Le groupe ferroviaire suisse Stadler va investir plus de 26 millions d’euros dans la fabrication sur le sol kazakhstanais de caisses en aluminium, un projet qui doit approfondir la localisation industrielle, créer de nouveaux emplois et donner au site kazakhstanais une place plus importante dans la chaîne mondiale du constructeur.
Stadler accélère sa localisation à Astana
Stadler Kazakhstan prévoit de construire à Astana de nouveaux ateliers consacrés au soudage et à la peinture de caisses en aluminium pour le matériel roulant. L’investissement dépasse 26 millions d’euros. La filiale présente cette future unité comme « le premier site de toute l’Asie centrale » dans ce domaine.
L’enjeu dépasse cependant la seule construction de deux ateliers. Depuis son implantation industrielle au Kazakhstan, Stadler cherche à faire du site d’Astana un centre de production de plus en plus complet, capable de fabriquer localement davantage de composants et, à terme, de contribuer à des projets destinés à d’autres marchés. Cette stratégie correspond aussi aux priorités du gouvernement kazakhstanais, qui pousse les industriels ferroviaires à augmenter le contenu local et à structurer une chaîne de fournisseurs nationaux.
Les nouveaux bâtiments doivent accueillir deux opérations industrielles clés : le soudage et la peinture des caisses en aluminium. Stadler Kazakhstan a déjà commencé à recruter progressivement les spécialistes appelés à travailler dans ces ateliers. Leur formation doit se dérouler sur des sites européens du groupe. Des employés kazakhstanais ont auparavant été envoyés en Suisse et en Pologne afin d’acquérir des compétences dans l’assemblage des bogies, des armoires électriques et des équipements installés sous les voitures.
Le projet doit également faire grossir les effectifs. L’usine compte aujourd’hui environ 650 salariés et l’extension doit créer près de 100 emplois supplémentaires. La hausse serait donc significative pour une implantation encore récente. Créée à Astana en 2023, Stadler Kazakhstan constitue la première base de production du groupe suisse en Asie.
Surtout, l’usine n’est déjà plus un simple site d’assemblage final. Elle réalise le soudage et la peinture des caisses en acier, produit des équipements électriques et sous caisse, fabrique des bogies, installe des systèmes pneumatiques et électriques et assure l’assemblage ainsi que la mise en service des voitures. L’arrivée de la technologie aluminium ajoute ainsi une nouvelle brique industrielle à un ensemble qui s’est progressivement densifié.
Au Kazakhstan, l’usine Stadler change d’échelle
Cette extension s’intègre dans un programme d’investissement plus large. Entre 2023 et 2031, Stadler prévoit d’engager au moins 54,7 millions d’euros au Kazakhstan. Le développement de la production ferroviaire avait d’ailleurs fait l’objet d’un accord avec le ministère kazakhstanais de l’Industrie et de la Construction en novembre 2025.
La montée en puissance du site d’Astana intervient au moment où le Kazakhstan cherche à consolider son propre écosystème ferroviaire. En juin 2026, le gouvernement recensait 60 entreprises dans cette branche et plus de 8.000 salariés ; le secteur représentait alors 13% de l’ensemble de la construction mécanique nationale. La production ferroviaire avait progressé de 22,5% en 2025 pour atteindre l’équivalent d’environ 1,36 milliard d’euros.
Dans certaines catégories de produits ferroviaires, le niveau de localisation atteignait déjà 35 à 40%, tous fabricants concernés, indiquait également le gouvernement kazakhstanais en juin 2026. Pour Stadler, la trajectoire annoncée ces dernières années était elle aussi ascendante : un calendrier de localisation antérieur prévoyait un passage de 9,4% en 2025 à 35,2% en 2029. Ces pourcentages correspondent toutefois à des objectifs programmés et non à une mesure officielle du taux réellement atteint par l’usine en août 2026.
