Tissu denim : près de 50 millions d’euros investis à Turkestan par une entreprise chinoise
Tissu denim : près de 50 millions d’euros investis à Turkestan par une entreprise chinoise

À Turkestan, au Kazakhstan, l’industrialisation de la filière coton prend un nouveau tour avec la construction d’une usine de tissu denim portée par Hygeia Textile Kazakhstan. Le projet, soutenu par des capitaux chinois et implanté dans la zone économique spéciale Turan, représente environ 49,4 millions d’euros et doit créer près de 1.000 emplois une fois sa pleine capacité atteinte.

À Turkestan, un tissu denim sera produit dans une usine de 20 hectares

Une usine de tissu denim est actuellement en construction dans la région de Turkestan, au Kazakhstan. Le montant précis de l’investissement atteint environ 49,4 millions d’euros. Le Chinois Hygeia Textile Kazakhstan veut y produire du fil de coton et du tissu denim. Comme le raconte le média kazakhstanais Kursiv, ses copropriétaires sont Hong Kong Chang Sheng Textile Limited et Jin Euyi. La société hongkongaise figure parmi les fondateurs de l’entité kazakhstanaise depuis son enregistrement, le 4 juillet 2025, tandis que Jin Euyi en est devenu copropriétaire le 14 juillet 2026. La future usine prend forme sur une parcelle de 20 hectares, annonce l’administration régionale. Le projet ne se limite pas à une activité de confection : il doit intervenir plus en amont de la chaîne textile, dès la transformation de la fibre.

Le calendrier est déjà serré. La première tranche de l’entreprise doit entrer en service avant la fin de 2026. À pleine capacité, environ 1.000 emplois doivent être créés. Pour Turkestan, l’enjeu est donc à la fois industriel et social : une partie plus importante du coton produit dans le sud du pays pourrait être transformée localement avant sa commercialisation sous forme de produits textiles à plus forte valeur ajoutée.

Le chantier lui-même a franchi plusieurs étapes importantes. Sur les deux bâtiments de production, les terrassements, la réalisation des fondations, le bétonnage et le montage des structures métalliques sont annoncés comme achevés. Parallèlement, les bâtiments de bureaux et le dortoir destinés au personnel approchent de leur achèvement.

Cette progression s’accompagne d’un chantier moins visible mais déterminant pour la mise en exploitation : les raccordements. L’akimat assure que l’alimentation en électricité, le gaz, l’eau et les autres réseaux techniques nécessaires sont en cours d’installation et approchent eux aussi de leur finalisation. Autrement dit, l’objectif n’est plus seulement d’élever les bâtiments industriels ; il s’agit désormais de rendre le complexe effectivement exploitable dans le calendrier annoncé.

Les investisseurs chinois accélèrent le chantier de Turan

Le suivi politique du projet est rapproché. Kanat Kaiypbek, vice-gouverneur de la région de Turkestan, s’est rendu sur le site et a rencontré des représentants de Hygeia Textile Kazakhstan. Sa visite a eu lieu dans la zone auxiliaire de la zone économique spéciale Turan, qui couvre 290 hectares. Le responsable régional a demandé d’accélérer la mise à disposition complète des infrastructures et de résoudre sans délai les difficultés rencontrées avec l’investisseur.

Les autorités ont également demandé au maître d’ouvrage de maintenir le calendrier de construction des bâtiments de production, d’augmenter si nécessaire le nombre d’ouvriers et d’équipements sur le chantier et de respecter les exigences de sécurité. Cette pression sur les délais s’explique par l’objectif fixé pour la première phase : une mise en service avant le 31 décembre 2026.

La construction est assurée par Qaz Build Elements. Kursiv précise que cette société, enregistrée à Turkestan, est détenue et dirigée par Daun Hongqiang. L’investissement chinois ne se limite donc pas à l’actionnariat de Hygeia Textile Kazakhstan : le chantier lui-même fait intervenir une entreprise placée sous le contrôle d’un ressortissant chinois.

