Asie centrale : le Kazakhstan domine la puissance économique, le Tadjikistan les équilibres extérieurs
Asie centrale : le Kazakhstan domine la puissance économique, le Tadjikistan les équilibres extérieurs

Le nouveau « Balance Sheet » publié par The Times of Central Asia dessine le portrait d’une Asie centrale qui a désormais dépassé le seuil du demi-milliard de dollars de produit intérieur brut. Ensemble, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan représentent environ 543 milliards de dollars de PIB et 83,6 millions d’habitants.

Mais derrière ces chiffres régionaux se cachent des écarts considérables entre les cinq économies. La photographie doit aussi être lue avec une précaution : selon les indicateurs, les dernières données disponibles portent sur 2023, 2024, 2025 ou sur des projections pour 2026.

Le Kazakhstan reste, de très loin, le poids lourd économique de la région. Avec un PIB d’environ 306 milliards de dollars en 2025, il représente plus de la moitié de l’économie des cinq pays. L’Ouzbékistan arrive en deuxième position avec 147 milliards, devant le Turkménistan, à près de 50 milliards. Le Kirghizstan et le Tadjikistan ferment la marche, avec respectivement 22,6 et 17,7 milliards de dollars.

Cette domination kazakhstanaise est encore plus nette dans l’investissement direct étranger. Sur les quelque 220,5 milliards de dollars de stock d’IDE recensés par le tableau de bord, près de 151 milliards se trouvent au Kazakhstan. Le Turkménistan arrive loin derrière, avec environ 45 milliards, mais devance l’Ouzbékistan, autour de 17 milliards. Le Kirghizstan et le Tadjikistan ne comptent chacun qu’environ 4 milliards de dollars de stock d’IDE. Le Kazakhstan concentre donc à lui seul plus des deux tiers du capital étranger accumulé dans la région.

Même constat pour les exportations. Le C5 totalise environ 139 milliards de dollars d’exportations selon le Balance Sheet, avec le Kazakhstan très nettement en tête. Pour 2024, les données commerciales de la Banque mondiale donnent quelque 81,6 milliards de dollars d’exportations de marchandises kazakhstanaises, soit à elles seules bien plus de la moitié du total régional retenu par le tableau de bord. L’Ouzbékistan occupe la deuxième place, devant le Turkménistan. Cette puissance exportatrice reste largement liée aux hydrocarbures et aux matières premières : le pétrole représentait encore près de 65% des exportations kazakhes début 2025.

La hiérarchie s’inverse toutefois lorsqu’il s’agit de démographie. Avec un peu plus de 37 millions d’habitants en 2025, l’Ouzbékistan représente le premier marché humain de la région, devant le Kazakhstan et ses 20,8 millions d’habitants. Le Tadjikistan vient ensuite avec 10,8 millions, devant le Turkménistan et le Kirghizstan, tous deux autour de 7,5 millions. L’Ouzbékistan dispose ainsi d’un avantage structurel différent de celui du Kazakhstan : un marché intérieur et un réservoir de main-d’œuvre sans équivalent en Asie centrale.

Les indicateurs financiers apportent davantage de nuances. En matière de risque souverain, le Kazakhstan est le seul des cinq pays à atteindre la catégorie « investment grade » dans le classement retenu par The Times of Central Asia, avec une note BBB- de S&P. L’Ouzbékistan suit à BB, devant le Turkménistan, noté BB- par Fitch. Le Kirghizstan est à B+ et le Tadjikistan à B. Autrement dit, l’écart de taille économique se double encore d’un écart sensible dans la perception du risque par les agences de notation.

Le Kazakhstan se distingue également par son matelas de sécurité financière. En tenant compte des réserves et des actifs éligibles de son fonds souverain, ceux-ci représentent environ 3,8 fois sa dette publique extérieure. Le ratio tombe à 1,69 fois pour l’Ouzbékistan, 1,44 pour le Tadjikistan et 1,21 pour le Kirghizstan. Les données comparables ne sont pas disponibles pour le Turkménistan. Sur la dette publique rapportée au PIB, en revanche, le Turkménistan affiche le ratio le plus faible du groupe, tandis que le Kirghizstan se situe à l’autre extrémité du classement.

C’est toutefois le Tadjikistan qui occupe les premières places dans plusieurs indicateurs liés aux flux extérieurs. Le FMI projette pour 2026 un excédent du compte courant d’environ 6,3% du PIB, le plus élevé du C5. Mais cette performance va de pair avec une forte dépendance à l’argent gagné à l’étranger : les transferts personnels reçus représentaient environ 56% du PIB tadjik en 2024, contre 17,6% au Kirghizstan et 14,4% en Ouzbékistan. Le Tadjikistan est également le pays du groupe où l’aide publique au développement pèse le plus lourd, à environ 3,5% du revenu national brut en 2023, devant le Kirghizstan, à 2,9%.

Au total, le palmarès révèle moins un modèle régional unique qu’une Asie centrale à plusieurs vitesses. Le Kazakhstan domine par la taille de son économie, ses exportations, son stock d’investissements étrangers et sa capacité financière. L’Ouzbékistan possède de loin le plus grand marché démographique et consolide sa deuxième place économique. Le Turkménistan se distingue notamment par son faible endettement, tandis que le Tadjikistan affiche les meilleurs chiffres de compte courant tout en restant extrêmement dépendant des transferts de sa diaspora et de l’aide extérieure. Le Kirghizstan, enfin, demeure une économie plus petite et plus exposée financièrement. Le demi-billion de dollars atteint collectivement par le C5 masque ainsi des forces — et des vulnérabilités — très inégalement réparties.

Par Rodion Zolkin
Le 08/14/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale