À l’occasion du 35e anniversaire de l’indépendance, Shavkat Mirziyoyev, le président de l’Ouzbékistan, a présenté une feuille de route particulièrement large : changement d’échelle économique, montée en puissance technologique, réforme de l’éducation et de la santé, transition écologique et affirmation diplomatique. Le président a aussi dressé le bilan de dix années de transformations qu’il présente comme le socle d’une nouvelle phase de développement.
L’Ouzbékistan après 35 ans d’indépendance : le cap de Shavkat Mirziyoyev
Le 28 août 2026, Shavkat Mirziyoyev a choisi une cérémonie hautement symbolique pour préciser ses ambitions. Face aux invités réunis pour célébrer l’indépendance de l’Ouzbékistan, le chef de l’État n’a pas seulement énuméré les résultats revendiqués depuis le début de ses réformes. Il a voulu dessiner un horizon politique, économique et social pour la décennie qui s’ouvre. Son projet repose sur sept programmes nationaux. Ils couvrent l’éducation, la santé, la transformation économique, l’environnement, la justice, le développement local et la politique extérieure. Le fil conducteur est clair : faire passer le pays d’une phase de rattrapage et d’ouverture à une phase de montée en gamme.
Shavkat Mirziyoyev commence par inscrire son projet dans un récit historique. « L’indépendance nous a d’abord rendu notre honneur et notre dignité », a déclaré le président. Il rattache la souveraineté obtenue en 1991 à une histoire de la civilisation et de l’État qu’il fait remonter à plus de trois millénaires. L’évocation des savants d’Asie centrale, d’Amir Temur et des réformateurs jadids sert ainsi à donner une profondeur historique au programme du « Nouvel Ouzbékistan ».
Mais le discours est surtout construit autour du bilan des réformes lancées au cours de la dernière décennie. La présidence affirme que le pays s’est ouvert davantage à l’extérieur, a réglé plusieurs questions frontalières avec ses voisins et a profondément modifié ses politiques monétaire, fiscale, douanière et d’investissement. L’Ouzbékistan aurait ainsi gagné 80 places dans l’Indice de liberté économique. Les investissements étrangers annuels, autrefois évalués entre environ 1,7 et 2,6 milliards d’euros, atteindraient désormais environ 34,5 à 43,2 milliards d’euros par an.

© Президент Республики Узбекистан
Le volet social occupe une place tout aussi importante dans cette démonstration. Le taux de pauvreté serait passé de 35% en 2017 à 4% en 2026. Le président associe cette évolution à une amélioration des conditions de vie de 10 millions de personnes, selon ces mêmes sources. Plus de 650.000 familles auraient par ailleurs acquis un logement moderne au cours de la période récente. Ces résultats sont présentés comme la conséquence d’une politique plus décentralisée, menée notamment à l’échelle des mahallas, ces structures de quartier qui jouent un rôle central dans l’organisation sociale ouzbèke.
L’éducation sert également de marqueur. Alors que la population a augmenté de 8 millions d’habitants en dix ans, le taux de couverture de l’enseignement préscolaire a atteint 78%, tandis que 1,5 million de places supplémentaires ont été créées dans les écoles. Le nombre d’étudiants dans le supérieur est désormais de 1,6 million, et plus de la moitié sont des femmes. « Les filles instruites, ce sont des familles instruites, une génération instruite et une société éclairée », a déclaré Shavkat Mirziyoyev dans son discours.
Shavkat Mirziyoyev veut accélérer le changement d’échelle économique
Le changement le plus spectaculaire concerne la taille que le pouvoir veut donner à l’économie. L’ancien objectif consistait à porter le produit intérieur brut à l’équivalent d’environ 138,1 milliards d’euros en 2030. Cette cible sera dépassée dès 2026, a affirmé Shavkat Mirziyoyev. Le président fixe désormais la barre à environ 258,9 milliards d’euros de PIB en 2030.
Ce nouvel objectif ne se limite pas à une progression quantitative. Le troisième programme national prévoit de réorienter l’économie vers les hautes technologies et une productivité plus élevée. Sur les dix prochaines années, Tachkent veut attirer l’équivalent d’environ 388,4 milliards d’euros d’investissements étrangers, a annoncé Mirziyoyev. Le pouvoir souhaite simultanément créer 2 millions d’emplois industriels à hauts revenus et développer davantage les jeunes entreprises, le capital-risque et l’intelligence artificielle.