La zone économique spéciale joue ici un rôle structurant. Les investisseurs engagés dans des activités de transformation approfondie peuvent y bénéficier d’avantages fiscaux et douaniers. Les autorités régionales mettent parallèlement à disposition des terrains déjà reliés aux infrastructures dans les zones industrielles, tandis que de petits parcs industriels permettent de louer ou d’acquérir des bâtiments à des conditions préférentielles. Le projet Hygeia s’inscrit donc dans un dispositif conçu pour réduire une partie des coûts et des délais liés à l’installation de nouvelles capacités manufacturières.

Le tissu au cœur d’une transformation industrielle à Turkestan

L’usine de tissu denim n’est pas un projet isolé. Un autre complexe, Turkistan Tokyma (également connu comme Kazakhstan Lihua), est déjà implanté dans la zone économique spéciale Turan et se consacre à la filature ainsi qu’à la production de tissus. Cette présence renforce progressivement la spécialisation de Turkestan dans les étapes industrielles situées entre la culture du coton et la fabrication de produits textiles finis.

Un vaste cluster coton-textile associé à l’entreprise chinoise Xinjiang Lihua avait été annoncé pour un montant de l’ordre de 382,6 millions d’euros. Même si ce projet est distinct de celui de Hygeia Textile Kazakhstan, les deux investissements répondent à une même logique industrielle : conserver davantage d’étapes de transformation du coton à l’intérieur de la région au lieu de limiter l’activité à la production et à la commercialisation de matière première.

Pour Hygeia, la fabrication de denim apporte une dimension supplémentaire. Le tissu destiné aux jeans suppose de passer de la matière agricole à un produit textile industriel intermédiaire qui peut ensuite alimenter des activités de confection. L’akimat décrit précisément le projet comme un outil de « transformation approfondie » du coton et de hausse de la production de biens finis. C’est cette progression dans la chaîne de valeur que les autorités mettent en avant pour justifier les infrastructures et les avantages accordés dans Turan.

Le nombre d’emplois annoncé donne également une idée de l’échelle visée. Environ 1.000 postes sont prévus lorsque l’usine fonctionnera à plein régime. Ce chiffre est très supérieur à l’effectif actuellement mobilisé pour la construction, limité à une quarantaine d’ouvriers. Il faudra toutefois attendre les différentes mises en service pour mesurer le rythme réel des recrutements et la montée en puissance industrielle du site.

Turan élargit son portefeuille de projets chinois et industriels

Le textile n’est qu’un volet de la concentration de nouveaux investissements autour de Turan. Un projet d’usine automatisée de dispersions polymères y est également en construction sur 2 hectares, ainsi qu’une unité de production de cellulose à partir de coton et de paille sur 3,1 hectares. Le média mentionne également des projets dans la transformation de l’huile de tournesol et la fabrication d’engrais à base d’urée.

Une usine de pneus pour camions et autobus est par ailleurs prévue sur une parcelle de 17 hectares. L’ensemble dessine une zone économique spéciale qui cherche à élargir son profil industriel bien au-delà d’une seule filière. Dans cette configuration, le coton conserve néanmoins un rôle particulier, puisqu’il alimente déjà plusieurs projets allant de la filature à la fabrication de tissus et, désormais, au denim.

Pour Hygeia Textile Kazakhstan, les prochaines étapes seront très concrètes : achever les raccordements, terminer les bâtiments annexes et industriels, puis mettre en exploitation la première phase avant la fin de 2026. Les autorités régionales indiquent que le suivi des investissements implantés dans ces zones relève directement du gouverneur de la région de Turkestan, Nuralhan Kusherov.

Le chantier est donc entré dans une phase où le respect du calendrier devient central. Avec près de 49,4 millions d’euros d’investissement annoncés, 20 hectares de terrain industriel et environ 1.000 emplois projetés à terme, Hygeia Textile Kazakhstan constitue désormais l’un des principaux projets textiles en cours de réalisation à Turkestan.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 09/14/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale