Ouzbékistan : le recrutement pour aller travailler à l’étranger passera aux agences privées en 2027
Ouzbékistan : le recrutement pour aller travailler à l'étranger passera aux agences privées en 2027

L’Ouzbékistan prépare une transformation majeure de sa politique d’emploi à l’étranger. Le président Shavkat Mirziyoyev souhaite confier le recrutement international aux agences privées les plus fiables, moyennant des aides financières et des avantages fiscaux. Cette réforme doit favoriser l’accès des Ouzbeks à des postes mieux rémunérés, tout en renforçant leur protection. Mais les performances actuelles des intermédiaires soulèvent déjà des interrogations.

Ouzbékistan : l’emploi à l’étranger bientôt confié aux agences privées

Le gouvernement ouzbek entend changer profondément la manière dont ses ressortissants trouvent un emploi à l’étranger. Lors d’une réunion consacrée à la migration professionnelle, organisée le 2 novembre 2026, le président Shavkat Mirziyoyev a annoncé son intention de transférer dès 2027 les fonctions de placement international aux agences privées de recrutement jugées les plus fiables, selon le communiqué publié par la présidence ouzbèke.

Cette réorientation s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du marché du travail. Tachkent souhaite réduire les départs insuffisamment préparés, développer l’accès à des professions qualifiées et améliorer les revenus des travailleurs expatriés. Le projet prévoit également une coopération renforcée entre les recruteurs, les établissements de formation et les employeurs étrangers, dans un secteur où les autorités reconnaissent la persistance de pratiques frauduleuses.

La principale mesure annoncée consiste à transférer aux agences privées de placement les fonctions d’organisation des départs professionnels vers l’étranger. Jusqu’ici, ces missions étaient assurées à la fois par l’Agence publique des migrations et par des organismes privés titulaires d’une licence. Le gouvernement souhaite désormais privilégier les entreprises capables de démontrer leur fiabilité et d’obtenir des résultats concrets.

Cette évolution intervient alors que le secteur privé connaît une expansion rapide. Le nombre d’agences de recrutement a triplé en deux ans, tandis que celui des citoyens ayant trouvé un emploi à l’étranger par leur intermédiaire a été multiplié par cinq. Cette progression est notamment attribuée à l’assouplissement des procédures de délivrance des licences.

Pour encourager les placements, les autorités envisagent de verser aux agences une prime d’environ 111 euros par travailleur recruté pour un emploi bien rémunéré à l’étranger. L’aide serait liée à l’obtention effective d’un poste, et non à la simple inscription d’un candidat. Le dispositif vise ainsi à orienter les recruteurs vers des offres offrant de meilleures perspectives professionnelles.

L’État souhaite également faciliter la formation des futurs expatriés. Des locaux situés dans les établissements d’enseignement technique pourraient être mis gratuitement à la disposition des agences privées pour organiser des cours de langues et des formations professionnelles. Parallèlement, une cotisation sociale préférentielle de 1% serait appliquée aux enseignants et experts recrutés à l’étranger, tandis que les équipements pédagogiques importés bénéficieraient d’exonérations douanières.

Sur le plan fiscal, le gouvernement envisage de reconnaître les activités de placement comme des prestations de services sociaux, afin d’en simplifier l’imposition. Shavkat Mirziyoyev a demandé la préparation d’un projet de résolution dans un délai d’un mois. Il reste toutefois à déterminer précisément les compétences qui seront conservées par l’Agence publique des migrations après le transfert envisagé.

Enfin, Tachkent souhaite attirer de grands opérateurs internationaux du recrutement. Deux entreprises étrangères d’envergure pourraient commencer leurs activités dans le pays en 2027. Les autorités espèrent ainsi développer des circuits de recrutement directs, dans lesquels les employeurs participeraient à la sélection et à la préparation de leurs futurs salariés.

Des agences d’emploi sous surveillance pour protéger les Ouzbeks

La montée en puissance du secteur privé s’accompagne pourtant d’un problème majeur : la faible fiabilité des intermédiaires. Le président a reconnu l’existence d’irrégularités, de pratiques de corruption et de tromperies au détriment des candidats à l’expatriation. Ces difficultés peuvent se traduire par des prestations non réalisées, des délais excessifs ou des engagements contractuels non respectés.

Les résultats du dernier classement disponible illustrent l’ampleur du problème. Sur 47 agences évaluées au troisième trimestre 2026, 40 ont obtenu une appréciation insuffisante, quatre une note satisfaisante et seulement trois une bonne évaluation. Aucune n’a atteint la meilleure catégorie.

Le système de classement, déjà en place, repose notamment sur les résultats des placements, l’enregistrement des contrats, la préparation des travailleurs avant leur départ et les plaintes reçues. Il doit désormais devenir un instrument central de sélection des agences autorisées à jouer un rôle accru dans le recrutement international. Le gouvernement souhaite également tenir compte du respect des droits des salariés, de leurs rémunérations réelles et de leurs garanties sociales.

Cette vigilance intervient dans un cadre juridique progressivement renforcé. La loi encadrant les agences privées remonte à 2018, avant une nouvelle réforme adoptée en novembre 2025. Les entreprises concernées sont notamment soumises à des obligations de licence et à un mécanisme de dépôt bancaire destiné à garantir une indemnisation lorsque certains engagements ne sont pas respectés. « Dans la migration, nous avons besoin non de chiffres, mais de qualité », a insisté Shavkat Mirziyoyev. Le chef de l’État entend ainsi faire de la qualité des emplois obtenus, plutôt que du seul volume des départs, le principal critère d’appréciation de la politique migratoire.

Cette orientation répond aussi aux critiques adressées par le président aux pratiques actuelles. « Nos migrants sont devenus dépendants des intermédiaires. Jusqu’à quand cela peut-il durer ? », s’est-il interrogé. Le manque de compétences linguistiques et professionnelles des candidats a été présenté comme l’un des facteurs aggravant cette dépendance. La protection ne devrait pas s’arrêter au moment de l’embauche. Les ambassadeurs ouzbeks devront également participer au règlement des difficultés rencontrées à l’étranger, notamment pour les visas, la reconnaissance des qualifications et l’adaptation des travailleurs à leur pays d’accueil. Les autorités locales seront, de leur côté, chargées de veiller davantage aux conditions de vie des familles restées en Ouzbékistan.

Former les Ouzbeks aux métiers recherchés à l’étranger

Le succès de la réforme dépendra largement des compétences des candidats. Lors de la réunion présidentielle, plusieurs exemples ont montré le décalage entre les possibilités offertes par les marchés étrangers et les capacités actuelles de recrutement de l’Ouzbékistan.

L’Allemagne en constitue l’illustration la plus frappante. En 2026, des demandes portant sur 45.000 spécialistes ont été exprimées depuis ce pays, mais seulement 2.000 personnes ont effectivement pu y être placées. Le manque de candidats maîtrisant l’allemand a été identifié comme l’un des principaux obstacles.

Pour améliorer cette situation, Tachkent souhaite former 10.000 personnes aux métiers recherchés et à la langue allemande en 2027, avec l’objectif de faciliter leur recrutement en Allemagne. Le gouvernement prévoit également d’attirer 500 locuteurs natifs germanophones dans les établissements scolaires et techniques, tout en renforçant la formation des enseignants locaux.

De nouveaux centres de migration doivent être créés dans chaque région. Une dotation d’environ 594.300 euros par région est prévue. Ces structures devront réunir préparation linguistique, acquisition de compétences professionnelles et accompagnement dans les démarches de recrutement.

Le modèle retenu est celui du centre international Intil, situé dans le district d’Outchtepa, à Tachkent. Lors d’une visite le 2 novembre 2026, Shavkat Mirziyoyev a découvert un établissement proposant des salles de cours pouvant accueillir 600 personnes, des espaces de formation pratique de 180 places, un centre d’examens de 120 places et un hébergement de 400 places. Le centre accueillait alors 240 stagiaires bénéficiant gratuitement de leur formation et de leur hébergement. Les enseignements portent notamment sur l’allemand, l’anglais, le japonais et le coréen, mais aussi sur des professions comme le soudage, l’électricité, la plomberie, la logistique et les métiers de l’hôtellerie-restauration. Les formations linguistiques s’étendent sur six à dix mois, selon les besoins des employeurs étrangers. « Je veux que nos jeunes partent à l’étranger non comme de simples ouvriers, mais comme des spécialistes qualifiés », a déclaré le président de l’Ouzbékistan.

Au-delà de ces centres spécialisés, une réforme des établissements techniques est envisagée. Vingt établissements doivent d’abord adapter leurs programmes aux exigences des entreprises étrangères. D’autres structures seront confiées à des entrepreneurs pour une durée de quinze ans, avec l’ambition de former au moins 30.000 spécialistes chaque année, selon la présidence ouzbèke.

La diversification géographique constitue un autre objectif. Le Japon manifeste notamment un intérêt pour le recrutement de personnels infirmiers ouzbeks. Cependant, l’exercice de la profession d’infirmier diplômé au Japon suppose des qualifications et des autorisations distinctes de celles requises pour les métiers d’aide aux personnes dépendantes. Une préparation linguistique seule ne suffit donc pas à garantir l’accès à ces professions.

