Ouzbékistan : le maire de Boukhara promet d’éradiquer chômage et pauvreté
Ouzbékistan : le maire de Boukhara promet d’éradiquer chômage et pauvreté

À quatre mois de la fin de l’année, deux régions historiques de l’Ouzbékistan affichent un objectif social particulièrement ambitieux : faire disparaître la pauvreté et le chômage de leur territoire. Boukhara vient de promettre d’atteindre ce résultat avant fin 2026, tandis que le Khorezm dispose déjà d’un plan qui doit conduire des dizaines de milliers d’habitants vers l’emploi et des revenus durables.

Ouzbékistan : Boukhara promet zéro pauvreté et zéro chômage

Le défi a pris une dimension politique nationale le 25 août 2026. À l’occasion des cérémonies organisées avant le 35e anniversaire de l’indépendance de l’Ouzbékistan, le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a participé à la mise en service de nouveaux projets dans plusieurs régions du pays. C’est dans ce contexte que Botir Zaripov, gouverneur de la région de Boukhara, s’est engagé publiquement à ramener à zéro la pauvreté et le chômage avant fin 2026.

Cette promesse intervient alors que Tachkent accélère sa politique de réduction des vulnérabilités économiques au niveau des mahallas, les communautés locales qui constituent l’échelon de base de l’organisation sociale ouzbèke. Le Khorezm sert désormais de laboratoire à cette approche : emplois permanents, microentreprises, coopératives, crédits, formation professionnelle et suivi individualisé des familles doivent y être combinés pour atteindre un objectif rarement formulé de manière aussi catégorique.

Botir Zaripov n’a laissé guère de place à l’ambiguïté. « À Boukhara, d’ici à la fin de l’année, il n’y aura ni pauvreté ni chômage », a déclaré le gouverneur de la région. L’annonce a été faite lors d’un échange à distance avec Shavkat Mirziyoyev pendant la cérémonie nationale de lancement de nouveaux équipements. Le responsable régional a lié cette ambition aux ressources financières mises à la disposition de Boukhara et à l’accélération attendue de l’économie locale.

Selon Botir Zaripov, la région s’est notamment engagée à augmenter son produit régional brut de 10%. Il a également évoqué des ressources de crédit équivalant à environ 874 millions d’euros. Pour le gouverneur, l’enjeu n’est donc plus seulement d’obtenir de nouveaux financements ou avantages publics, mais de les transformer en activité économique au plus près des habitants. Son message adressé au président met directement la responsabilité sur les autorités locales, appelées à descendre au niveau des quartiers et des familles pour identifier les obstacles au travail et aux revenus.

Shavkat Mirziyoyev a accueilli cette promesse avec prudence. Il l’a qualifiée de seuil particulièrement élevé tout en rappelant que les résultats déjà obtenus ne signifiaient pas que le travail était achevé. Cette nuance est importante : le « zéro » annoncé par Boukhara reste à ce stade un objectif politique. Les sources publiées ces derniers jours ne fournissent pas encore un inventaire aussi détaillé des bénéficiaires, des postes à créer et des dispositifs opérationnels que dans le Khorezm.

Au Khorezm, le chômage visé par un plan chiffré

Le cas du Khorezm permet de mesurer l’ampleur concrète d’un objectif de disparition du chômage et de la pauvreté. Le 20 août 2026, Shavkat Mirziyoyev a examiné un programme régional spécialement consacré à l’emploi, aux revenus et à la sortie de la précarité. La présidence affirme que les revenus de 162.000 habitants de la région ont déjà augmenté depuis le début de l’année. Dans le même temps, 29.000 personnes ont obtenu un emploi permanent et l’activité professionnelle informelle de 37.000 autres a été régularisée.

Les autorités font également état d’un recul rapide de la pauvreté. D’après la présidence ouzbèke, 127.000 personnes appartenant à environ 29.000 familles inscrites au Registre social ont amélioré leur situation financière et sont sorties de la pauvreté. Le taux régional serait ainsi tombé de 6,7% au début de 2026 à 3,9% en août 2026. Malgré cette progression, le dernier segment du parcours est considérable : le Khorezm compte toujours 39.000 personnes officiellement sans emploi et 102.000 habitants en migration de travail.
Le programme prévoit précisément de fournir un poste permanent à ces 39.000 chômeurs avant fin 2026. Parallèlement, 81.000 personnes appartenant à 18.000 familles à faibles revenus doivent sortir de la pauvreté. Shavkat Mirziyoyev a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait « pas simplement de chiffres » et qu’un traitement individuel devait être appliqué à chaque personne afin d’évaluer ses capacités et de lui trouver un emploi convenable.

