Le Kazakhstan doit-il chercher à accueillir toujours plus de touristes ou privilégier ceux qui dépensent davantage ? Pour Erjan Erkinbaev, ancien vice-ministre du Tourisme et des Sports, la priorité est claire : attirer des visiteurs capables de consacrer entre 268 et 357 euros par jour à leur séjour. Une stratégie qui repose sur l’hôtellerie haut de gamme, les paysages naturels et une offre touristique plus exclusive, sans sacrifier l’accès des Kazakhstanais à leurs propres destinations.
Erjan Erkinbaev estime que le Kazakhstan doit privilégier les touristes à fort pouvoir d’achat
Invité du podcast de Ruslan Chaïekine « 101+ amis de Chaïekine », Erjan Erkinbaev, ancien vice-ministre du Tourisme et aujourd’hui directeur général de Kazakh Tourism Development, a plaidé pour une évolution des priorités du Kazakhstan en matière de tourisme : plutôt que de rechercher systématiquement une augmentation du nombre de touristes étrangers, il préconise de concentrer les efforts sur leur contribution à l’économie nationale.
Cette orientation intervient alors que le Kazakhstan a accueilli 15,7 millions de visiteurs étrangers en 2025. L’ancien vice-ministre évoque également la possibilité de franchir prochainement le seuil des 20 millions de visiteurs. Pourtant, cette progression ne constitue pas, à ses yeux, un objectif suffisant. La question déterminante réside dans les dépenses réalisées sur place et dans la capacité du tourisme à créer de la valeur pour les entreprises locales.
« Nous n’avons pas besoin de 25 millions de touristes étrangers », a affirmé Erjan Erkinbaev dans son entretien avec Ruslan Chaïekine. L’ancien vice-ministre va plus loin : il ne juge pas davantage nécessaire de viser 40 millions d’arrivées. Il estime qu’une fréquentation relativement stable, autour de 15 millions de visiteurs, pourrait mieux répondre aux intérêts du pays si elle s’accompagnait de dépenses suffisamment importantes.
Le raisonnement repose sur une distinction fondamentale entre volume touristique et rendement économique. Une destination très fréquentée ne retire pas nécessairement les mêmes bénéfices qu’un territoire accueillant moins de voyageurs, mais disposant de prestations capables de générer davantage de recettes par séjour. Pour Erjan Erkinbaev, l’enjeu n’est donc pas uniquement de faire venir des étrangers. Il s’agit aussi de déterminer quels services ils utilisent, combien ils dépensent et quelles activités économiques bénéficient de leur présence. Dans cette perspective, l’ancien vice-ministre souhaite voir le Kazakhstan séduire une clientèle disposant d’un budget quotidien de 300-400 dollars, répartis entre hébergement, restauration, excursions, activités et achats.
Pour illustrer les limites d’un développement fondé sur les petits budgets, Erjan Erkinbaev évoque la Géorgie. Il cite notamment les étudiants, les travailleurs nomades du numérique et les jeunes voyageurs qui ont bénéficié de conditions favorables pour séjourner ou travailler dans ce pays. Leurs dépenses quotidiennes seraient comprises entre 22 et 27 euros environ. Une fréquentation potentiellement importante, mais caractérisée par des dépenses individuelles beaucoup plus modestes.
En insistant sur « leurs dépenses quotidiennes », Erjan Erkinbaev, cité par Kursiv, défend une approche centrée sur les recettes plutôt que sur le seul nombre d’entrées. Sa comparaison avec la Géorgie constitue toutefois son appréciation personnelle d’un modèle touristique, et non une étude comparative détaillée présentée dans l’entretien. Elle traduit surtout sa volonté d’éviter que le Kazakhstan construise sa stratégie internationale autour d’une clientèle attirée principalement par des séjours économiques.
Cette préférence pour les voyageurs aisés répond également, selon lui, à une préoccupation intérieure. Un développement touristique exclusivement tourné vers la croissance du nombre de visiteurs pourrait compliquer l’accès de la population locale à certaines infrastructures. Erkinbaev souhaite au contraire que les équipements créés grâce aux investissements touristiques puissent continuer à servir les Kazakhstanais. L’objectif qu’il défend consiste ainsi à rechercher des recettes plus élevées auprès des visiteurs étrangers tout en préservant les possibilités de loisirs des habitants.
Au Kazakhstan, les hôtels haut de gamme comme moteur économique
L’hôtellerie occupe une place centrale dans cette stratégie. Erjan Erkinbaev cite l’exemple de certains pays arabes qui auraient, selon lui, encadré les catégories d’établissements accessibles aux voyageurs étrangers pour favoriser les dépenses touristiques. Il met particulièrement en avant les hôtels de luxe, considérant que leur clientèle dispose généralement de moyens financiers lui permettant de consommer d’autres prestations pendant son séjour.
« Seulement des cinq étoiles », résume Erjan Erkinbaev. Derrière cette formule, l’ancien vice-ministre développe une logique économique : une personne choisissant un établissement prestigieux serait également susceptible de dépenser davantage dans les restaurants, les boutiques, les transports privés ou les activités proposées à proximité. La chambre d’hôtel deviendrait alors un élément parmi d’autres d’une expérience touristique complète.
Cette orientation ne signifie pas qu’une obligation de séjourner dans des établissements de luxe aurait été adoptée au Kazakhstan. Erkinbaev présente une préférence stratégique et évoque des exemples étrangers, sans annoncer de mesure réglementaire kazakhstanaise. Il défend surtout la création d’une offre touristique distinctive, dont le niveau de service et les caractéristiques permettraient au pays de se positionner sur des segments plus rémunérateurs.
Le Kazakhstan disposerait, selon lui, d’arguments encore insuffisamment valorisés. Erjan Erkinbaev prend notamment l’exemple d’Aktau, sur les rives de la mer Caspienne. La ville associe, à ses yeux, une infrastructure hôtelière moderne, illustrée par le complexe cinq étoiles Rixos, à un environnement naturel particulier. Le littoral, les paysages et les possibilités d’excursion constitueraient autant d’atouts pour une clientèle internationale désireuse de découvrir une destination différente des grands circuits habituels.
« Nous sommes un pays sûr », fait valoir Erjan Erkinbaev. L’ancien vice-ministre associe cette perception de la sécurité à la diversité des écosystèmes, à la beauté des paysages et au caractère relativement récent de certaines installations hôtelières. Il oppose ces avantages à l’expérience que pourraient rencontrer des visiteurs dans certaines destinations européennes, où il mentionne notamment les petits vols et le vieillissement d’établissements touristiques.
Pour lui, l’exclusivité ne se réduit donc pas au confort hôtelier. Elle dépend aussi de la capacité d’une destination à proposer des expériences difficiles à retrouver ailleurs. Les étendues naturelles du Kazakhstan, les reliefs montagneux, les paysages de la Caspienne et la diversité des milieux traversés peuvent contribuer à cette différenciation. L’enjeu consiste à transformer ces ressources en prestations organisées et suffisamment attractives pour convaincre les voyageurs internationaux d’y consacrer une part importante de leur budget.

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Erjan Erkinbaev veut également séduire les touristes en transit
Le développement d’une clientèle à fort pouvoir d’achat ne suppose pas nécessairement des séjours prolongés. Erjan Erkinbaev insiste également sur les possibilités offertes par les voyageurs internationaux qui traversent le Kazakhstan sans en faire initialement leur destination principale. Les correspondances aériennes peuvent, selon lui, devenir un levier de fréquentation touristique, à condition de proposer des escales suffisamment attractives.
Il évoque notamment les passagers en provenance de Chine ou d’Inde qui empruntent des itinéraires passant par Astana ou Almaty avant de rejoindre l’Europe, Moscou ou d’autres destinations. Certains pourraient profiter de leur correspondance pour passer une ou deux nuits dans le pays. Ces séjours de courte durée permettraient de découvrir la ville et ses environs sans modifier profondément l’organisation du voyage.
