Kazakhstan : des jeunes sans emploi bientôt recherchés sur les marchés et gares ?
Kazakhstan : des jeunes sans emploi bientôt recherchés sur les marchés et gares ?

Au Kazakhstan, la lutte contre le décrochage des jeunes pourrait quitter les bureaux administratifs pour gagner les marchés, les gares et les périphéries urbaines. Le député du Kurultai Didarbek Dildabek veut revoir en profondeur la manière dont les pouvoirs publics identifient et accompagnent les jeunes qui ne travaillent pas, n’étudient pas et ne suivent aucune formation, avec à la clé des équipes mobiles et un repérage numérique via les services de l’État.

Au Kazakhstan, un député veut chercher les jeunes sans emploi sur les marchés et dans les gares

Le 16 septembre 2026 au Kazakhstan, le député Didarbek Dildabek a soulevé le sujet des «NEETS », ces jeunes ni en emploi ni en études, lors d’une séance du Kurultai, en appelant à modifier le fonctionnement des centres de ressources pour la jeunesse. Son constat vise en particulier les personnes qui restent à l’écart des dispositifs d’insertion et que les structures existantes auraient, selon lui, des difficultés à atteindre dans les campagnes, les banlieues et les zones où se concentre une population jeune mais peu connectée aux programmes publics.

Il faut savoir que parmi les Kazakhstanais âgés de 15 à 34 ans, 5,8% sont des « NEETS». Didarbek Dildabek souhaite donc combiner travail de terrain, outils numériques et nouveaux critères d’évaluation des structures chargées de la politique de la jeunesse.

Didarbek Dildabek a placé au centre de son intervention les jeunes qui disparaissent en quelque sorte des circuits habituels de l’école, de l’emploi et de la formation. Il a évoqué plus de 100.000 jeunes officiellement enregistrés comme chômeurs. Il a parallèlement parlé de plus de 300.000 jeunes temporairement ou de manière « cachée » sans emploi, rapporte le média kazakhstanais Zakon.kz. Le député estime que cette population demande une approche plus ciblée. Il ne s’agit pas seulement de proposer des services et d’attendre que les intéressés viennent les chercher. Il considère que les centres de ressources sont davantage accessibles aux jeunes urbains déjà actifs et informés, tandis que certaines personnes vivant dans les zones rurales ou périphériques restent en dehors des circuits d’information. Massaget rapporte la même critique : une partie de ces jeunes devrait trouver seule une issue à sa situation sans recourir aux programmes publics existants.

Le Kazakhstan dispose de 235 centres de ressources pour la jeunesse. Ces structures ont notamment pour mission de participer à la socialisation et à l’accompagnement des jeunes. Pour Didarbek Dildabek, le problème se situe moins dans leur existence que dans leur capacité à atteindre les publics les plus éloignés des institutions. Il appelle ainsi à déplacer une partie de leur activité vers des lieux où ces jeunes travaillent de façon informelle, transitent ou passent régulièrement du temps.

Cette approche traduit aussi une distinction importante. Un jeune classé « NEET » n’est pas nécessairement un demandeur d’emploi officiellement enregistré. Il peut avoir quitté ses études, ne pas être inscrit auprès des services compétents ou exercer une activité irrégulière. C’est précisément ce décalage entre fichiers administratifs et situations réelles que la proposition du député cherche à réduire, en associant davantage présence physique et données numériques.

Marchés et gares : des consultations mobiles au plus près du terrain

Le volet le plus concret de la proposition consiste à envoyer les employés des centres de ressources là où les jeunes concernés peuvent être rencontrés. Didarbek Dildabek propose notamment de les orienter « vers les grands marchés, les gares et les localités ouvrières de la périphérie ». Des points de consultation mobiles pourraient alors être installés sur place afin de fournir des informations sur les emplois disponibles, les formations et les dispositifs publics. Au lieu d’attendre qu’un jeune en difficulté identifie l’administration compétente, comprenne les programmes disponibles puis entreprenne lui-même les démarches, le service public irait directement vers lui.

Cette stratégie vise en particulier les zones périurbaines et rurales, que le député considère moins bien couvertes par le fonctionnement actuel. Il décrit certaines populations comme vivant dans un « vide informationnel », notamment lorsqu’elles ne connaissent pas les possibilités offertes par les dispositifs publics ou ne sont pas en contact avec les centres. Dans cette perspective, une permanence installée temporairement sur un marché ou près d’une gare deviendrait autant un instrument d’information qu’un moyen d’identifier les personnes qui échappent aux statistiques et aux canaux administratifs habituels.

L’idée est également cohérente avec la nouvelle manière dont Didarbek Dildabek souhaite évaluer l’action de ces structures. Il propose de ne plus privilégier le nombre de forums, rencontres ou opérations organisés, mais de regarder ce qu’ils produisent concrètement : obtention d’un emploi permanent ou accès à une profession recherchée après une formation courte. Le changement proposé porte donc à la fois sur le lieu d’intervention et sur la définition même d’un résultat.

Le « Smart Data Ukimet » pour repérer les « NEETs » et envoyer des SMS

Le dispositif imaginé ne reposerait pas uniquement sur les équipes de terrain. Didarbek Dildabek propose aussi d’utiliser « Smart Data Ukimet », l’écosystème de données publiques kazakhstanais, pour détecter certains changements dans la situation d’un jeune. Si une personne interrompt ses études ou si les versements de cotisations de retraite la concernant cessent, un mécanisme automatique pourrait déclencher une offre individualisée dans eGov Mobile.

L’alerte aurait vocation à transformer une donnée administrative en prise de contact. La cessation de cotisations de retraite ne serait ainsi pas seulement enregistrée dans une base : elle pourrait devenir le signal déclenchant l’envoi d’une proposition de travail ou d’accompagnement. De même, la sortie du système éducatif pourrait servir de point de départ à une offre ciblée.

Cette dimension numérique complète la présence physique sur le terrain. Les marchés et les gares permettraient de toucher ceux qui passent sous les radars des structures traditionnelles, tandis que « Smart Data Ukimet » servirait à repérer des ruptures de parcours visibles dans les bases publiques. Dans les deux cas, la philosophie avancée par le député reste la même : intervenir plus tôt et de manière plus individualisée plutôt que d’attendre une démarche spontanée du jeune concerné.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 09/16/2026

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