Le Royaume-Uni représente également une destination potentielle. Les besoins évoqués atteignent 33.000 travailleurs. Pourtant, les recrutements d’Ouzbeks y restent principalement orientés vers les activités agricoles saisonnières, alors que Tachkent souhaite développer les débouchés dans la santé, l’industrie et la logistique.

Dans l’ensemble, les autorités estiment que 287.000 possibilités d’emploi existent dans 34 pays pour 2026. Le principal défi réside désormais dans la transmission de ces offres aux candidats, leur préparation et la transformation de ce potentiel en recrutements effectifs. Les mahallas, structures de proximité de la vie locale ouzbèke, devraient jouer un rôle plus important dans la diffusion des informations et le recensement des personnes souhaitant partir travailler à l’étranger.

Retours, pensions et transferts : les autres défis de l’Ouzbékistan

La nouvelle politique migratoire ne concerne pas uniquement les départs. Le gouvernement souhaite également mieux accompagner les personnes qui reviennent au pays après avoir travaillé à l’étranger. Depuis le début de l’année 2026, 1.116.000 migrants sont rentrés en Ouzbékistan. Certains possèdent une expérience acquise dans l’industrie, le bâtiment, la logistique ou les services, notamment en Allemagne, en Corée du Sud, au Japon, au Royaume-Uni et en Russie. Pour valoriser ces compétences, une plateforme informatique doit recenser leurs précédents employeurs, leurs qualifications et leurs périodes d’activité à l’étranger.

Les autorités se sont fixé pour objectif de trouver un emploi adapté à 250.000 personnes revenues de migration avant la fin de 2026. Les citoyens souhaitant créer leur propre entreprise doivent également bénéficier de conseils et d’un accompagnement. Le nombre de migrants déjà réinsérés dans un emploi stable parmi les retours enregistrés n’a toutefois pas été précisé.

Une autre difficulté concerne la reconnaissance des droits sociaux accumulés à l’étranger. Les Ouzbékistanais travaillent légalement dans plus de 40 pays, mais les périodes d’activité et les cotisations versées ne sont pas toujours automatiquement prises en compte lors du calcul des retraites dans leur pays d’origine. « Il est nécessaire que leur ancienneté professionnelle acquise à l’étranger soit prise en compte après leur retour au pays, particulièrement pour l’attribution des pensions », a déclaré Shavkat Mirziyoyev. L’Ouzbékistan a déjà conclu en 2026 des accords dans ce domaine avec le Kirghizstan, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Des négociations similaires sont désormais souhaitées avec la Russie, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud ainsi que plusieurs pays baltes et balkaniques. L’objectif est de renforcer la continuité des droits sociaux des travailleurs mobiles.

La dimension financière occupe parallèlement une place essentielle dans cette stratégie. Le président souhaite porter les transferts annuels des travailleurs expatriés vers leurs familles à l’équivalent d’environ 44,7 milliards d’euros. Il estime que les flux actuels dépassent déjà l’équivalent de 17,9 milliards d’euros. Ces montants doivent cependant être distingués des statistiques annuelles consolidées. Les transferts reçus de l’étranger en 2025 ont atteint l’équivalent d’environ 16,9 milliards d’euros, en progression de 28% par rapport à 2024.

Le président a souligné que cette progression résultait largement des efforts individuels des expatriés. « Aujourd’hui, l’État n’a rien à voir avec les […] transferts d’argent envoyés par nos migrants », a-t-il reconnu. Il souhaite que les administrations, les ambassades et les organismes de formation contribuent davantage à l’amélioration des perspectives professionnelles et financières des travailleurs. Les disparités régionales illustrent l’enjeu. Dans la région de Ferghana, les transferts mensuels moyens par travailleur expatrié correspondent à environ 1.652 euros, contre moins de 357 euros dans certaines autres régions. Il s’agit bien des sommes envoyées aux familles, et non nécessairement des salaires perçus à l’étranger.

La protection des migrants demeure enfin une responsabilité que le chef de l’État entend maintenir au niveau diplomatique et local, indépendamment du rôle croissant confié aux recruteurs privés. « Aucun de nos compatriotes travaillant à l’étranger ne doit être laissé seul face à ses difficultés », a affirmé Shavkat Mirziyoyev. Les ambassadeurs devront traiter les problèmes signalés par les travailleurs, tandis que les gouverneurs régionaux seront chargés de suivre leur situation et celle de leurs proches restés au pays.

Par Rodion Zolkin
Le 11/02/2026

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