Essais nucléaires : Kassym-Jomart Tokaïev appelle les puissances atomiques au dialogue
Essais nucléaires : Kassym-Jomart Tokaïev appelle les puissances atomiques au dialogue

Trente-cinq ans après la fermeture du site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, le Kazakhstan transforme une nouvelle fois sa mémoire atomique en message diplomatique. À l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, Kassym-Jomart Tokaïev a appelé les puissances dotées de l’arme nucléaire à renouer avec le dialogue, à accélérer l’interdiction complète des essais et à dissocier nettement la menace militaire des usages civils de l’atome.

Essais nucléaires : Semipalatinsk reste au cœur du message du Kazakhstan

Le 29 août 2026 porte une charge particulière au Kazakhstan. Cette date marque exactement le 35e anniversaire de la fermeture du polygone nucléaire de Semipalatinsk, décidée le 29 août 1991. Elle correspond aussi à la Journée internationale contre les essais nucléaires, instituée en 2009 par l’Assemblée générale des Nations unies à l’initiative d’Astana.
Dans son message, le président du Kazakhstan ne s’est pourtant pas limité à la commémoration. Kassym-Jomart Tokaïev a replacé le dossier dans les tensions stratégiques actuelles et dans l’impasse qui empêche toujours le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires d’entrer pleinement en vigueur. Son propos mêle ainsi mémoire nationale, sécurité internationale, multilatéralisme et ambition nucléaire civile.

Le poids de Semipalatinsk structure d’abord l’intervention présidentielle. Le site a accueilli 456 essais nucléaires entre 1949 et 1989. L’agence kazakhstanaise estime également que plus de 1,5 million de personnes ont été touchées par les conséquences sanitaires et environnementales des campagnes d’essais soviétiques. Ces chiffres donnent une dimension concrète au rappel de Kassym-Jomart Tokaïev : trente-cinq ans après la fermeture du polygone, ses effets ne relèvent pas seulement de l’histoire.

« Cette date rappellera à toute l’humanité les conséquences tragiques des essais nucléaires », a déclaré le président du Kazakhstan. Le chef de l’État insiste sur les dommages infligés pendant des décennies à la santé des habitants et à leur environnement. La formulation rejoint une ligne diplomatique ancienne d’Astana : l’expérience de Semipalatinsk doit servir d’argument contre toute banalisation d’un retour aux expérimentations atomiques.

Essais nucléaires : Kassym-Jomart Tokaïev appelle les puissances atomiques au dialogue

© YouTube @ Shavkat Mirziyoyev’s Press-service

Cette mémoire reste d’autant plus présente que le travail de réhabilitation n’est pas terminé. L’Agence de l’énergie atomique du Kazakhstan fait état de 833.000 hectares de terres contaminées sur les territoires concernés et de 997.000 hectares considérés comme aptes à une utilisation économique. Plus de 18.000 kilomètres carrés ont par ailleurs fait l’objet d’études radiologiques et écologiques approfondies, selon la même source. Le mouvement antinucléaire Nevada-Semipalatinsk, créé en 1989, avait lui-même rassemblé plus de deux millions de Kazakhstanais.

L’ampleur dépasse largement le seul territoire kazakhstanais. Plus de 2.000 essais nucléaires ont été réalisés dans le monde depuis le début de l’ère atomique. C’est précisément cette articulation entre traumatisme national et norme internationale qui permet à Astana de faire du 29 août un rendez-vous diplomatique.

Kassym-Jomart Tokaïev appelle les puissances nucléaires au dialogue

Le deuxième axe du message présidentiel est directement politique. Le Kazakhstan, a rappelé Kassym-Jomart Tokaïev, a volontairement renoncé après l’effondrement de l’Union soviétique au quatrième plus important arsenal nucléaire de la planète. Le président du Kazakhstan présente ce choix comme une décision en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable, ainsi que comme l’expression d’une responsabilité envers les générations futures.

Cette trajectoire sert aujourd’hui de fondement à l’appel lancé aux États dotés. « Nous appelons à des négociations entre les puissances nucléaires », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev dans son message. Le président demande parallèlement l’entrée en vigueur la plus rapide possible du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et des actions multilatérales capables de réduire puis d’éliminer la menace d’un recours aux armes nucléaires.

Le choix des mots est significatif. Astana ne présente pas le désarmement comme une démarche strictement morale ou mémorielle. Kassym-Jomart Tokaïev le rattache à la sécurité collective et à la nécessité de reconstruire des mécanismes de dialogue entre puissances nucléaires. Il affirme également que l’orientation pacifique du Kazakhstan demeure un principe intangible de la politique étrangère du pays, désormais associé dans son discours aux principes inscrits dans la nouvelle Constitution.

Dans le même temps, le président refuse l’amalgame entre arme nucléaire et énergie nucléaire civile. « L’énergie atomique doit servir exclusivement des objectifs constructifs », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev. Il a également invoqué le soutien exprimé lors du référendum national en faveur du développement de l’énergie nucléaire. Pour le pouvoir kazakhstanais, l’équation consiste donc à défendre simultanément l’interdiction des essais militaires et l’utilisation pacifique de la technologie atomique.

Essais nucléaires : le Kazakhstan pousse l’entrée en vigueur du traité

Le calendrier renforce ce message. L’année 2026 marque le 30e anniversaire du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 septembre 1996 puis ouvert à la signature le 24 septembre. À cette dernière date, 71 États l’avaient immédiatement signé. Trente ans plus tard, le traité compte 188 États signataires et 179 ratifications.

Le problème est désormais moins l’adhésion générale que l’entrée en vigueur juridique du texte. Celle-ci reste bloquée par l’absence des ratifications requises de certains États figurant à l’annexe 2 du traité. C’est précisément pourquoi Kassym-Jomart Tokaïev insiste sur la nécessité d’accélérer le processus. La déclaration Kazakhstan-CTBTO appelle les États concernés à franchir cette étape et demande parallèlement le maintien des moratoires existants sur les explosions expérimentales.

Derrière le volet diplomatique se trouve une architecture technique déjà très avancée. Le système international de vérification du CTBT compte actuellement 308 installations certifiées à travers le monde, dont 293 stations de surveillance et 15 laboratoires spécialisés dans les radionucléides. Le réseau est opérationnel à plus de 90 %. Le Kazakhstan y contribue directement avec cinq stations exploitées par son Centre nucléaire national.

Le pays a aussi servi de terrain d’expérimentation aux mécanismes d’inspection. Quatre exercices de terrain de la CTBTO ont été organisés au Kazakhstan en 1999, 2002, 2005 et 2008. Celui de 1999 fut le premier de l’histoire de l’organisation, tandis que l’exercice de 2008 est présenté comme le plus important jamais organisé à l’époque. Cette expertise permet à Astana de compléter son argument historique par une implication dans les instruments chargés de détecter et de vérifier d’éventuels essais clandestins.

De Semipalatinsk à l’atome civil, la ligne du Kazakhstan

La diplomatie kazakhstanaise a multiplié les initiatives autour de cet anniversaire. À Vienne, une marche symbolique de 829 pas a été organisée le 26 août 2026, le chiffre renvoyant à la date du 29 août. À Budapest, des participants ont parcouru 8,29 kilomètres le 27 août pour la même raison. Des événements commémoratifs et expositions consacrés à Semipalatinsk ont également eu lieu à Bruxelles, Vilnius et Sofia les 28 et 29 août 2026.

L’année concentre d’autres anniversaires. Le Kazakhstan et la CTBTO rappellent que 2026 marque aussi les vingt ans de la signature, le 8 septembre 2006, du Traité créant une zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale. Autrement dit, Astana cherche à présenter une continuité : fermeture de Semipalatinsk, abandon de l’arsenal hérité de l’URSS, régionalisation du principe de non-prolifération, défense du CTBT et, désormais, développement revendiqué d’un nucléaire strictement civil.

Cette dernière dimension explique pourquoi le message du président du Kazakhstan ne peut être résumé à un plaidoyer antinucléaire au sens large. Le président oppose deux usages de l’atome. D’un côté, l’arme, les essais et le risque de prolifération. De l’autre, une technologie que le Kazakhstan veut intégrer à son développement économique, scientifique et énergétique. Cette distinction est au cœur de la ligne officielle : combattre les explosions militaires sans renoncer aux applications civiles.

La séquence diplomatique doit d’ailleurs se poursuivre dès le 31 août 2026. La déclaration conjointe du Kazakhstan et de la CTBTO annonce pour cette date une réunion plénière de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York consacrée à la Journée internationale contre les essais nucléaires. Astana entend y défendre le maintien des moratoires, l’universalisation du CTBT et son entrée en vigueur, trois objectifs qui donnent à l’appel de Kassym-Jomart Tokaïev du 29 août une portée immédiatement diplomatique.

Par Païsiy Ukhanov
Le 08/31/2026

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