À Almaty, plusieurs activités sont citées pour illustrer cette offre potentielle. Une excursion vers le canyon de Charyn, une découverte du domaine montagneux de Chymboulak ou une visite des commerces de marques internationales pourraient enrichir une escale. Erjan Erkinbaev évoque d’ailleurs les excursions de montagne pour les hommes et les boutiques pour les femmes, une présentation différenciée des loisirs qui reflète sa propre description de cette clientèle.
Au-delà de ces exemples, la réflexion porte sur la manière d’intégrer les dépenses touristiques aux itinéraires aériens existants. Un passager qui ne ferait que changer d’avion génère des retombées locales différentes de celles d’un voyageur qui passe une nuit à l’hôtel, se restaure, utilise un transport ou réserve une excursion. Dans la logique défendue par l’ancien vice-ministre, la valorisation des correspondances pourrait donc contribuer à élargir la clientèle sans reposer uniquement sur l’ouverture de nouvelles destinations de vacances.
Erjan Erkinbaev souligne également la proximité des espaces naturels autour d’Almaty. Il estime que cinq parcs nationaux se trouvent dans un rayon d’environ trois heures de trajet depuis la ville. Cette concentration de sites constituerait un avantage pour développer des excursions et des prestations spécialisées, aussi bien pour les voyageurs de passage que pour ceux qui consacrent un séjour complet à la région.
Les petites et moyennes entreprises auraient, d’après lui, un rôle essentiel à jouer dans cette organisation. L’accueil, la restauration, les transports, l’accompagnement des visiteurs et les services annexes pourraient créer des possibilités d’emploi pour la population locale. Erkinbaev considère par ailleurs que les établissements hôteliers haut de gamme peuvent contribuer à la formation professionnelle. Il cite le cas de serveurs préparés à l’ouverture d’un hôtel Ritz-Carlton qui auraient presque tous rejoint d’autres établissements après une année d’expérience, bénéficiant ainsi des compétences acquises dans un environnement exigeant.
Kazakhstan : Kok-Jaïlaou, entre développement touristique et protection des montagnes
La stratégie présentée par Erjan Erkinbaev trouve une application plus concrète dans le projet de station touristique de Kok-Jaïlaou, près d’Almaty. Kazakh Tourism Development participe au développement de ce site montagneux, que l’ancien vice-ministre présente comme un espace devant bénéficier à l’ensemble de la population. Le projet dépasse ainsi la seule question de l’accueil des voyageurs étrangers : il soulève également celle des conditions d’accès des habitants aux loisirs de montagne.
« C’est un parc national », rappelle Erjan Erkinbaev. Il insiste sur le fait que cet espace appartient à la nation et doit rester accessible à tous les citoyens. Sa position consiste à défendre la création d’infrastructures touristiques tout en affirmant que les habitants doivent pouvoir continuer à fréquenter les lieux. Cette ambition implique de concilier l’activité commerciale, l’usage public du territoire et les exigences de conservation.
Erjan Erkinbaev avance également un argument financier en faveur du projet. Une partie des recettes générées par l’exploitation de la future station pourrait être affectée aux recherches scientifiques, à la préservation de la biodiversité et aux besoins matériels des inspecteurs des parcs nationaux. Il évoque notamment l’achat de vêtements et d’équipements professionnels. Un suivi quotidien des effets de la fréquentation touristique sur l’environnement est également annoncé.
L’accès au ski constitue un autre volet de sa réflexion. Erjan Erkinbaev estime qu’entre 10.000 et 20.000 habitants d’Almaty pratiquent régulièrement cette activité. La construction de nouvelles remontées mécaniques pourrait, d’après lui, faciliter la fréquentation de la montagne par une population plus large. Il souhaite notamment que les enfants puissent profiter de ces équipements et fait référence à la France, où certaines activités physiques scolaires peuvent se dérouler en montagne.
