TikTok : au Kirghizstan, un député demande la fin du blocage
TikTok : au Kirghizstan, un député demande la fin du blocage

Au Kirghizstan, la levée du blocage de TikTok revient au cœur des discussions parlementaires. Le député Dastan Bekeshev appelle une nouvelle fois les autorités à rétablir l’accès au réseau social, qu’il considère comme un outil de promotion du tourisme et de développement économique. Face à cette demande, le Comité d’État pour la sécurité nationale maintient une approche conditionnée à la protection des mineurs et à la mise en place de dispositifs de filtrage.

TikTok : un nouvel appel du député Dastan Bekeshev

Le débat sur l’avenir de TikTok au Kirghizstan connaît un nouvel épisode. Le mercredi 7 octobre 2026, le député Dastan Bekeshev a profité d’une séance du Joghorkou Kenech, le parlement kirghiz, pour demander la réouverture de la plateforme. Cette intervention intervient alors que les restrictions d’accès restent en vigueur et que plusieurs représentants du monde économique réclament également leur réexamen.

L’élu met en avant les possibilités offertes par le réseau social pour promouvoir l’image du pays, attirer des visiteurs et soutenir les entrepreneurs. Son initiative se heurte néanmoins aux réserves des services de sécurité, qui invoquent la nécessité de protéger les enfants contre les contenus jugés préjudiciables. Derrière cette divergence se dessine un débat plus large sur la place des plateformes numériques dans l’économie kirghize et sur les modalités de leur régulation.

La demande formulée par Dastan Bekeshev n’est pas une première. Le parlementaire avait déjà sollicité le responsable du Comité d’État pour la sécurité nationale, ou GKNB, en février 2026, afin d’obtenir le rétablissement de l’accès à TikTok. Plusieurs mois plus tard, il revient sur le sujet devant ses collègues, estimant que le maintien des restrictions prive les utilisateurs et les entreprises d’un outil de communication.

Cette nouvelle intervention a été présentée pendant la séquence parlementaire consacrée aux questions diverses. Les élus y ont également abordé les difficultés de circulation dans la capitale, la construction d’infrastructures sociales et plusieurs problèmes touchant les services publics. Dastan Bekeshev a notamment évoqué les embouteillages provoqués par les cortèges officiels et demandé une meilleure application des règles de circulation.

Sur TikTok, son argumentation repose principalement sur l’utilité de la plateforme. Le député considère que les possibilités de diffusion offertes par les vidéos courtes peuvent bénéficier à des utilisateurs bien au-delà du secteur du divertissement. Il défend notamment les intérêts des petites entreprises qui cherchent à faire connaître leurs produits, leurs prestations ou leurs activités auprès d’un public plus large.

« Nous avons accueilli les Jeux nomades, la Bichkek Arena a ouvert. Beaucoup de contenus sont publiés sur TikTok, mais TikTok est bloqué chez nous. Je demanderais une nouvelle fois de le rendre accessible à nos citoyens, car cela serait également pratique pour les entrepreneurs », a déclaré Dastan Bekeshev.

Cette intervention illustre une position régulièrement exprimée par le parlementaire : le réseau social ne devrait pas être considéré uniquement sous l’angle des risques liés à certains contenus. Il estime nécessaire de prendre également en compte ses usages professionnels et économiques. Cette distinction est centrale dans son plaidoyer, puisqu’elle conduit à remettre en question le principe d’une restriction générale plutôt que des mesures ciblant les publications problématiques.

Pour autant, cette prise de parole ne constitue pas une décision de réouverture. Les informations rapportées sur la séance parlementaire établissent l’existence d’une nouvelle demande politique, sans annoncer de modification des restrictions. La question demeure donc entre les mains des autorités compétentes, alors que le désaccord porte toujours sur les conditions auxquelles l’accès pourrait être rétabli.

Le député invoque les enjeux d’attractivité touristique du Kirghizstan et de sa visibilité internationale

Pour défendre sa proposition, Dastan Bekeshev s’est appuyé sur plusieurs événements ayant récemment attiré l’attention sur le Kirghizstan. Les Jeux mondiaux nomades et l’ouverture de la Bichkek Arena occupent une place importante dans son argumentaire. À ses yeux, ces manifestations démontrent l’intérêt de disposer de canaux numériques accessibles pour diffuser des images du pays à l’étranger.

Le député a ainsi rappelé que des citoyens kirghiz et des touristes avaient partagé des publications consacrées à ces événements sur différentes plateformes, notamment Instagram et TikTok. Il considère que ces contenus représentent une occasion de mieux faire connaître la culture nationale, les paysages et les attractions touristiques du Kirghizstan.

L’enjeu dépasse la simple diffusion de photographies ou de séquences vidéo. Dans le raisonnement du parlementaire, un visiteur étranger qui partage son expérience participe à la visibilité internationale de la destination. De leur côté, les entreprises touristiques peuvent utiliser ces publications pour présenter leurs activités et toucher des clients potentiels. Il s’agit toutefois d’un potentiel mis en avant par l’élu, et non d’un effet économique mesuré dans les sources consultées.

Cette argumentation rejoint ses préoccupations concernant les entrepreneurs. Les commerces, les prestataires de services et les acteurs de la création numérique peuvent utiliser les réseaux sociaux comme des vitrines commerciales. Pour les structures disposant de moyens publicitaires limités, la publication de vidéos offre une voie supplémentaire pour présenter leur offre, développer leur notoriété ou entretenir le contact avec leur clientèle.

Le problème soulevé par Dastan Bekeshev tient donc autant à l’accès à un outil qu’aux possibilités de communication associées à son utilisation. Il juge peu cohérent de vouloir renforcer l’attractivité touristique du pays tout en maintenant des restrictions sur une plateforme susceptible de participer à sa promotion.

