Vingt ans après l’entrée en vigueur de la Convention de Téhéran, le Kazakhstan fait de la mer Caspienne le symbole d’une coopération régionale renforcée. Entre recherche scientifique, diplomatie environnementale et mobilisation de milliers de volontaires dans le cadre de la Caspian Sea Action Week 2026, le pays entend démontrer que la préservation du plus vaste lac du monde passe autant par les laboratoires que par l’engagement citoyen.
La mer Caspienne au centre d’une stratégie régionale portée par la Convention de Téhéran
Le 12 août, le Kazakhstan célèbre la Journée internationale de la mer Caspienne, une date qui revêt cette année une portée particulière puisqu’elle marque le vingtième anniversaire de l’entrée en vigueur de la Convention de Téhéran. Ratifié par les cinq États riverains, ce texte constitue le premier cadre juridique régional consacré à la protection du milieu marin caspien et demeure la pierre angulaire de la coopération environnementale entre le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Russie, l’Iran et le Turkménistan.
À cette occasion, les autorités kazakhstanaises mettent en avant une stratégie qui associe coopération internationale, développement de la recherche scientifique et sensibilisation du grand public. Les nombreuses initiatives organisées ces derniers jours dans la région de Manguistaou illustrent cette volonté de faire de la protection de la mer Caspienne une priorité nationale tout en l’inscrivant dans une dynamique régionale.
Pour Astana, la célébration de cette édition 2026 dépasse largement le cadre d’une journée commémorative. Elle intervient alors que les cinq États riverains cherchent à renforcer leur coordination face aux transformations qui affectent l’écosystème caspien. La baisse du niveau des eaux, les pressions exercées sur la biodiversité, les risques de pollution et les conséquences du changement climatique imposent désormais une réponse collective.
Selon le gouvernement kazakhstanais, cette coopération prend aujourd’hui une nouvelle dimension. Sur instruction du président Kassym-Jomart Tokaïev, le pays participe avec ses partenaires à l’élaboration d’un programme interétatique destiné à coordonner les mesures d’adaptation aux évolutions de la mer Caspienne. Les discussions portent notamment sur un futur plan d’action commun visant à harmoniser les recherches scientifiques, partager les données environnementales et mettre en œuvre des politiques coordonnées de préservation des écosystèmes.
Le socle de cette coopération demeure la Convention de Téhéran. Signée le 4 novembre 2003 avant d’entrer en vigueur le 12 août 2006, elle engage les cinq pays riverains à prévenir les pollutions provenant de toutes les sources, protéger les ressources biologiques, développer les programmes de surveillance environnementale et renforcer la recherche scientifique. Vingt ans plus tard, ce traité reste le principal instrument juridique encadrant la gouvernance environnementale de la mer Caspienne.

© Министерство экологии и природных ресурсов Республики Казахстан
La Caspian Sea Action Week 2026 mobilise scientifiques, bénévoles et jeunes générations
Le vingtième anniversaire de la Convention de Téhéran a également servi de fil conducteur à la Caspian Sea Action Week 2026, organisée dans le cadre du programme national de développement de la culture écologique « Taza Kazakhstan ». Pendant une semaine, la région de Manguistaou est devenue un lieu d’échanges entre chercheurs, représentants institutionnels, organisations de volontaires et délégations étrangères.
Les délégations venues d’Azerbaïdjan, de Russie, d’Iran et du Turkménistan ont participé aux côtés de représentants d’Ouzbékistan, du Kirghizstan et du Tadjikistan. Les organisateurs ont voulu faire de cette rencontre un espace de dialogue associant également les jeunes, les experts de l’environnement, les universitaires et les associations de volontaires.
Les travaux ont débuté les 6 et 7 août 2026 par un séminaire international et une table ronde consacrés aux technologies de surveillance environnementale ainsi qu’aux recherches conduites dans les différents secteurs de la mer Caspienne. Les participants ont échangé leurs expériences en matière de suivi scientifique des milieux marins et examiné les possibilités d’intensifier la coopération entre les instituts de recherche des pays riverains.
Cette dimension scientifique s’est accompagnée d’actions de terrain. Le marathon écologique « Caspian Clean Challenge » a rassemblé des centaines de volontaires sur le littoral d’Aktaou afin de nettoyer les plages, collecter et trier les déchets tout en présentant plusieurs initiatives de technologies vertes. Une « Allée de l’amitié des volontaires de la région caspienne » y a également été inaugurée avec la plantation de plus de quatre-vingts arbres et l’installation d’une capsule temporelle destinée aux générations futures.

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La mer Caspienne, un laboratoire scientifique face aux mutations environnementales
Au-delà des opérations de sensibilisation, le Kazakhstan insiste sur le renforcement de ses capacités scientifiques. Les autorités considèrent désormais que la compréhension des transformations qui affectent la mer Caspienne constitue une condition indispensable à l’élaboration de politiques publiques efficaces. Cette orientation répond aux inquiétudes croissantes suscitées par les évolutions observées dans l’écosystème depuis plusieurs années.
C’est dans cette perspective que l’Institut kazakh de recherche sur la mer Caspienne, inauguré en septembre 2025, a reçu des moyens supplémentaires. Le gouvernement a débloqué 1,1 milliard de tenges afin d’acquérir des équipements de surveillance océanographique et d’équiper des laboratoires spécialisés en hydrobiologie et en hydrochimie. Ces investissements doivent permettre aux chercheurs d’effectuer des analyses directement en mer et d’améliorer la qualité des observations scientifiques.
Le programme de recherche élaboré par l’institut prévoit deux campagnes océanographiques couvrant 21 stations réparties dans les eaux kazakhes, auxquelles s’ajoute un réseau permanent de surveillance sur 22 sites côtiers. Cette organisation permet d’obtenir une vision plus complète de l’évolution des écosystèmes et de suivre les modifications observées sur l’ensemble du littoral.

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Les équipes scientifiques analysent désormais 50 paramètres différents en mer, parmi lesquels les données météorologiques, hydrologiques, hydrochimiques et biologiques, ainsi que l’état des sédiments. Sur le littoral, 26 paramètres supplémentaires font l’objet d’un suivi instrumental et visuel. Les autorités espèrent ainsi disposer d’indicateurs suffisamment précis pour mieux anticiper les évolutions de l’environnement marin.
Cette démarche s’inscrit également dans une logique d’ouverture internationale. L’Institut kazakh de recherche sur la mer Caspienne a rejoint l’Association des universités et centres de recherche des pays riverains, ce qui facilite les échanges de données scientifiques, la comparaison des résultats obtenus dans les différents secteurs de la mer et le développement de projets communs.
Parallèlement, les autorités rappellent que les recherches servent directement à la gestion durable des ressources biologiques. Les campagnes scientifiques annuelles permettent notamment d’évaluer l’état des populations de poissons, leurs conditions de reproduction et l’évolution de leurs habitats. Ces données constituent ensuite la base scientifique utilisée pour fixer les quotas nationaux de pêche et limiter les prélèvements lorsque cela s’avère nécessaire.
La protection des esturgeons demeure l’un des enjeux majeurs. Le Kazakhstan souligne avoir interdit leur pêche commerciale dès 2010, avant que les cinq États riverains ne mettent en place une interdiction commune en 2014. Les périodes de fermeture de la pêche pendant la reproduction ainsi que la lutte contre le braconnage complètent ce dispositif destiné à favoriser le renouvellement naturel des populations.
Les autorités mettent également en avant les efforts entrepris en faveur du phoque de la Caspienne, espèce endémique du bassin. Son inscription au Livre rouge du Kazakhstan en 2020 marque une étape importante dans la stratégie nationale de conservation et pourrait ouvrir la voie à la création de nouvelles zones naturelles protégées.
Caspian Sea Action Week 2026 : l’environnement comme outil de coopération régionale
Au-delà des aspects scientifiques, la Caspian Sea Action Week 2026 illustre la volonté des autorités kazakhes de faire de la protection environnementale un vecteur de coopération régionale. Les activités organisées durant la semaine ont volontairement associé chercheurs, responsables publics, volontaires, étudiants et représentants de la société civile afin de multiplier les échanges entre les différentes générations.
Après les opérations de nettoyage organisées à Aktaou, les participants se sont rendus dans le site naturel de Bozzhyra pour une nouvelle action de préservation des paysages emblématiques du Manguistaou. Cette opération associait sensibilisation à la biodiversité locale et collecte des déchets dans une zone particulièrement fréquentée par les visiteurs. L’innovation occupait également une place importante dans le programme. Les 10 et 11 août, le hackathon international Caspian Innovation Lab a réuni des équipes venues de plusieurs pays afin de concevoir des solutions technologiques susceptibles d’améliorer la protection de l’environnement caspien. Les projets présentés ont porté aussi bien sur les outils de surveillance écologique que sur la gestion des déchets ou les nouvelles méthodes de collecte des données environnementales.

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En parallèle, un espace d’échanges inspiré du format TED a permis à des volontaires, spécialistes et acteurs associatifs de partager leurs expériences de terrain et leurs initiatives locales. Les organisateurs souhaitaient ainsi favoriser la diffusion de bonnes pratiques et renforcer les réseaux de coopération entre les différentes organisations engagées dans la protection de la mer Caspienne.
La semaine s’est achevée le 12 août 2026 avec le sommet Caspian Talks, consacré aux perspectives de coopération future. Les lauréats du hackathon y ont été récompensés avant une session de discussions consacrée aux défis environnementaux communs auxquels sont confrontés les États riverains.
Pour le Kazakhstan, cette succession d’événements traduit une évolution de la politique environnementale nationale. Les autorités cherchent désormais à articuler diplomatie régionale, expertise scientifique et participation citoyenne autour d’un objectif commun : préserver durablement la mer Caspienne, dont l’avenir dépend autant des décisions prises par les gouvernements que de la coopération entre les chercheurs, les collectivités locales et la société civile.