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L’ambition va plus loin : le PIB par habitant devrait dépasser l’équivalent d’environ 8.630 euros dans les dix prochaines années, selon l’objectif présidentiel rapporté par Spot. Le projet économique repose aussi sur la création d’une chaîne permettant aux petites entreprises de devenir moyennes, puis aux entreprises moyennes de se transformer en grandes sociétés ou en groupes. Autrement dit, la stratégie mise sur l’élargissement du tissu entrepreneurial autant que sur l’arrivée de capitaux étrangers.
Ce programme s’appuie sur des résultats que Shavkat Mirziyoyev présente comme déjà acquis, mais il fixe des objectifs nettement plus élevés que ceux annoncés quelques années auparavant. Le passage d’une cible de PIB d’environ 138 milliards d’euros à près de 259 milliards d’euros pour 2030 illustre cette volonté de changement d’échelle. Dans le récit présidentiel, l’enjeu n’est plus seulement de faire croître l’Ouzbékistan, mais de modifier la structure de son économie et sa place relative parmi les pays à revenu intermédiaire.
L’Ouzbékistan fait de l’indépendance un projet technologique
La technologie est l’autre grande composante du discours. « Mon objectif est que l’Ouzbékistan devienne un centre d’initiatives progressistes dans le domaine technologique », a déclaré Shavkat Mirziyoyev. Le pouvoir souhaite intégrer 10 millions de jeunes à l’industrie numérique et aux métiers d’avenir, a indiqué le président. Intelligence artificielle, informatique et économie créative sont explicitement citées comme des secteurs prioritaires. Le premier programme national doit parallèlement généraliser la préparation préscolaire à 100% des enfants de six ans, a annoncé Shavkat Mirziyoyev, et faire entrer au moins 10 universités du pays dans le Top 1000 mondial au cours des prochaines années.
L’espace devient, dans ce cadre, un symbole de la stratégie. Mirziyoyev a mis en avant le lancement avec des partenaires chinois du satellite Samarcande-2028 à l’approche de la fête de l’indépendance. Il a également assuré que le pays pourrait envoyer son premier cosmonaute dans l’espace dans les prochaines années. L’annonce reste prospective, mais elle prend une dimension politique évidente : le programme spatial est présenté comme la preuve qu’un pays longtemps associé aux matières premières et à une économie administrée veut désormais se positionner sur des activités scientifiques à forte visibilité.

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Les ambitions sociales sont reliées au même projet de modernisation. Les dépenses de santé ont été multipliées par plus de huit ces dernières années, affirme la présidence, tandis que 652 établissements médicaux ont été créés. Le volume des services de santé aurait triplé et plus de 100 techniques complexes de diagnostic ou de traitement auparavant réalisées à l’étranger seraient désormais disponibles dans le pays. L’espérance de vie serait passée de 66,4 ans en 1991 à 75,4 ans en 2025, tandis que les mortalités infantile et maternelle auraient été divisées par quatre.
Le prochain objectif consiste à porter les dépenses publiques de santé à 5% du PIB dans les cinq années à venir. Le programme prévoit aussi l’extension de l’assurance médicale publique à toutes les familles et l’arrivée d’au moins cinq grandes cliniques internationales, selon la même source. Sur le plan environnemental, le président veut couvrir 100% des surfaces cultivées avec des technologies économes en eau dans les cinq prochaines années et porter à 30% le niveau de végétalisation des centres urbains et des districts.

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Shavkat Mirziyoyev projette l’indépendance sur la scène internationale
Le projet présenté le 28 août 2026 ne s’arrête pas aux frontières nationales. Le septième programme doit renforcer la réputation de l’Ouzbékistan comme pays de paix, de coopération et de tolérance. Shavkat Mirziyoyev rappelle que plus de 130 nationalités et groupes ethniques ainsi que 16 confessions religieuses vivent dans le pays. Cette diversité est intégrée à la narration diplomatique d’un État qui cherche à apparaître comme un interlocuteur stable au cœur de l’Asie centrale.
Le président revendique une politique extérieure « multivectorielle, équilibrée et pondérée ». L’objectif déclaré est de transformer l’Ouzbékistan en un centre important de diplomatie internationale, tout en accordant une place croissante à la diplomatie économique. Le pays a désormais établi des relations diplomatiques avec près de 170 États, a rappelé le président de l’Ouzbékistan. Il doit en outre assurer pour la première fois la présidence du Mouvement des non-alignés entre 2027 et 2029, organisation qui rassemble plus de 120 États.

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Cette ouverture internationale est présentée comme l’un des acquis majeurs de la dernière décennie. Le président met en avant le rapprochement avec les autres pays d’Asie centrale, l’approfondissement des relations avec la Communauté des États indépendants, l’Union européenne, les États-Unis, l’Asie-Pacifique et le monde arabo-musulman, ainsi que l’ouverture de nouveaux canaux de coopération en Europe orientale, en Afrique et en Amérique latine. Le sixième programme, parallèlement, doit ramener une partie de la décision publique au plus près des citoyens en faisant de la mahalla le principal donneur d’ordre des projets locaux, les budgets et investissements devant davantage refléter les besoins formulés à l’échelle des quartiers.
« Aujourd’hui, nous sommes plus forts qu’hier et demain nous serons encore plus forts qu’aujourd’hui », a déclaré Shavkat Mirziyoyev dans son discours. Derrière cette formule, la trajectoire annoncée combine donc croissance, technologie, capital humain, environnement, réforme institutionnelle et influence extérieure. Pour chacun de ces domaines, le pouvoir a fixé des indicateurs précis dont la réalisation, au cours des prochaines années, permettra de mesurer l’écart entre l’ambition affichée lors du 35e anniversaire de l’indépendance et la transformation effective de l’Ouzbékistan.