Il convient néanmoins de distinguer ces perspectives des résultats effectivement établis. Les sources examinées ne fournissent pas de statistiques vérifiées sur le nombre d’entreprises kirghizes qui dépendraient de TikTok, sur les audiences étrangères concernées ou sur les recettes touristiques qui pourraient être générées par une réouverture. Les bénéfices évoqués relèvent, à ce stade, des arguments avancés pour soutenir la demande.

TikTok au Kirghizstan : le GKNB invoque la sécurité des enfants

Face à ces appels, le Comité d’État pour la sécurité nationale défend une approche centrée sur la protection des utilisateurs mineurs. Les restrictions ont été justifiées par la présence de contenus susceptibles de porter atteinte à leur santé ou à leur développement. Le GKNB rattache cette mesure à une législation adoptée en 2023 pour prévenir les effets préjudiciables de certaines informations sur les enfants.

Le désaccord ne porte donc pas seulement sur l’intérêt économique de TikTok. Il concerne également les responsabilités des autorités face aux contenus diffusés sur les plateformes et les outils dont elles disposent pour exercer un contrôle. Alors que Dastan Bekeshev privilégie le rétablissement de l’accès, les représentants des services de sécurité présentent la mise en place de mécanismes de filtrage comme une condition préalable.

Le 4 juin 2026, le vice-président du GKNB, Alisher Erbaev, a précisé cette position lors d’une séance du Parlement. Il a expliqué que la levée du blocage dépendrait du déploiement d’équipements techniques spécialisés capables de restreindre l’accès à certaines catégories de contenus. L’objectif annoncé serait de remplacer la restriction générale par des interventions plus ciblées.

Cette évolution nécessiterait également des adaptations réglementaires liées à l’intégration du Code numérique kirghiz. Les autorités devraient d’abord approuver les textes appropriés, acquérir les équipements nécessaires, puis les mettre en service. Le GKNB présente cette démarche comme un moyen de protéger les mineurs sans devoir maintenir durablement le blocage de l’ensemble de la plateforme.

Une telle perspective fait apparaître une possibilité de rapprochement entre les positions exprimées. Le député réclame un accès rétabli pour les utilisateurs et les entreprises, tandis que les services de sécurité envisagent eux aussi une réouverture, mais sous réserve de conditions techniques et réglementaires. Les sources disponibles ne permettent cependant pas de déterminer à quelle échéance ces conditions pourraient être remplies, ni de confirmer qu’un calendrier de déblocage aurait été arrêté.

Dastan Bekeshev conteste par ailleurs les arguments sécuritaires opposés à sa demande. « C’est pourquoi je vous demande une nouvelle fois de débloquer TikTok. Actuellement, seul le GKNB s’y oppose. Je ne sais pas quel lien il y a entre la sécurité et TikTok, Dieu seul le sait. Mais je voudrais vous demander de vous en occuper », a déclaré le député.
Son affirmation selon laquelle le GKNB serait le seul organisme encore opposé à la réouverture doit toutefois être considérée comme sa propre appréciation. Les informations recueillies ne contiennent pas de confirmation officielle établissant que toutes les autres institutions concernées auraient donné leur accord. De même, les arguments avancés par Alisher Erbaev en juin présentent les conditions envisagées par son institution, sans confirmer leur réalisation effective.

L’appel des entrepreneurs du Kirghizstan rejoint les demandes politiques

La mobilisation en faveur de TikTok ne se limite pas aux interventions de Dastan Bekeshev. Plusieurs acteurs des industries créatives kirghizes ont également demandé aux autorités de revoir leur position. Le 29 mai 2026, le Parc des industries créatives et l’Association des industries créatives ont lancé une initiative publique en faveur du déblocage.

Les organisateurs ont adressé leur demande au président Sadyr Japarov. Leur démarche s’inscrit dans une réflexion sur les perspectives offertes aux créateurs de contenus, aux professionnels du numérique et aux entreprises cherchant à développer leur activité. Pour ces représentants du secteur, TikTok constitue un moyen de présenter des projets, de valoriser des compétences et de communiquer avec des publics situés au-delà des frontières kirghizes.

Les initiateurs de cette campagne estiment que les restrictions pénalisent les auteurs et les entrepreneurs en limitant leurs possibilités de promotion internationale. Ils mettent notamment en avant les difficultés rencontrées pour développer des projets créatifs et rechercher de nouvelles sources de revenus. Ces conséquences restent néanmoins présentées comme les appréciations des représentants du secteur, sans évaluation financière indépendante publiée dans l’article.

La campagne accorde également une place particulière à l’identité culturelle du Kirghizstan. Les initiateurs considèrent que les talents artistiques, les traditions et les paysages du pays constituent des atouts susceptibles de trouver une audience internationale sur les plateformes vidéo. Leur demande rejoint ainsi l’argument touristique développé par Dastan Bekeshev lors de son intervention parlementaire.

La convergence de ces prises de position donne au débat plusieurs dimensions. D’un côté, des responsables politiques demandent une révision des restrictions au nom des usages économiques et des possibilités de promotion nationale. De l’autre, des organisations professionnelles soulignent les difficultés que le blocage peut représenter pour les créateurs et les entreprises. Face à ces revendications, le GKNB continue de mettre en avant les exigences de sécurité et de protection de l’enfance.

Les discussions concernent aussi la manière dont les pouvoirs publics pourraient encadrer les contenus numériques à l’avenir. Le dispositif décrit par Alisher Erbaev repose sur une intervention sélective contre les publications indésirables, plutôt que sur une fermeture complète du service. Mais les modalités concrètes de ce filtrage, les ressources nécessaires et sa mise en œuvre opérationnelle restent des éléments déterminants pour la réouverture envisagée.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/08/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale