Au Turkménistan, de nouveaux témoignages recueillis par Azattyk Asia, font état d’opérations de police ciblant des conducteurs de motos dans la province de Mary. Plusieurs habitants accusent les forces de l’ordre de profiter des contrôles de permis de conduire et de pièces d’identité pour extorquer de l’argent, voire du bétail, des accusations qui n’ont pas pu être commentées par les autorités.
Turkménistan : des contrôles de motos centrés sur les permis de conduire et les pièces d’identité
Dans le sud-est du Turkménistan, les habitants de la province de Mary rapportent une nouvelle campagne de contrôles menée par la police de la circulation contre les conducteurs de motos. L’information est rapportée par Azattyk Asia, la branche de Radio Liberty chargée de l’Asie centrale, qui cite plusieurs témoins ayant accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat. Selon le média, les opérations se déroulent dans les districts de Turkménkala et de Ýolöten et visent principalement la vérification des documents des véhicules, des permis de conduire et des pièces d’identité.
D’après ces témoignages, les policiers immobilisent les motocyclistes, examinent les papiers du véhicule ainsi que les permis de conduire et procèdent à la saisie de la moto lorsque les documents exigés ne peuvent être présentés. Les habitants décrivent des contrôles particulièrement démonstratifs, estimant que les conducteurs sont traités comme des criminels alors qu’ils circulent simplement sur les routes rurales.
L’un des témoins interrogés par Azattyk Asia affirme que les policiers « encerclent les motocyclistes comme s’ils poursuivaient des criminels » avant d’exiger les documents du véhicule et le permis de conduire. Selon lui, l’absence de ces documents entraîne systématiquement la confiscation de la moto. Cette déclaration n’a toutefois pas pu être vérifiée indépendamment et les autorités locales n’ont pas répondu aux sollicitations du média.
Dans les campagnes concernées, la moto représente pourtant un outil indispensable. Les habitants expliquent l’utiliser quotidiennement pour rejoindre les pâturages, les exploitations agricoles ou les campements de bergers, dans une région où les transports publics demeurent limités et où les distances à parcourir sont importantes.
Turkménistan : les motos au cœur d’accusations d’extorsion
Au-delà de la simple application de la réglementation routière, plusieurs habitants avancent des accusations beaucoup plus graves. Selon les témoignages recueillis par Azattyk Asia, certains policiers demanderaient aux conducteurs des sommes comprises entre 500 et 1.000 manats, soit environ 120 à 240 euros.
Les personnes incapables de réunir cette somme affirment qu’une autre solution leur serait proposée. Un motocycliste raconte que les policiers accepteraient parfois un chevreau ou un agneau en guise de paiement afin de restituer le véhicule quelques jours plus tard. Selon ce même témoin, un numéro de téléphone serait laissé au conducteur, lequel disposerait de cinq à six jours pour organiser la remise de l’argent ou du bétail avant de récupérer sa moto.
Les habitants décrivent plusieurs réactions face à cette situation. Certains tenteraient de régler uniquement l’amende prévue par la loi lorsqu’ils sont effectivement en infraction. D’autres accepteraient de verser les sommes réclamées ou de céder du bétail afin d’éviter de perdre leur moyen de transport. D’après les témoignages, quelques propriétaires réussiraient également à récupérer leur moto grâce à l’intervention de connaissances, tandis que d’autres resteraient définitivement privés de leur véhicule.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte où les habitants ruraux expliquent que beaucoup n’ont jamais obtenu de permis de conduire. Selon eux, la plupart ont appris à conduire auprès de membres de leur famille ou de manière autodidacte. Ils affirment également que l’obtention d’un permis représenterait une dépense de plusieurs milliers de manats, un coût jugé inaccessible pour une partie importante des ménages vivant de l’agriculture ou de l’élevage.
Ce que prévoit la loi sur le permis de conduire au Turkménistan
Les témoignages rapportés par Azattyk Asia ne remettent pas en cause le fait que la conduite sans permis constitue une infraction au Turkménistan. La législation nationale prévoit effectivement des sanctions contre les conducteurs circulant sans autorisation. Selon l’article 228 du Code des infractions administratives, la conduite sans permis est passible d’une amende comprise entre cinq et huit valeurs de base, ou d’une détention administrative pouvant atteindre quinze jours. La valeur de base actuellement en vigueur est fixée à 100 manats, ce qui permet de calculer le montant légal des sanctions prévues.
L’existence de ce cadre juridique ne permet cependant pas de confirmer les accusations d’extorsion formulées par plusieurs habitants. Les faits rapportés concernent des pratiques qui, si elles étaient avérées, seraient distinctes des sanctions officiellement prévues par la loi. Cette distinction est importante, les témoignages recueillis ne constituant pas à eux seuls une preuve judiciaire.
Azattyk Asia indique avoir tenté d’obtenir la version des services de police des districts concernés. Le média précise toutefois n’avoir reçu aucune réponse avant la publication de son enquête. En l’absence de réaction officielle, les accusations des habitants n’ont donc pas pu être confrontées aux explications des autorités.
Des témoignages qui s’inscrivent dans une pratique déjà signalée
Selon Azattyk Asia, ces opérations contre les motocyclistes ne constituent pas un phénomène inédit. Le média rappelle que des campagnes similaires ont déjà été rapportées par le passé dans différentes régions du Turkménistan, avec des témoignages faisant état de demandes d’argent ou de bétail lors de contrôles routiers.
Ces précédents ne permettent pas d’établir que les pratiques dénoncées sont systématiques ou généralisées à l’ensemble du pays. Ils montrent néanmoins que ce type d’allégations revient régulièrement dans les reportages consacrés aux contrôles visant les motos, particulièrement dans les zones rurales où ce mode de transport demeure essentiel à la vie quotidienne.
Dans le cas présent, les informations reposent exclusivement sur les témoignages recueillis par Azattyk Asia, relayant le travail de la rédaction turkmène de Radio Azatlyk. Faute de réponse des autorités locales, les accusations d’extorsion n’ont pas été corroborées par une source officielle ou indépendante. Elles illustrent néanmoins les difficultés rapportées par une partie de la population rurale lorsqu’elle est confrontée aux contrôles routiers portant sur les motos, les permis de conduire et les pièces d’identité.
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