Le Kirghizstan veut généraliser les ordonnances électroniques dans les pharmacies
Le Kirghizstan veut généraliser les ordonnances électroniques dans les pharmacies

Au Kirghizstan, les pharmacies pourraient bientôt basculer davantage vers les ordonnances électroniques. Un projet de réforme veut numériser la prescription des médicaments, renforcer leur traçabilité et encadrer les prix des produits essentiels, alors qu’un dispositif similaire fonctionne déjà pour certains traitements préférentiels.

Des pharmacies davantage intégrées au circuit de l’ordonnance

Le Kirghizstan poursuit la transformation numérique de son système de santé. Un projet de loi présenté à la discussion publique a proposé d’introduire plus largement les ordonnances électroniques pour les médicaments délivrés sur prescription. Le texte ne se limite toutefois pas à la relation entre médecins, patients et pharmacies. Il prévoit aussi de renforcer le suivi des médicaments, de numériser leur marquage et d’instaurer un contrôle plus strict de leurs prix.

Cette réforme s’inscrit dans une évolution déjà engagée. Le pays dispose depuis plusieurs années d’un système d’ordonnance électronique pour les médicaments bénéficiant de dispositifs préférentiels. À Bichkek, une nouvelle étape a d’ailleurs été franchie le 1er juillet 2026, avec la centralisation de leur délivrance dans le réseau public El Aman. L’expérience montre déjà que la numérisation du parcours du médicament peut simplifier le contrôle, mais aussi faire apparaître des difficultés très concrètes pour les patients.

Le projet présenté en juillet 2026 vise d’abord à rendre l’ordonnance électronique plus systématique pour les médicaments qui ne peuvent être délivrés librement. Le principe est de remplacer progressivement le support papier par une prescription enregistrée dans un système numérique, permettant aux différents acteurs autorisés de disposer des mêmes informations.

Le cadre réglementaire kirghiz prévoit déjà cette possibilité. Selon les règles adoptées par le Cabinet des ministres en septembre 2025, une ordonnance peut être établie sous forme électronique ou sur papier. Lorsqu’elle est créée dans le système national unifié d’information médicale, une ordonnance papier distincte n’est pas nécessaire. Le projet annoncé en juillet entend donc aller plus loin en faisant de la dématérialisation un élément central du fonctionnement du marché pharmaceutique.

Pour les pharmacies, le changement ne serait pas uniquement administratif. Une ordonnance électronique doit permettre de mieux contrôler le médicament délivré, son dosage et les conditions de sa prescription. Elle peut également faciliter la vérification du respect des règles applicables aux produits soumis à prescription. Le professionnel chargé de délivrer le traitement s’inscrit ainsi dans une chaîne numérique plus étroitement contrôlée.

Cette évolution intervient alors que le système préférentiel fonctionne déjà sur une base électronique. D’après le Fonds d’assurance maladie obligatoire du Kirghizstan, son déploiement progressif a commencé en 2019. Depuis le quatrième trimestre 2021, les médecins de famille et les pharmaciens de toutes les régions utilisent ce dispositif pour les médicaments concernés. L’ordonnance électronique n’est donc pas une technologie entièrement nouvelle pour le pays, mais plutôt une infrastructure appelée à changer d’échelle.

Une ordonnance déjà utilisée pour les médicaments préférentiels

L’expérience menée sur les médicaments préférentiels fournit un premier aperçu de ce que pourrait devenir le nouveau système. Le Fonds d’assurance maladie obligatoire indique que l’enregistrement d’une ordonnance électronique repose notamment sur l’identification du patient. Son numéro personnel d’identification comporte 14 chiffres et permet de rattacher la prescription au dossier correspondant.

À Bichkek, le dispositif a été renforcé à partir du 1er juillet 2026. Pendant un projet pilote prévu jusqu’au 31 décembre, les médicaments délivrés dans le cadre du régime préférentiel doivent être retirés dans les pharmacies publiques du réseau El Aman, rattaché à l’entreprise publique Kyrgyzpharmatsia. La mesure constitue une nouvelle étape dans la centralisation du circuit de distribution.

Le dispositif prévoit des avantages significatifs pour certains patients. Selon Kaktus.media, les personnes assurées peuvent bénéficier, lorsque les conditions médicales sont réunies, d’une réduction pouvant atteindre 50% sur certains médicaments. Pour cinq catégories de maladies, la prise en charge peut monter jusqu’à 90%. Sont notamment concernés l’asthme bronchique, certaines formes de schizophrénie et de troubles affectifs, l’épilepsie ainsi que le stade terminal de certaines maladies oncologiques.

Le passage à un réseau public unique à Bichkek a toutefois montré que la centralisation ne règle pas automatiquement toutes les difficultés. Le 7 août 2026, le média kirghiz Kaktus.media rapportait les problèmes rencontrés par des patients pour obtenir le médicament antiépileptique Depakin 300. Le réseau El Aman a expliqué que ce produit ne disposait pas d’une autorisation d’enregistrement en vigueur au Kirghizstan et ne pouvait donc pas être fourni par ses pharmacies dans le cadre du dispositif. Cet épisode est révélateur d’un enjeu plus large. La prescription électronique peut améliorer la traçabilité d’un médicament, mais elle ne garantit pas à elle seule sa disponibilité. Le fonctionnement du système dépend aussi de l’enregistrement des produits, de leur approvisionnement et de leur présence effective dans les points de délivrance.

La réforme des ordonnances vise aussi la traçabilité

L’ordonnance électronique constitue seulement l’un des volets de la réforme. Le projet prévoit également un marquage numérique obligatoire des médicaments et la mise en place d’une traçabilité permettant de suivre leur parcours depuis le fabricant ou l’importateur jusqu’au consommateur final. L’objectif affiché est notamment de mieux contrôler la circulation des produits sur le marché.

Le calendrier proposé est progressif. À partir du 1er janvier 2027, cette obligation doit concerner les médicaments figurant dans le catalogue national des médicaments essentiels. Un an plus tard, au 1er janvier 2028, elle doit être étendue à l’ensemble des médicaments en circulation au Kirghizstan. Les pharmacies devront donc progressivement s’intégrer à un système capable de documenter les mouvements des produits jusqu’à leur délivrance.

La réforme doit également contribuer à lutter contre les médicaments contrefaits ou non enregistrés et contre leur circulation clandestine. Le suivi numérique est conçu comme un outil permettant de mieux identifier l’origine d’un produit et de contrôler les différentes étapes de son parcours. Dans un secteur où plusieurs acteurs interviennent successivement entre production, importation, distribution et vente, cette visibilité accrue peut renforcer les capacités de contrôle de l’État.

Les obligations nouvelles seront accompagnées de sanctions. La mise en circulation d’un médicament non marqué pourrait entraîner une amende de 10 000 soms pour une personne physique et de 28 000 soms pour une personne morale, soit environ 100 et 280 euros à titre indicatif. La transmission tardive des données de traçabilité pourrait être sanctionnée de 7 500 soms, environ 75 euros, pour une personne physique et de 23 000 soms, soit environ 230 euros, pour une personne morale.

Ces montants ne concernent pas uniquement les pharmacies. Le projet vise l’ensemble de la chaîne pharmaceutique et prévoit également des sanctions en cas de non-respect des prix maximaux fixés par l’État. Une personne physique pourrait alors encourir une amende de 15.000 soms, environ 150 euros, tandis qu’une personne morale pourrait être sanctionnée à hauteur de 35.000 soms, soit environ 350 euros. Les équivalences en euros sont indicatives et résultent d’un arrondi des montants en monnaie kirghize.

Les pharmacies face au contrôle des prix des médicaments

Le projet associe donc étroitement ordonnance, traçabilité et régulation économique. Pour les médicaments figurant dans le catalogue national des médicaments essentiels, il prévoit que la vente au-dessus d’un prix maximal fixé par l’État soit interdite. Les pharmacies devront ainsi respecter un cadre tarifaire plus contraignant pour les produits concernés.

Cette disposition élargit considérablement la portée de la réforme. L’objectif n’est plus seulement de savoir quel patient a reçu quel médicament et sur quelle prescription. Il s’agit aussi de disposer d’une vision plus précise du marché afin de contrôler les prix pratiqués et de limiter certaines pratiques susceptibles d’augmenter le coût des traitements.

Le recours à un système numérique doit, dans cette logique, permettre de rapprocher les données relatives aux produits, aux prescriptions et à leur délivrance. La réforme cherche notamment à améliorer la transparence du marché pharmaceutique et l’accessibilité des médicaments, selon les éléments présentés autour du projet de loi et rapportés par les médias kirghiz.

Pour les pharmacies, cette évolution impliquera davantage de données à enregistrer et de règles à respecter. Le passage au numérique peut réduire certaines tâches liées aux documents papier, mais il suppose en contrepartie que les établissements disposent des outils et des procédures nécessaires pour transmettre correctement les informations demandées. Le bon fonctionnement du dispositif dépendra donc autant de la réglementation que de sa mise en œuvre technique.

Le calendrier laisse encore une marge pour préciser les modalités pratiques. Le projet de loi présenté ne fixe pas à lui seul toutes les règles opérationnelles du système d’ordonnance électronique. Les modalités et le calendrier précis de son introduction doivent être déterminés par le Cabinet des ministres.

Le Kirghizstan dispose ainsi déjà d’une première expérience avec les prescriptions dématérialisées, notamment pour les médicaments bénéficiant d’un régime préférentiel. Le projet national pourrait désormais étendre cette logique à un périmètre beaucoup plus large, tout en l’associant à la traçabilité numérique et au contrôle des prix. À Bichkek, l’expérience menée depuis le 1er juillet 2026 constitue parallèlement un premier test grandeur nature de la nouvelle organisation de la délivrance des traitements.

Illustration www.magnific.com

Par Rodion Zolkin
Le 08/12/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale