agricole. L’utilisation en alimentation animale exige, quant à elle, de sélectionner des résidus qui conviennent effectivement au bétail.
Ces solutions ne sont pourtant pas interchangeables. Les chaumes peuvent être broyés ou incorporés au sol avec des équipements appropriés ; d’autres restes de récolte trouvent plus facilement preneur auprès des éleveurs. Pour passer de la recommandation officielle à une pratique généralisée, l’accès au matériel, au transport et à des débouchés économiques est donc décisif.
En Inde, le brûlage pousse les agriculteurs vers d’autres débouchés
L’Inde illustre à la fois le potentiel et les difficultés de cette transition. Dans l’État de l’Haryana, une enquête menée auprès de 1.588 agriculteurs montre que 39% utilisent les résidus de riz comme fourrage, 38% les mettent en balles et 32% recourent à des machines pour les incorporer au sol, selon le Conseil sur l’énergie, l’environnement et l’eau (CEEW). Ces pratiques peuvent se cumuler au sein d’une même exploitation.
L’adhésion paraît réelle, mais son financement reste fragile. Parmi les exploitants qui mettent la paille en balles ou l’utilisent comme fourrage, 80% souhaitent poursuivre cette voie ; pourtant, seulement 7% de ceux qui la mettent en balles sont payés par les acheteurs, peut-on lire dans la même étude du CEEW. Autrement dit, supprimer le brûlage ne suffit pas : il faut aussi rendre les alternatives économiquement viables.
Les autorités indiennes cherchent notamment à orienter les résidus vers les briqueteries, les centrales électriques et les installations de biogaz. Le Pendjab et l’Haryana visent une gestion hors des champs de 40% des résidus en 2026, puis de 60% en 2027. Au Pendjab, 7,9 millions de tonnes de résidus sont attendues, dont environ 4,5 millions devraient être prises en charge à l’extérieur des parcelles, précise le journal.
La pression demeure forte. Entre le 15 septembre et le 29 octobre, 1.383 cas de brûlage ont été signalés dans le Pendjab, l’Haryana, l’Uttar Pradesh et Delhi. Le même jour, The Tribune rapportait un renforcement de la surveillance dans sept districts du Pendjab, avec mobilisation de machines de collecte, d’agents administratifs et de policiers.
Du compost aux contrôles : comment d’autres pays évitent de brûler
Au Pakistan voisin, le problème atteint également une grande ampleur. Du 1er au 29 octobre, les satellites ont relevé 13.241 foyers dans le Pendjab pakistanais, contre 3.158 dans le Pendjab indien. Quelque 92% des détections pakistanaises se trouvaient sur des terres agricoles. Ces points chauds ne permettent toutefois pas d’identifier avec certitude chaque brûlage de chaumes ni de mesurer la surface réellement incendiée.
Face au risque de smog, les autorités provinciales pakistanaises ont déployé 67 unités d’intervention rapide, appuyées par des drones et des équipes de terrain, selon Dawn. Leur mission est de repérer les départs de feu, intervenir et faire appliquer les règles, tandis que d’autres contrôles ciblent les industries, les briqueteries et les poussières de chantier. La pollution atmosphérique ne provient donc pas d’une source unique.
Plus à l’est, la Thaïlande associe sanctions et diversification des usages. Son gouvernement a fixé un objectif de réduction d’au moins 15% des surfaces agricoles brûlées. Le dispositif prévoit un suivi satellitaire, des restrictions d’aides aux contrevenants et la promotion de la valorisation énergétique des résidus. Dans le nord du pays, le ministère de l’Agriculture encourage aussi la fabrication d’engrais organiques et de biochar à partir des déchets agricoles.
