Le Tadjikistan inscrit une nouvelle échéance dans sa politique climatique : ramener ses émissions de gaz à effet de serre 15% sous le niveau de référence d’ici 2035. Derrière ce chiffre, le projet présenté à Douchanbé cherche aussi à préparer ce pays montagneux à des risques déjà concrets, de la fonte des glaciers aux sécheresses, en passant par les inondations et la fragilisation des infrastructures.
Tadjikistan : une trajectoire climatique fixée à 2035
Le 3 septembre 2026, Tadjikistan a présenté ce qui s’appelle dans le jargon des politiques climatiques son « projet de troisième contribution déterminée au niveau national ». Ce document, préparé dans le cadre de l’Accord de Paris, doit fixer la prochaine étape de la politique climatique du pays. Son objectif central est chiffré : une diminution de 15% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035 par rapport à une année de référence.
Le projet ne se limite pas à une cible carbone. Il doit également organiser l’adaptation du Tadjikistan aux conséquences du dérèglement climatique, tout en reliant les politiques environnementales aux enjeux économiques et sociaux. Une approche particulièrement sensible dans un État où l’eau, l’agriculture, les montagnes, les glaciers et les infrastructures constituent autant de points de vulnérabilité.
La nouvelle feuille de route correspond à la troisième génération de contribution nationale du Tadjikistan. Ces documents sont actualisés tous les cinq ans dans le cadre de l’Accord de Paris. Le principe est progressif : chaque cycle doit permettre aux États de revoir leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre et leurs politiques d’adaptation. Pour Douchanbé, l’échéance de 2035 devient ainsi le nouveau point de référence politique.
La préparation du texte bénéficie de l’appui technique du Programme des Nations unies pour le développement, en partenariat avec l’Agence tadjike d’hydrométéorologie rattachée au Comité de protection de l’environnement. Plusieurs catégories d’acteurs ont été associées au processus : administrations, experts, organisations internationales et représentants de la société civile. Une table ronde réunissant institutions publiques, partenaires au développement, universitaires, organisations civiles, jeunes et secteur privé a également été organisée autour des modalités de mise en œuvre du programme.

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Cette ouverture répond à une difficulté classique des politiques climatiques : transformer un engagement national en décisions sectorielles mesurables. L’objectif de 15% ne produit en effet aucun résultat par lui-même. Il doit être décliné dans la production d’énergie, les transports, l’usage de l’eau, les pratiques agricoles, les investissements publics et les infrastructures, tout en disposant d’outils de suivi capables de mesurer les progrès réalisés.
Le plan s’inscrit par ailleurs dans un cadre environnemental qui s’est étoffé au fil des années. Le Tadjikistan a adopté 23 lois sectorielles et plus de 100 actes réglementaires sectoriels consacrés à la protection de l’environnement et à l’utilisation rationnelle des ressources naturelles depuis l’indépendance. Par ailleurs, 14 résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies concernant l’eau et le climat ont été adoptées dans le contexte des initiatives internationales portées par le pays.
Émissions de gaz à effet de serre : le Tadjikistan cible cinq secteurs clés
Cinq domaines ressortent explicitement des discussions sur la future politique climatique : l’énergie, l’approvisionnement en eau, l’agriculture, les transports et les infrastructures, selon Avesta du 4 septembre. Le choix est cohérent avec l’objectif annoncé. Pour faire baisser les émissions, il faudra agir sur les activités qui consomment de l’énergie et sur les équipements qui structurent l’économie, mais le programme doit simultanément renforcer leur résistance aux chocs climatiques.
Ce double objectif est essentiel. Une politique climatique ne consiste plus seulement à réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère. Elle doit également empêcher qu’une sécheresse, une inondation ou une modification du régime hydrologique ne provoque des pertes économiques disproportionnées. Dans le cas tadjik, Avesta cite directement la fonte des glaciers, les inondations et les sécheresses parmi les risques que le programme doit prendre en compte.
L’attention accordée à l’eau est particulièrement révélatrice. Dans les régions de montagne, les modifications de l’enneigement et des glaciers peuvent changer le rythme des écoulements, tandis que les phénomènes extrêmes peuvent endommager réseaux d’approvisionnement, systèmes d’irrigation et voies de communication. Autrement dit, le même plan doit articuler baisse des émissions, gestion de la ressource, sécurité agricole et protection des infrastructures.
Le contexte international renforce cette pression. Un nouveau diagnostic des Nations unies vient de rappeler que le seuil de 1,5 °C de réchauffement mondial pourrait être dépassé dans les prochaines années. Le compte rendu insiste notamment sur l’accélération des réductions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables, la baisse des émissions de méthane et l’adaptation. Le choix du Tadjikistan d’actualiser sa trajectoire jusqu’en 2035 intervient donc au moment où la question de l’efficacité réelle des engagements nationaux revient au premier plan.

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Tadjikistan : l’adaptation climatique face aux glaciers
Pour mesurer ce que recouvre concrètement la notion d’adaptation, il suffit de regarder vers le Pamir. Des scientifiques tadjiks ont mené du 24 au 28 août 2026 une campagne de terrain sur les glaciers pulsants Megdor et Khirson, dans le bassin supérieur du Vandjob. Les chercheurs ont utilisé des drones, des observations hydrologiques, des données satellitaires et des systèmes d’information géographique afin de comparer la situation actuelle aux relevés effectués en 2023.
L’histoire du glacier Khirson illustre l’ampleur potentielle des phénomènes observés. En 1963, son front avait progressé d’environ 1.750 mètres et créé, après obstruction d’un cours d’eau, un lac glaciaire évalué à près de 14,5 millions de mètres cubes. Dix ans plus tard, en 1973, le glacier avait avancé d’environ 1.925 mètres et un lac d’environ 16,4 millions de mètres cubes s’était constitué. Des phases d’activité ont aussi été enregistrées en 1977, en 1989-1990, en 2001 et en 2011.
Ces chiffres ne décrivent pas directement l’impact du changement climatique sur ces deux épisodes historiques. Ils montrent en revanche pourquoi la surveillance de la cryosphère occupe une place centrale dans la gestion des risques tadjike. Un lac retenu par de la glace ou des matériaux instables peut devenir dangereux en cas de rupture, avec des conséquences sur les vallées situées en aval, les villages, les routes, les réseaux d’eau et les terres agricoles.
Le risque n’appartient pas seulement aux archives scientifiques. Une coulée de boue survenue le 19 juillet 2026 près du village de Votkhud a endommagé certains équipements d’alimentation en eau et d’irrigation. Cette proximité entre recherche scientifique et dommages matériels explique pourquoi le nouveau plan place côte à côte atténuation des émissions et adaptation.
La protection des glaciers constitue parallèlement un axe diplomatique de Douchanbé. Une résolution consacrée à la préservation des glaciers et de la cryosphère, particulièrement dans les régions montagneuses, a été adoptée le 12 décembre 2025 pendant la septième session de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement à Nairobi. Pour le Tadjikistan, l’enjeu climatique relève ainsi à la fois de la politique intérieure, de la science et de la diplomatie environnementale.
Émissions et transition climatique : une dimension sociale assumée
Le projet NDC 3.0 ajoute enfin une dimension qui dépasse les indicateurs environnementaux. L’égalité entre les femmes et les hommes, l’inclusion, la protection des groupes vulnérables et la création d’emplois verts sont explicitement intégrées au document. Le raisonnement est clair : la transition vers une économie moins carbonée crée des coûts et des opportunités qui ne se répartissent pas automatiquement de manière équitable.
Le réseau climatique des organisations non gouvernementales du Tadjikistan demande d’aller plus loin en intégrant davantage les principes de transition juste et en construisant un système de suivi qui mesure non seulement les résultats environnementaux, mais aussi leurs effets sociaux. Une telle approche permettrait, par exemple, de ne pas évaluer une politique uniquement sur les tonnes de gaz à effet de serre évitées, mais aussi sur les emplois créés, l’accès aux services ou les conséquences pour les ménages vulnérables.
Cette articulation entre climat et développement devient d’autant plus importante que les risques météorologiques restent mouvants. La probabilité de maintien d’El Niño jusqu’en février 2027 approchait les 100%. L’organisation associe cet épisode à une hausse des risques mondiaux de chaleur extrême, de sécheresse et d’inondations, tout en soulignant que les conséquences concrètes diffèrent fortement selon les régions. Il serait donc abusif d’en déduire automatiquement un scénario précis pour le Tadjikistan, mais cette incertitude même renforce l’intérêt des dispositifs d’anticipation.
Le défi, désormais, réside dans le passage du projet aux instruments concrets. Les consultations engagées à Douchanbé doivent préciser comment répartir les efforts entre énergie, eau, agriculture, transports et infrastructures, comment mesurer la baisse des émissions et comment financer la résilience des territoires. Le seuil de 15% à atteindre en 2035 donne une direction. La prochaine étape consistera à traduire ce pourcentage en politiques sectorielles vérifiables, avec des indicateurs environnementaux et sociaux suffisamment précis pour suivre leur exécution.
