À Astana, le festival BaiQymyz-2026 a placé sous les projecteurs une boisson presque inconnue du grand public français mais profondément liée à l’histoire pastorale du Kazakhstan : le koumis, obtenu par fermentation du lait de jument. Pendant deux jours, producteurs, cavaliers, artisans et artistes ont transformé l’hippodrome de la capitale en vitrine d’une tradition que le pays entend désormais promouvoir bien au-delà de ses frontières.
BaiQymyz-2026 à Astana : 59 producteurs sur un même festival
Le festival BaiQymyz-2026 vient de se dérouler les 11 et 12 juillet 2026 à l’hippodrome Qazanat d’Astana. Cette nouvelle édition, présentée comme internationale, associait concours de koumis, gastronomie, culture équestre, spectacles et animations familiales. L’affluence a confirmé le changement d’échelle. Plus de 70.000 visiteurs ont participé à l’événement pendant les deux journées et 56 tonnes de koumis leur ont été proposées. Ce volume a par ailleurs été enregistré comme un nouveau record national dans le livre des records KInES. Au centre du dispositif se trouvait le concours des producteurs. Cinquante-neuf professionnels étaient engagés. La dotation représentait environ 84.700 euros. Le Grand Prix était en outre accompagné d’une voiture.
La compétition ne reposait pas seulement sur une dégustation informelle. « Nous n’évaluons pas la boisson à l’œil : un laboratoire spécial vérifie sa composition, sa teneur en matières grasses et en vitamines », expliquait avant l’ouverture Joumazhan Kaltaev, auteur du projet. Les jurés examinaient également le goût, les méthodes de fabrication et le respect des traditions.
Le Grand Prix est revenu à un producteur du district de Burabay, dans la région d’Akmola, tandis que les médailles d’or et d’argent de la compétition principale sont également parties dans cette région. La présence russe s’est, elle aussi, traduite dans le palmarès : un koumis venu d’Omsk a obtenu l’une des distinctions spéciales.
La composition internationale de l’événement demande toutefois une précision. Avant le festival, Sputnik Kazakhstan annonçait plus de 60 producteurs et signalait des participants du Kirghizstan et de Russie, notamment de Yakoutie. De son côté, Open.kg, reprenant Tazabek le 29 juin, mentionnait également des invités d’Ouzbékistan. En revanche, les bilans finaux consultés détaillent surtout les producteurs kazakhs et russes et ne permettent pas d’établir avec la même certitude le rôle exact de la délégation ouzbèke dans la compétition. Il est donc possible de parler d’une participation ouzbèke annoncée en amont, mais pas de lui attribuer des résultats ou un nombre de producteurs que les sources finales ne documentent pas.
Le koumis, la boisson fermentée kazakhe au cœur du festival d’Astana
Pour un lecteur français, le koumis reste un objet gastronomique inhabituel. Il est élaboré à partir de lait de jument, puis fermenté. Ke lait reçoit un ferment avant d’être travaillé et brassé pendant plusieurs heures. Le lait fraîchement trait peut également être consommé tel quel, mais le processus de fermentation permet d’obtenir la boisson connue sous le nom de koumis.
Derrière ce terme générique se cache une grande diversité de recettes et de savoir-faire. Il existe plus de 30 variétés de koumis. Les différences tiennent notamment aux traditions de production, aux méthodes employées et aux caractéristiques recherchées par les producteurs. Cette diversité explique aussi l’importance des dégustations et des catégories de concours organisées à Astana.
Au Kazakhstan, cette boisson ne se réduit pas à un produit folklorique destiné aux visiteurs étrangers. Elle reste étroitement associée à l’élevage du cheval et aux économies familiales rurales. Un producteur de la région de Pavlodar avait ainsi apporté 400 litres à BaiQymyz-2026. Un autre éleveur interrogé par la chaîne disposait d’environ 90 juments laitières et avait acheminé plus de deux tonnes de koumis jusqu’à Astana.
Les statistiques nationales montrent d’ailleurs que le secteur dépasse largement le seul cadre des festivals. Entre janvier et mai 2026, le Kazakhstan a produit 683 tonnes de koumis, soit une progression de 47,2% sur un an. Sur l’ensemble de l’année 2025, la production avait atteint 1.500 tonnes, en hausse de 25,5%. Le rebond de 2026 restait néanmoins inférieur au pic observé sur les cinq premiers mois de 2023, lorsque la production avait atteint 1.100 tonnes.
BaiQymyz-2026, un festival qui dépasse la dégustation
BaiQymyz-2026 n’était pas conçu comme un simple marché de producteurs. Le programme associait cuisine, artisanat, musique et sports équestres. Il y avait notamment des démonstrations culinaires, un concours consacré à une spécialité charcutière traditionnelle, des courses de chevaux, du kokpar, des épreuves de lutte à cheval, du tir à l’arc, des parades et des démonstrations de cavaliers. Un format contemporain de jeu à cheval figurait également dans le programme, aux côtés des disciplines nationales.
Le cheval constituait ainsi le fil rouge entre la boisson et le spectacle. Ce rapprochement n’est guère artificiel : sans élevage de juments, pas de koumis. Les organisateurs avaient donc choisi de présenter au même endroit la production alimentaire, les savoir-faire équestres et l’imaginaire culturel qui leur est associé. Dès les premières annonces, une exposition de races de chevaux et une vente portant sur environ 30 animaux reproducteurs étaient prévues.
Les familles disposaient parallèlement d’un espace spécifique. Le programme comprenant tir à l’arc, jeux, petits terrains de football, parcours ludiques, rodéo pour enfants et concours équestre pour jeunes cavaliers. Les moins de 16 ans et les retraités bénéficiaient de la gratuité. Pour les autres visiteurs, le billet représentait l’équivalent de 3,80 euros pour une journée et 5,65 euros pour les deux jours.
L’événement a aussi servi de support à des initiatives très éloignées de la seule gastronomie. Le festival a accueilli une campagne anti-drogue menée par la police, le parquet, des bénévoles et des structures de jeunesse, ainsi qu’une présentation d’un robot-chien. Après la première journée, une opération de nettoyage a réuni visiteurs et bénévoles.
À Astana, le festival transforme le koumis en produit touristique
L’ambition de BaiQymyz dépasse désormais le concours agricole. Le festival avait intégré le calendrier national des événements touristiques et qu’il devait contribuer au développement du tourisme gastronomique ainsi qu’à la promotion de la culture kazakhe. Les premières présentations du projet évoquaient même la volonté de construire, à terme, une marque événementielle internationale identifiable à l’étranger.
Le succès populaire donne un certain poids à cette stratégie. L’édition précédente avait attiré environ 70.000 personnes, l’édition 2026 a finalement dépassé les 70.000 visiteurs. La mise en scène de 56 tonnes de boisson, convertie en record national, illustre cette recherche de visibilité : le koumis n’est plus seulement présenté comme un produit à déguster, mais comme le centre d’un rendez-vous capable d’attirer un public massif à Astana.