Stadler face au défi des 557 voitures au Kazakhstan
La présence du constructeur suisse repose avant tout sur une commande de grande ampleur destinée au renouvellement du parc voyageurs national. Le gouvernement kazakhstanais indiquait en juin 2026 que l’usine d’Astana disposait d’une capacité allant jusqu’à 100 voitures voyageurs par an et d’un contrat ferme portant sur 557 unités à fournir aux Chemins de fer du Kazakhstan (KTZ) d’ici 2030. Ce volume de 557 voitures et précise que Stadler doit ensuite assurer leur maintenance pendant vingt ans.
Le programme a néanmoins rencontré des difficultés lors de sa phase de mise en service. Une première série de 51 voitures a fait l’objet de retards d’acceptation. Stadler a soutenu que les problèmes relevés précédemment, notamment autour du freinage, avaient été corrigés et que de nouveaux essais menés au printemps avaient confirmé les améliorations. De son côté, KTZ a insisté sur le fait qu’aucune voiture ne serait admise à l’exploitation sans validation de sa sécurité, de sa fiabilité et de sa qualité.
Le dossier est suffisamment stratégique pour être remonté au niveau du gouvernement. En juin 2026, le Premier ministre Olzhas Bektenov avait demandé au ministère de l’Industrie, à KTZ et à Stadler d’accélérer les livraisons tout en respectant l’ensemble des exigences techniques de sécurité, rappelle Vlast. Cette tension entre calendrier industriel et procédure d’homologation accompagne désormais le projet : l’usine poursuit son extension alors même que les premières voitures doivent encore franchir toutes les étapes permettant une exploitation commerciale régulière.
Les données financières donnent également la mesure de l’enjeu. À fin de 2025, KTZ avait versé l’équivalent de 386 millions d’euros d’avances à Stadler Kazakhstan. Cela, en plus de l’équivalent de 1,31 milliard d’euros versé au titre d’un contrat de livraison portant sur 537 voitures.
Au Kazakhstan, Stadler songe déjà à produire à l’export
Pour les autorités, le développement de Stadler ne constitue qu’un élément d’une politique ferroviaire beaucoup plus vaste. Le 26 août 2026, jour même de l’annonce concernant les nouveaux ateliers, le gouvernement a réuni les acteurs du secteur pour discuter de la charge des usines, des commandes à long terme et de l’augmentation de la part kazakhstanaise dans la production. Le premier vice-Premier ministre Nurlan Nalibayev a notamment défendu la création d’un véritable cluster réunissant fabricants, fournisseurs de matières premières, producteurs de composants, sociétés de services et établissements de formation.
Dans ce schéma, les nouveaux ateliers de Stadler peuvent avoir un effet qui dépasse leur propre capacité de production. L’intégration d’un procédé supplémentaire à Astana réduit le nombre d’opérations qui doivent être réalisées hors du Kazakhstan et accroît les compétences industrielles disponibles localement. Pour Stadler, l’objectif déclaré est aussi d’élargir la gamme pouvant être fabriquée dans le pays pour des commandes nationales comme pour de futurs projets d’exportation.
Cette perspective exportatrice est particulièrement importante. Jusqu’ici, la présence de Stadler au Kazakhstan a surtout été structurée autour de la commande de KTZ et de la modernisation du transport ferroviaire intérieur. La production de caisses en aluminium ouvre théoriquement un périmètre plus large : le site d’Astana pourrait fournir des opérations à plus forte valeur ajoutée pour d’autres programmes du groupe et renforcer son intégration dans la chaîne d’approvisionnement internationale de Stadler.
L’enjeu immédiat reste néanmoins industriel. Recruter, former les soudeurs et peintres spécialisés, installer les équipements automatisés puis faire fonctionner les nouvelles lignes à un niveau de qualité compatible avec les standards du groupe nécessitera une montée en compétence progressive. En parallèle, les autorités kazakhstanaises veulent que cette croissance entraîne davantage de commandes pour les fournisseurs locaux. L’extension d’Astana place ainsi Stadler au croisement de deux impératifs : réussir le programme de renouvellement des trains de KTZ et transformer progressivement le Kazakhstan en base de production ferroviaire capable de servir un marché régional plus large.
