Russie-Ouzbékistan : les nouveaux projets industriels passent à l’exécution
Russie-Ouzbékistan : les nouveaux projets industriels passent à l’exécution

L’Ouzbékistan et la Russie veulent accélérer leur coopération industrielle avec 17 projets conjoints représentant environ 311 millions d’euros. Derrière cette enveloppe se dessine un dispositif beaucoup plus vaste : nouvelles capacités de production, technoparcs, énergie nucléaire, logistique de Wildberries et partenariats directs entre régions russes et ouzbèkes.

Russie-Ouzbékistan : 17 projets à 311 millions d’euros

Dix-sept projets conjoints devraient être lancés entre l’Ouzbékistan et la Russie en 2026 pour une valeur cumulée de 311 millions d’euros, a-t-il été annoncé lors de la Commission intergouvernementale sur la coopération économique entre l’Ouzbékistan et la Russie, qui vient de se tenir. Trois secteurs sont explicitement mentionnés : l’industrie chimique, la transformation agroalimentaire et le travail des métaux.

Il faut savoir que sur les huit premiers mois de 2026, les échanges entre l’Ouzbékistan et la Russie ont progressé de 10%. Les présidents des deux pays ont fixé comme objectif de porter à terme le commerce bilatéral à l’équivalent de 26,6 milliards d’euros.

Cette densification des échanges repose déjà sur une présence entrepreneuriale russe substantielle. Plus de 3.500 entreprises à participation russe sont actives en Ouzbékistan. La Russie occupe également une position de premier plan par le nombre d’entreprises manufacturières conjointes.

Le projet Wildberries veut changer l’échelle logistique de Tachkent

L’un des projets les plus concrets annoncés autour des réunions de Ferghana concerne Wildberries & Russ. Le groupe et le ministère ouzbek de l’Investissement, de l’Industrie et du Commerce ont conclu un accord d’investissement pour construire un complexe logistique multifonctionnel de classe A dans le district de Zangiata, dans la région de Tachkent.

L’installation doit occuper 67,3 hectares dans la mahalla Bogzor, à proximité du district de Yangihayot de la capitale. Les travaux de conception sont en cours et le démarrage de la construction est attendu à la fin d’octobre 2026. Wildberries prévoit au moins 7.500 emplois sur le site et la formation spécialisée d’au moins 2.000 personnes.

Le projet a nettement grossi depuis ses premières annonces. En 2023, Wildberries envisageait jusqu’à environ 124 millions d’euros d’investissements pour un centre de 150.000 mètres carrés. En 2025, le programme avait été révisé à environ 133 millions d’euros et 180.000 mètres carrés.

L’ambition s’est ensuite élargie à une architecture logistique régionale. En juin 2026, Wildberries & Russ indiquait prévoir plus de 266 millions d’euros d’investissements dans l’économie ouzbèke. Le groupe expliquait vouloir relier un centre de tri existant, un entrepôt alors présenté comme couvrant 170.000 mètres carrés et ses infrastructures situées dans d’autres pays.

Russie et Ouzbékistan : nucléaire, technoparcs et recherche

L’énergie constitue l’autre chantier stratégique. Les responsables russes et ouzbeks ont examiné le projet de construction d’une centrale nucléaire dans la région de Djizak. La coopération envisagée ne s’arrête pas à l’infrastructure elle-même : la formation de spécialistes ouzbeks ainsi que la localisation de la fabrication d’équipements et de la fourniture de services figurent également dans le programme discuté.

Cette logique de localisation est déjà visible dans les infrastructures industrielles communes. Les plateformes de Chirchik et de Djizak fonctionnent déjà, une nouvelle zone industrielle a été ouverte à Navoï en avril 2026, et les préparatifs du technoparc de Bekabad se poursuivent dans la région de Tachkent. Moscou et Tachkent cherchent ainsi à reproduire des modèles de coopération territoriale dans plusieurs bassins industriels ouzbeks.

Le programme se prolonge sur le terrain scientifique. La Russie et l’Ouzbékistan ont signé une stratégie commune de développement scientifique et technologique couvrant la période 2026-2040. Le document prévoit notamment de renforcer les compétences humaines, de mettre en place des infrastructures de recherche communes et d’améliorer l’attractivité des développements scientifiques pour les investisseurs, selon la source officielle relayée par la CEI.

Pour Jamshid Khodjaev, cette architecture repose sur la complémentarité des deux économies. « Nos économies se complètent bien », a déclaré le vice-Premier ministre ouzbek. Le message accompagne une priorité très opérationnelle : accélérer l’exécution des projets déjà convenus plutôt que multiplier les annonces sans calendrier de réalisation.

Des projets régionaux pour mailler l’Ouzbékistan

La coopération entre Moscou et Tachkent se joue également à l’échelle des territoires. Les 14 régions de l’Ouzbékistan entretiennent des relations avec plus de 50 sujets de la Fédération de Russie. Le portefeuille de coopération interrégionale comprend plus de 200 projets d’une valeur proche de 5,32 milliards d’euros.

Le périmètre russe apparaît même plus large lorsque l’on considère l’ensemble des liens économiques, scientifiques, techniques et humanitaires. Près de 80 sujets de la Fédération sont engagés dans les relations avec l’Ouzbékistan. Le président russe a évoqué des centaines de projets communs, allant des entreprises industrielles aux parcs technologiques, en passant par les infrastructures et les équipements sociaux.

Le troisième Conseil des régions organisé à Ferghana a réuni les représentants de 17 régions russes, de l’ensemble des régions ouzbèkes et environ 400 entrepreneurs des deux pays. Quatre documents ont été actés à cette occasion : un accord industriel entre les régions de Ferghana et d’Omsk, un accord de coopération entre la région de Sourkhandaria et le territoire de Krasnoïarsk, un programme d’action entre Namangan et le Daghestan, ainsi que l’accord d’investissement relatif au complexe Wildberries.

D’autres pistes restent au stade de l’initiative. La partie ouzbèke a notamment proposé de développer à Ferghana une plateforme conjointe consacrée aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle ainsi qu’un réseau de centres agrologistiques reliant les régions des deux pays.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/07/2026

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