Du 2 au 8 septembre 2026, l’Ouzbékistan transforme son réseau de musées publics en vaste opération portes ouvertes. Cent quatorze établissements sont concernés, des grands musées-réserves de Khiva ou Samarcande aux discrètes maisons-musées consacrées aux écrivains, musiciens et artistes du pays. La gratuité vise toutefois la population ouzbèke, pas les touristes étrangers.
Des musées gratuits dans tout l’Ouzbékistan, mais pas pour tous
Depuis le 2 septembre et jusqu’au mardi 8 septembre 2026, soit pendant sept jours, les musées dépendant de l’Agence du patrimoine culturel de l’Ouzbékistan accueillent gratuitement les citoyens du pays. L’opération couvre 114 musées d’État et musées-réserves. L’objectif annoncé est est de rapprocher le public de l’histoire, des arts, des collections nationales et des monuments anciens de l’Ouzbékistan.
Pour les voyageurs étrangers, une précision évite les mauvaises surprises à la billetterie. La gratuité n’est pas une promotion touristique internationale : les touristes étrangers n’en bénéficient pas. La semaine reste néanmoins intéressante pour préparer un séjour. Elle met simultanément en lumière des établissements que les circuits classiques négligent parfois, alors que certains peuvent justifier à eux seuls un détour de plusieurs heures.
L’événement n’est pas exceptionnel au sens de « première édition ». Il s’inscrit au contraire dans une politique récurrente d’ouverture des collections publiques. La Semaine des musées est organisée chaque année depuis 2014. En dehors de cette opération, les musées d’État sont également accessibles gratuitement le premier dimanche de chaque mois. Pour le public local, il existe donc plusieurs rendez-vous réguliers permettant d’explorer les collections sans payer de billet.
Parmi les muées participants on y retrouve bien les poids lourds : les musées-réserves d’État de Boukhara, Chakhrisabz, Samarcande, Termez, Kokand et Itchan Kala, soit six établissements de cette catégorie nommément répertoriés. Mais ils cohabitent avec le Musée d’État des arts de l’Ouzbékistan, le Musée des arts appliqués, le musée Savitsky du Karakalpakstan, le Musée d’art moderne d’Ouzbékistan, le Musée archéologique de Termez et plusieurs musées d’histoire régionale. La Semaine des musées dessine ainsi une géographie culturelle nationale, et pas seulement un programme concentré dans les villes les plus visitées.

© Дирекция по строительству, реконструкции и капитальному ремонту объектов, имеющих особо важное социальное, культурное и историческое значение, при Кабинете Министров Республики Узбекистан
À Tachkent, du grand musée aux maisons-mémoires
À Tachkent, le Musée d’État des arts de l’Ouzbékistan constitue l’un des repères les plus évidents. L’institution a été fondée en 1918 à partir d’un noyau d’environ 500 objets. Ses salles parcourent aussi bien l’art ancien et médiéval de l’Ouzbékistan que la peinture nationale, l’art russe, les traditions artistiques d’Asie et les collections d’Europe occidentale. Cette amplitude en fait une halte particulièrement efficace pour un premier séjour : le visiteur peut y replacer l’esthétique ouzbèke dans un contexte régional beaucoup plus vaste.
Le Musée d’État des arts appliqués offre une approche presque inverse, plus tactile et plus proche des savoir-faire qui donnent aujourd’hui encore son identité visuelle au pays. Plus de 4.000 objets et œuvres y sont présentés : céramiques, tapis, soieries, broderies d’or, peintures et bijoux. Fondé en 1937, le musée conserve ses collections dans 20 catégories. Le bâtiment lui-même participe à la visite : l’institution occupe un ancien palais richement décoré par des artisans ouzbeks, ce qui efface en partie la frontière entre contenant et collection.
Tachkent ne se résume toutefois pas aux institutions monumentales. L’annuaire de l’Agence du patrimoine culturel fait apparaître 12 maisons-musées ou musées mémoriels dans son réseau : ceux d’Abdulla Qahhor et d’Abdulla Qodiriy, mais aussi les lieux consacrés à Oybek, Mukhtar Ashrafi, Sergueï Borodine, Sergueï Essénine, Tamara Khanum, Usmon Yusupov, Yunus Rajabi, Oural Tansykbaev ou Gafur Gulyam. Ces petites adresses changent la perspective. Au lieu de raconter l’Ouzbékistan par les dynasties, les conquêtes et les monuments, elles le font à travers une œuvre, une carrière, un intérieur, une mémoire artistique ou littéraire.

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Les musées-réserves d’Ouzbékistan, de Boukhara à Khiva
Pour un voyageur qui suit l’axe classique de la Route de la soie, la catégorie la plus intéressante est probablement celle des musées-réserves. L’annuaire officiel en dénombre six par leur nom : Boukhara, Chakhrisabz, Samarcande, Termez, Kokand et Itchan Kala. Dans ces villes, le mot « musée » ne renvoie plus seulement à un bâtiment fermé. Le patrimoine architectural, les collections et le tissu urbain historique se superposent, de sorte que la visite peut occuper une demi-journée, voire structurer une étape entière.
Itchan Kala, à Khiva, en donne l’exemple le plus spectaculaire. La Direction gouvernementale la décrit comme l’un des musées à ciel ouvert les plus connus du pays et rappelle son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le musée-réserve, ouvert en 1920, conserve aujourd’hui plus de 60.000 objets et compte 15 expositions permanentes, selon cette source institutionnelle. Archéologie, numismatique, manuscrits, documents, photographie, arts décoratifs et peinture du XXe siècle composent un ensemble qui prolonge naturellement la découverte des remparts, palais, médersas et minarets de la vieille ville.
Boukhara, Samarcande, Chakhrisabz, Kokand et Termez appartiennent au même réseau administratif. Pour un touriste étranger, la Semaine des musées ne supprime donc pas le prix du billet, mais elle a un autre mérite : elle rappelle que derrière les monuments photographiés en plein air existe une infrastructure muséale permanente, capable d’apporter des clés historiques, archéologiques et artistiques que la seule contemplation des façades ne fournit pas.

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Un musée régional pour découvrir un autre Ouzbékistan
Le réseau devient plus révélateur encore lorsqu’on quitte les étapes les plus célèbres. L’Agence recense des musées d’État d’histoire et de culture dans les régions d’Andijan, Djizak, Kachkadaria, Navoï, Namangan, Syr-Daria et Ferghana, auxquels s’ajoute le Musée d’histoire et de culture de la République du Karakalpakstan. Elle mentionne aussi les musées historiques d’Angren et de Tchirtchik, le musée régional d’Almalyk ainsi qu’un musée mémoriel d’histoire locale dans le district d’Akkurgan. C’est précisément dans ce maillage secondaire que la Semaine des musées prend une dimension touristique intéressante : elle révèle des destinations culturelles que les grands itinéraires internationaux laissent souvent hors champ.
Termez fournit l’exemple le plus chiffré de cette profondeur régionale. Son Musée archéologique a ouvert en 2002, à l’occasion du 2.500e anniversaire de la ville. Ses fonds dépassent 76.000 objets et plus de 5.000 sont exposés. La fréquentation moyenne annoncée tourne autour de 50.000 visiteurs par an. Pour une ville du sud du pays moins présente dans les séjours très courts, les chiffres donnent la mesure du potentiel muséal.
L’autre surprise se trouve à l’ouest. L’annuaire officiel place dans le réseau le Musée d’État des arts de la République du Karakalpakstan portant le nom d’Igor Savitsky, à côté du Musée d’histoire et de culture du Karakalpakstan et du musée consacré à l’histoire de la littérature karakalpake. Cette coexistence rappelle que le patrimoine ouzbek ne se limite ni aux médersas timourides ni aux coupoles turquoise : l’art, la littérature, l’archéologie et les identités régionales offrent plusieurs portes d’entrée possibles dans le pays.
La gratuité de cette semaine reste réservée aux Ouzbeks, selon UzDaily, mais l’événement fournit aux visiteurs internationaux une sélection naturelle de lieux à examiner lorsqu’ils construisent un itinéraire entre Tachkent, Khiva, Boukhara, Samarcande, la vallée de Ferghana, le Karakalpakstan ou Termez.