L’un des paradoxes du Khorezm tient au nombre de postes disponibles. Plus de 50.000 vacances étaient recensées au moment de la présentation du programme, soit davantage que les 39.000 chômeurs officiellement comptabilisés. Pourtant, une partie de ces offres ne trouve pas preneur. Les autorités mettent en avant le décalage entre les qualifications demandées par les entreprises et celles possédées par les candidats. Une enquête citée par la présidence indique en outre que 63% des étudiants interrogés estiment ne pas recevoir suffisamment de formation pratique pendant leurs études.

Ouzbékistan : la pauvreté combattue mahalla par mahalla

Le dispositif déployé dans le Khorezm illustre la méthode que l’Ouzbékistan cherche à généraliser : faire de la mahalla non plus seulement une structure administrative et sociale de proximité, mais une cellule de développement économique. Pour financer l’emploi et la réduction de la pauvreté dans la région, environ 466 millions d’euros ont déjà été mobilisés, selon les données présentées par la présidence. Une partie des ressources provient du secteur bancaire et finance directement des projets locaux.

Le programme va bien au-delà du placement classique de demandeurs d’emploi. Les autorités prévoient de créer 250 nouvelles entreprises au sein de microcentres industriels. Trente-six coopératives doivent également voir le jour dans l’aviculture, l’élevage, la pisciculture, la fabrication de meubles, les serres agricoles et les cultures végétales. Elles doivent associer 15.800 familles modestes réparties dans 201 mahallas. L’objectif est de transformer des ménages aidés en acteurs disposant progressivement de leurs propres sources de revenus.

Un autre volet repose sur 70 projets dits « moteurs », répartis entre 12 mahallas principales et 38 territoires voisins. Ils doivent créer 1.100 emplois. En parallèle, une enveloppe équivalente à près de 47,4 millions d’euros est destinée à environ 2.500 microprojets entrepreneuriaux. Cette multiplication de petits investissements répond à une logique précise : plutôt que de concentrer l’effort sur quelques grandes usines, les autorités veulent distribuer les possibilités de revenus dans les quartiers, les villages et les activités familiales.

Une zone pilote autour de la mahalla de Shikhbogi, dans le district de Yangiaryk, donne un aperçu de cette stratégie. Avec plusieurs mahallas voisines, ce territoire regroupe 18.200 habitants et 319 entreprises ou entrepreneurs enregistrés. Les projets prévoient une zone industrielle, un microcentre de production, un marché moderne, des services, un verger intensif ainsi que des activités d’élevage et d’aviculture. Les infrastructures routières, piétonnes, électriques et hydrauliques doivent également être améliorées. Sur ce périmètre, les autorités espèrent créer 1.500 emplois stables et accroître les revenus des habitants de 20 à 30%.

Le chômage au défi des compétences et de l’exécution

La course au « zéro chômage » ne se résume donc pas au nombre d’emplois créés. Le principal obstacle identifié par Tachkent est désormais qualitatif. Si des dizaines de milliers de postes restent vacants alors que des dizaines de milliers d’habitants sont officiellement sans emploi, l’intermédiation du marché du travail devient aussi importante que l’investissement. Le gouvernement veut, pour cette raison, revoir la formation professionnelle et rapprocher davantage les établissements d’enseignement des besoins réels des employeurs.

Le Khorezm doit également servir à tester une nouvelle manière d’évaluer les banques et les responsables locaux. Shavkat Mirziyoyev demande que leur contribution ne soit plus mesurée seulement par les crédits distribués, mais par les résultats effectivement observés dans les mahallas. Les banques sont appelées à devenir des « fabriques de projets », capables de transformer une idée, un savoir-faire local ou une activité familiale en entreprise viable. Cette logique lie désormais plus étroitement financement, emploi formel et sortie durable de la pauvreté.

À l’échelle du pays, cette politique accompagne une amélioration des indicateurs annoncés par le gouvernement. Selon les données gouvernementales, le chômage en Ouzbékistan est passé de 4,8% en début d’année à 4,5%, tandis que le taux de pauvreté a également été ramené à 4,5%. Au premier semestre 2026, 506.000 personnes auraient trouvé un emploi permanent, les revenus de 2,616 millions d’habitants auraient progressé, et 546.000 travailleurs informels auraient régularisé leur activité. Quelque 104.000 microprojets auraient en outre permis de fournir une activité à 246.000 personnes, tandis que 2.756 mahallas étaient désormais classées comme territoires sans pauvreté.

Pour Boukhara comme pour le Khorezm, les prochains mois constitueront donc une épreuve d’exécution. Dans le Khorezm, chaque objectif est déjà associé à des catégories de bénéficiaires, à des projets économiques et à des volumes d’emplois. À Boukhara, la promesse de Botir Zaripov place directement les autorités régionales devant une obligation de résultat affichée publiquement. Shavkat Mirziyoyev, lui, a fixé le principe qui doit désormais guider cette dernière étape : examiner les capacités de chaque personne et partir de celles-ci pour lui assurer un travail jugé convenable.

Par Rodion Zolkin
Le 08/28/2026

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